La France s’engage pour une stabilisation durable en Afrique centrale [en]

Afrique centrale et les activités de l’UNOCA
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 4 juin 2019

Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter à vous, à vos collaborateurs, ainsi qu’à tous ceux qui le célèbrent, « Aid Moubarak », et vous présenter toutes mes félicitations pour votre présidence du Conseil au cours de ce mois. Vous pourrez compter sur le plein soutien de la France.

Monsieur le Président,

1/ Je souhaiterais également remercier le Représentant spécial, M. François Louncény Fall, pour son intervention et pour son travail à la tête de l’UNOCA. La situation en Afrique centrale demeure en effet marquée par des situations politiques parfois volatiles, des situations post-électorales encore fragiles, par la persistance des exactions de Boko Haram mais aussi des violences liées à la transhumance et aux activités prédatrices de certains groupes armés.

Dans ce contexte, votre action, Monsieur le Représentant spécial, démontre toute la valeur ajoutée d’une approche régionale pour la compréhension des dynamiques de l’Afrique centrale et pour renforcer l’approche préventive des Nations Unies dans la région. La France vous apporte donc tout son soutien, tant dans vos missions de bons offices et de diplomatie préventive, que dans vos missions de soutien aux initiatives régionales, notamment celles de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale, et nous espérons donc que la revue stratégique à venir permettra de conforter l’action de l’UNOCA.

Monsieur le Président,

2/ Je souhaiterais revenir sur trois situations qui paraissent mériter une mention particulière aujourd’hui : la RCA, le Cameroun et Boko Haram.

a/ S’agissant de la RCA d’abord : la signature de l’accord de paix le 6 février dernier à Bangui a ouvert une perspective pour une sortie de crise et pour une paix durable en RCA. Il est donc nécessaire que les parties centrafricaines mettent en œuvre rapidement et de bonne foi cet accord de paix. Les violences récentes commises par le groupe 3R dans la région de Paoua, et qui ont provoqué la mort de plus de 50 civils, sont particulièrement inacceptables. Il s’agit d’une violation grave des engagements pris par ce groupe armé pourtant signataire de l’accord de paix.

Dans ce contexte, la priorité pour la mise en œuvre de l’accord de paix doit aller à l’arrêt des violences commises par ces groupes, à leur désarmement à la leur démobilisation, ainsi qu’à la restauration progressive de l’autorité de l’Etat sur tout le territoire. Le gouvernement doit également lancer la procédure d’adoption d’une loi sur la décentralisation et la mise en place de la Commission vérité, justice, réconciliation et réparation. La décentralisation et la justice transitionnelle sont, en effet, les gages d’une administration locale plus proche de la population et plus efficace et d’une réponse à l’exigence de justice exprimée par la population centrafricaine.

Enfin, pour que la mise en œuvre de l’accord de paix soit un succès, il apparaît indispensable que la communauté internationale s’engage pleinement et de manière coordonnée, que ce soit sur le plan politique ou financier. A ce titre l’Union africaine, la CEEAC, et les pays de la région en tant que garants de l’accord ont un rôle particulier à jouer. Nous encourageons donc l’UA et la CEEAC à poursuivre leurs efforts en lien avec les Nations Unies et nous encourageons les pays de la région à s’engager encore davantage.

b/ J’en viens maintenant à la situation au Cameroun, sur laquelle nous partageons pleinement l’analyse présentée par le représentant spécial : comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, la France est très préoccupée par la dégradation de la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Les pertes humaines sont lourdes, la situation humanitaire de plus en plus difficile, et les attaques contre les personnels humanitaires et médicaux et contre les infrastructures de santé et les écoles sont en hausse. La protection des civils, y compris des personnels humanitaires et médicaux, le respect du droit international humanitaire et des droits de l’Homme, et la garantie des accès humanitaires sur l’ensemble du territoire sont pourtant des impératifs non négociables qui doivent s’imposer à tous.

Dans ce contexte, la France poursuit ses efforts pour encourager les autorités camerounaises à lancer un dialogue politique inclusif, à mettre en œuvre des mesures de détente, et à approfondir la décentralisation. La France appelle également l’ensemble des acteurs à cesser les violences, à assurer la restauration de l’Etat de droit, et à respecter l’intégrité territoriale du Cameroun qui ne peut être remise en cause. Nous estimons à ce titre, comme le représentant spécial vient de le recommander, que des messages similaires passés par l’Union africaine et par la région seraient utiles. Par ailleurs, nous considérons que la visite récente du Premier ministre dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ses déclarations concernant le lancement d’un dialogue, et les informations sur de premières prises de contact avec les parties concernées sont des signaux positifs, mais ces annonces doivent à présent être mises en œuvre au plus vite.

c/ Dernier point s’agissant de Boko Haram : nous demeurons préoccupés par l’action de Boko Haram dans la région du Bassin du Lac Tchad, malgré la réponse apportée par les pays de la région. Seul le rétablissement de la sécurité permettra le redéploiement des services de base, le redémarrage de l’activité économique, et des actions de développement à plus long terme. La France continuera donc d’accompagner la force multinationale mixte dans sa lutte contre le terrorisme. La réintégration des anciens combattants, la réconciliation, et les activités de protection des femmes et des jeunes revêtent un caractère également essentiel pour une stabilisation durable de la région.

Monsieur le Président,

Les bureaux régionaux des Nations Unies tels que l’UNOCA sont essentiels pour renforcer l’efficacité de l’action des Nations Unies en matière de prévention des conflits. La France continuera donc de soutenir cette évolution nécessaire à l’action des Nations Unies, dans un esprit de partenariat renforcé avec les organisations régionales et sous-régionales africaines.

Je vous remercie.

Dernière modification : 10/06/2019

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