La coopération avec l’Etat hôte n’est pas une option, c’est une nécessité impérieuse [en]

Interaction avec les Force Commanders
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 18 juin 2019

Merci Monsieur le Président d’avoir organisé cette interaction sur un sujet particulièrement pertinent et important, celui de la coopération avec les Etats hôtes qui est un élément crucial, nous le savons, de la réussite des opérations de maintien de la paix. Je voudrais à mon tour saluer à travers les généraux Leonard Muriuki Ngondi et Cheryl Pearce, avec beaucoup de respect, l’ensemble des commandants de composante militaire qui accomplissent leurs missions dans des conditions particulièrement exigeantes et souvent dégradées.

Je voudrais faire deux remarques préliminaires.

D’abord, la coopération avec l’Etat hôte est une thématique qui est déterminante et une condition sine qua non pour que les opérations de maintien de la paix atteignent leurs objectifs, et ceci bien sûr dans le respect de la souveraineté de l’Etat hôte mais aussi en prenant en compte la nécessaire protection des Casques bleus et de manière plus générale, de l’ensemble des personnels civils et en uniforme des Nations unies.

Deuxième remarque préliminaire, c’est que la coopération avec l’Etat hôte n’est pas une option, c’est une nécessité impérieuse qui est inscrite en lettres d’or dans les principes directeurs du maintien de la paix. Cette coopération implique pour l’Etat hôte comme pour les Nations unies des droits et des devoirs. Il y a trois idées force que je souhaiterais mettre en exergue et les associer à des questions pour nos intervenants.

(1) Tout d’abord, l’assentiment de l’Etat hôte au déploiement de l’opération de maintien de la paix doit être recherché pour des raisons de principe mais également à des fins opérationnelles. Le dialogue politique entre les Nations unies et l’Etat hôte est primordial, mais il doit se poursuivre, sur le terrain, entre les Casques bleus d’une part et les militaires et policiers de l’Etat hôte d’autre part. On voit bien que ce respect et ce dialogue mutuels sont un gage d’efficacité et d’acceptation par la population locale. Cette coopération peut revêtir différentes formes, il peut y avoir l’échange d’informations sur les risques et sur les menaces qui pèsent sur la population civile comme sur le personnel d’une OMP, mais aussi sous la forme d’une coordination opérationnelle lorsque la mission en a le mandat. Je souhaiterais vous poser une question à cet égard : quel est votre retour d’expérience sur ces deux niveaux de coopération, stratégique et opérationnelle, dans le cadre de vos missions respectives ?

(2) Deuxième idée force que je voulais mettre en exergue, c’est que l’Etat hôte doit respecter ses engagements au titre d’un accord sur le statut des forces, le SOFA, qui assure la liberté de mouvement et la protection des Casques bleus déployés sur le territoire de l’Etat hôte. Aucune violation du SOFA ne peut être acceptée, dans un sens ni dans l’autre. Le Conseil de sécurité, je crois, doit y veiller et le dialogue doit être constant entre les Missions déployées et les autorités de l’Etat hôte pour résoudre au plus vite, et très en amont, toute difficulté qui peut émerger.

(3) Enfin, troisième et dernière idée, les OMP, on le sait, ont souvent pour mandat principal de protéger les civils mais ce sont les Etats hôtes qui demeurent les premiers responsables de la protection de leur population. En effet, les OMP peuvent aider un Etat en difficulté à protéger ses populations contre une menace particulière mais une OMP ne peut pas se substituer à l’Etat hôte qui doit tout faire pour protéger sa population, et ceci aussi bien sur le plan policier et militaire que dans la chaîne judiciaire, en poursuivant systématiquement les auteurs de violences contre les civils et d’atteintes aux droits des populations, et ceci fut-ce dans les rangs même des forces de sécurité. J’aurais une question là aussi pour nos deux intervenants : qu’attendez-vous du Conseil de sécurité en matière de soutien dans le domaine de la coopération avec l’Etat hôte, notamment sur le segment de la protection des populations civiles ?

Une autre remarque aussi à ce sujet, le Conseil de sécurité exige des Casques bleus un comportement exemplaire, mais un comportement similaire est attendu de la part des forces de sécurité de l’Etat auquel l’ONU apporte un soutien. C’est une exigence forte, qui est parfois difficile à atteindre dans des régions où l’Etat a été déstabilisé et où les capacités sont limitées. La France est prête à apporter à ces Etats pour les aider à atteindre cet objectif.

Enfin, la coopération entre l’Etat hôte et l’opération de maintien de la paix peut revêtir la forme d’un appui à la montée en puissance des forces de sécurité et de défense de l’Etat hôte notamment dans le domaine de la formation du personnel et de l’équipement en matériels. Le but recherché est alors de passer le relai de la responsabilité de protéger aux forces de sécurité et de défense pour que l’Etat hôte soit en mesure d’assurer pleinement la sécurité de la population civile. Là-dessus j’aurais une dernière question : Quelles pistes, en termes de montée en puissance des forces de sécurité de défense, pourrions-nous explorer collectivement pour donner corps à la coopération de la force avec l’Etat hôte ? On dit souvent que la force des Nations unies peut se retirer une fois que l’appareil de défense et de sécurité de l’Etat hôte est pleinement opérationnel.

Je vous remercie.

Dernière modification : 18/06/2019

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