La coopération étroite entre la Ligue arabe et les Nations unies est nécessaire [en]

Coopération entre la Ligue arabe et les Nations unies
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 13 juin 2019

Monsieur le Président,
Je tiens à remercier le Secrétaire général des Nations unies, M. Antonio Guterres, ainsi que le Secrétaire général de la Ligue arabe, M. Aboul Gheit, pour leurs interventions très éclairantes, qui ont permis de dresser un état des lieux précis sur la coopération entre la Ligue arabe et les Nations unies, ainsi que pour les pistes très prometteuses qu’ils ont proposées en vue d’approfondir cette coopération.

Je souhaite remercier également la présidence koweitienne d’avoir pris l’initiative d’organiser cette réunion, et saluer la présence parmi nous du ministre des Affaires étrangères du Koweit, ainsi que du ministre des Affaires étrangères de la Pologne. Cette réunion offre une nouvelle occasion à ce Conseil d’échanger de façon transversale sur les enjeux et défis communs du monde arabe, dans la continuité du dialogue interactif informel que la France a organisé en mars, dans le cadre de notre présidence du Conseil, afin de rechercher des points d’accord et de convergence entre nous.

1/ Je souhaite d’abord revenir sur l’ampleur des défis politiques et sécuritaires auxquels le monde arabe fait face aujourd’hui, et qui justifie plus que jamais un dialogue nourri entre les Nations unies et la Ligue arabe.

Ces enjeux nous concernent tous, en raison de leur impact sur la paix et la sécurité internationales. Sur le plan sécuritaire, je pense en particulier à la menace terroriste, avec la menace persistante de Daech et de la radicalisation des esprits. Je pense aussi à la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs vers des acteurs étatiques et non-étatiques. Au plan politique, il est indispensable de soutenir l’action des Nations unies pour trouver des solutions politiques aux conflits de la région, notamment en Syrie, au Yémen et en Libye. Ces solutions doivent permettre le renforcement des institutions et le respect de l’Etat de droit, ainsi qu’un développement inclusif et durable qui bénéficie à tous, sans discriminations. Je pense en particulier à la Syrie, où un terme définitif doit être mis aux opérations militaires dans la région d’Idlib et où les progrès doivent être poursuivis sur la voie d’une solution politique, sous l’égide des Nations unies et sur la base de la résolution 2254. Je pense également au Yémen où nous soutenons activement la médiation des Nations unies et demandons à l’ensemble des parties de s’engager de manière constructive à leurs côtés en vue de la mise en œuvre de l’ensemble des engagements pris à Stockholm en décembre 2018.

Sur la méthode, il est essentiel que nous réaffirmions ensemble notre attachement au dialogue et à la coopération régionale, dans l’esprit même de la charte des Nations unies. J’ai eu l’occasion hier de réaffirmer notre plein soutien au rôle de l’ONU dans la prévention des conflits et la médiation. Je tiens aujourd’hui à souligner le rôle clé des organisations régionales, en particulier de la Ligue arabe, dont l’action est plus que jamais essentielle pour faire émerger le consensus entre les Etats arabes et répondre aux enjeux globaux qui touchent la région, et au-delà. Dans un contexte marqué par la montée inquiétante des tensions dans le Golfe, comme l’illustrent les nouveaux incidents contre deux tankers en mer d’Oman aujourd’hui, qui suscitent notre profonde préoccupation, la retenue et la désescalade sont plus nécessaires que jamais. Comme vient de le souligner le Secrétaire général des Nations unies, le monde ne peut tout simplement pas se permettre une confrontation majeure dans la région du Golfe. Il est d’autant plus essentiel d’œuvrer ensemble à la mise en place d’un dialogue régional qui pourrait être le cadre adapté pour des échanges structurés sur toutes les sources de préoccupation. Je tiens à saluer à cet égard, Monsieur le Ministre, l’engagement de longue date de votre pays pour maintenir les voies du dialogue ouvertes et pour créer des ponts en dépit des différends que nous connaissons, c’est également le sens de l’action de la France.

Enfin, je souhaiterais souligner l’importance du respect des principes fondamentaux du droit international, qui conditionnent la paix et la sécurité internationales. Toute décision unilatérale qui s’en écarterait serait vouée à l’échec et fragiliserait considérablement l’ordre fondé sur la légalité internationale. Je souhaite à ce titre rappeler le règlement avant tout politique du conflit israélo-palestinien et notre attachement plein et entier à la solution des deux Etats. Là aussi, la Ligue arabe et les Nations unies ont en commun d’avoir défini des paramètres clairs au sein des résolutions de ce Conseil et de l’Initiative arabe de paix. Tout effort, notamment économique, doit s’inscrire dans ce cadre.

2/ Dans ce contexte, la coopération étroite entre la Ligue arabe et les Nations unies est plus nécessaire que jamais et doit être développée encore.

Je tiens à saluer à cet égard l’ouverture prochaine d’un bureau de liaison des Nations unies auprès de la Ligue arabe au Caire, qui vient d’être annoncée. C’est une étape importante qui permettra d’aller plus loin dans la collaboration entre les Nations unies et la Ligue arabe.

Le renforcement des échanges entre les membres du Conseil de sécurité et la Ligue arabe est également un point important. Nous nous réjouissons à cet égard de l’engagement de ce Conseil à inviter le Secrétaire général de la Ligue arabe à venir le briefer sur une base annuelle.

Enfin, je souhaite réitérer notre souhait de favoriser une meilleure appréhension par ce Conseil et par les Nations unies des dynamiques régionales. Cela passe notamment par la création d’espaces de discussions transversales, comme nous le faisons aujourd’hui et comme nous l’avons fait en mars durant notre présidence du Conseil. Ce Conseil pourrait également se réunir de façon informelle avec les envoyés spéciaux et représentants spéciaux pour la zone Afrique du Nord et du Moyen-Orient une fois par an, en présence d’un représentant de la Ligue arabe. Le sens de ces efforts est bien de sortir d’une logique de division voire de confrontation, aussi vaine que risquée, et de créer une dynamique de partenariat. Pour cela, il n’y a pas d’alternative au dialogue, il n’y a pas de raccourci. C’est pourquoi il est si important de débrancher nos pilotages automatiques et de rechercher sans relâche des convergences entre nous.

C’est dans cet esprit que la France continuera à soutenir le renforcement du partenariat entre les Nations unies et la Ligue Arabe. C’est dans le même esprit que la France continuera d’échanger avec les pays de la région, ainsi qu’avec la Ligue arabe, bilatéralement comme au sein de l’Union européenne, pour apporter une réponse commune à ces enjeux. Le Sommet des Deux rives que nous accueillerons à Marseille les 23 et 24 juin sera une nouvelle occasion de nourrir un tel dialogue.

Je vous remercie.

Dernière modification : 13/06/2019

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