La RDC a vécu un événement historique en janvier [en]

MONUSCO
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 18 mars 2019

Je voudrais commencer par associer ma voix à celles des orateurs précédents en exprimant les condoléances de la France à la RDC pour la terrible catastrophe qui s’est produite dans les Kasaï, ainsi qu’à l’Indonésie pour les phénomènes naturels qui ont à nouveau endeuillé ce pays.

Je remercie chaleureusement la représentante spéciale du Secrétaire général, Mme Leila Zerrougui, ainsi que Mme Anny Modi, pour leurs interventions très éclairantes. Il est essentiel en effet, alors que le Conseil de sécurité s’apprête à renouveler le mandat de la MONUSCO, que nous puissions avoir une évaluation claire de la situation dans le pays, de la mise en œuvre de son mandat par la MONUSCO et des enjeux auxquels la RDC devra faire face dans les mois qui viennent.

La RDC a vécu un événement historique en janvier, la première alternance pacifique à la tête de l’Etat depuis l’indépendance du pays. Le Conseil de sécurité, qui a suivi le processus électoral de très près, a félicité le peuple congolais pour son comportement et son sens civique le jour de l’élection.

Le Président Tshisekedi a, depuis son entrée en fonction, effectué plusieurs gestes forts dans le sens de l’apaisement et de la réconciliation nationale, de l’ouverture de l’espace politique, ainsi qu’en faveur du respect du droit et des droits de l’Homme en particulier. La libération en fin de semaine dernière de 700 prisonniers incarcérés pour des raisons politiques en est la dernière illustration. La France salue ces premières décisions importantes du Président Tshisekedi et encourage les nouvelles autorités de la RDC à poursuivre dans la mise en œuvre des engagements pris par le Président. De prochaines étapes dans la vie institutionnelle du pays doivent être franchies très prochainement et seront autant d’occasions de montrer les nouvelles orientations prises : les élections législatives et provinciales dans les zones qui n’ont pas pu voter en décembre, la formation du gouvernement et, en début d’année prochaine, l’organisation des premières élections locales de l’histoire de la RDC. Comme l’a souligné Mme Modi, la participation des femmes dans le processus peut et doit être encore améliorée.

Le Président Tshisekedi s’est également engagé à travailler à mettre un terme aux conflits dont souffre le pays, à l’est en particulier, et aux affrontements intercommunautaires qui ont touché certaines régions récemment, en vue d’une cohabitation pacifique entre les différentes communautés de RDC. Plusieurs groupes armés ont de leur côté fait part de leur volonté de déposer les armes. Plusieurs centaines de combattants l’ont déjà fait depuis le mois de janvier. Cette nouvelle donne est porteuse d’espoir, si, collectivement, nous faisons le nécessaire pour que ces miliciens puissent être désarmés et réintégrés correctement dans la vie civile et au sein de leurs communautés.

Sur tous ces aspects, la MONUSCO a un rôle important à jouer - et je voudrais à nouveau saluer ici l’action exemplaire de Mme Zerrougui et de l’ensemble de ses équipes. Le Conseil a mandaté la MONUSCO pour protéger les civils et appuyer le gouvernement dans la lutte contre les groupes armés. Avec une implication déterminée de la RDC et des pays de la région, dans le cadre d’une approche combinant pressions militaires, si nécessaire, et dialogue, l’objectif est bien la normalisation de la situation dans l’ensemble du pays.

Certains défis importants restent à régler :

• Plusieurs régions du pays continuent de souffrir de l’action prédatrice des groupes armés, congolais comme étrangers, financés par l’exploitation illégale des ressources naturelles. La France appelle la RDC comme l’ensemble des pays de la région à agir de manière concertée et déterminée pour mettre fin à ces trafics et assécher les ressources qui permettent à ces groupes de poursuivre leurs exactions.

• Certaines tensions communautaires dégénèrent parfois en violences extrêmement graves, comme cela a été le cas à Yumbi en décembre dernier, où des crimes contre l’humanité pourraient avoir été commis. La France appelle les autorités congolaises à tout faire pour que les auteurs de ces crimes odieux soient jugés pour leurs actes.

• Il sera également capital que les nouvelles autorités puissent faire toute la lumière sur les violations des droits de l’Homme commises pendant la période électorale.

• Trop souvent, les violences sexuelles à l’égard des femmes restent utilisées comme arme de guerre, comme l’a rappelé Mme Modi. La France encourage les autorités congolaises à poursuivre les personnes responsables de ces exactions et à offrir le soutien nécessaire aux victimes.

• L’épidémie d’Ebola continue de sévir à l’est du pays et doit absolument être maitrisée. Je tiens à saluer ici l’engagement exemplaire des autorités congolaises et des acteurs humanitaires, sous la coordination de l’OMS, dans la lutte contre cette épidémie, ainsi que l’appui apporté par la MONUSCO. Je voudrais à nouveau, au nom de la France, condamner fermement les attaques contre les personnels humanitaires qui viennent en aide aux malades et qui doivent continuer à recevoir notre plein soutien.

Tous les changements et défis que je viens de citer vont nécessiter que les Nations unies adaptent leur engagement dans le pays et reconfigurent leurs modes d’action pour appuyer au mieux le retour à la paix et la stabilité dans l’ensemble du territoire congolais. Cela nécessitera également une reconfiguration de la MONUSCO. C’est pourquoi la France proposera, dans le projet de résolution qu’elle soumettra dès ce début de semaine aux membres du Conseil pour renouveler le mandat de la Mission, la réalisation d’une revue stratégique de la MONUSCO. Dans l’esprit de l’initiative pour le maintien de la paix du Secrétaire général des Nations unies, il nous parait en effet indispensable que le Conseil puisse s’appuyer sur une évaluation approfondie de la situation et des besoins afin de reconfigurer la MONUSCO d’ici cet automne et d’entamer une transition vers d’autres formes d’appui à terme. Cette reconfiguration devra naturellement être entreprise en étroite coordination avec les autorités congolaises, conformément aux engagements et aux priorités du Président Tshisekedi.

En 20 ans, chers collègues, la MONUC puis la MONUSCO ont accompagné la RDC dans le redressement et la réunification nationale. L’alternance pacifique de janvier dernier montre qu’une étape supplémentaire a été franchie. Il nous faut maintenant adapter la MONUSCO aux défis des années à venir pour qu’elle puisse, à terme, se retirer et que les autorités congolaises soient pleinement en mesure d’apporter la sécurité et les conditions propices au développement pour leur population sur l’ensemble du territoire. A l’appui de cette transition, il revient également au Conseil de sécurité de réfléchir à la forme que pourra prendre la future présence onusienne en RDC.

Je voudrais terminer en rendant à nouveau hommage à Michael Sharp et Zaida Catalan, qui ont donné leur vie au service de la paix en RDC et travaillé inlassablement pour améliorer la situation du peuple congolais. Nous encourageons les autorités congolaises à tous faire avec l’appui du mécanisme de suivi des Nations unies pour que les auteurs de ces crimes soient jugés et condamnés.

Je vous remercie.

Dernière modification : 18/03/2019

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