Lutter contre la traite des êtres humains et les violences liées au genre

« La traite des êtres humain pour l’exploitation sexuelle dans des situations (post) conflit : intégrer une approche globale de la traite des êtres humains à l’agenda « Femmes, paix et sécurité » du Conseil de sécurité »
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Réunion en formule Arria du Conseil de sécurité - 25 octobre 2019

Monsieur le Président,

Je souhaite chaleureusement vous remercier ainsi que les co-parrains de cette réunion et remercier les intervenantes pour leurs exposés particulièrement percutants, surtout pour leur engagement exemplaire contre la traite des êtres humains.

Ce trafic odieux, qui trouve ses formes les pires dans les zones de conflit où les populations sont les plus vulnérables, constitue une menace grave et surtout une menace croissante à la sécurité et à la stabilité internationales. Les chiffres sont bien connus et il parlent d’eux-mêmes. Je vais en rappeler deux : 80% des victimes de la traite sont des femmes et des enfants ; 59% de la traite est à des fins d’exploitation sexuelle.

Travail forcé, servitude sexuelle, proxénétisme, viols, la liste des violations des droits et les atteintes odieuses à la sécurité et à la dignité des femmes commises dans les situations de conflits armés est longue. Vingt ans, cela fait vingt ans, après l’adoption de la Convention de Palerme et de son Protocole contre la traite des êtres humains et vingt ans après le lancement de l’agenda « Femmes, paix et sécurité » par le Conseil de sécurité, les résultats sont malheureusement encore très insuffisants. Si nous voulons progresser et faire la différence, davantage d’efforts sont nécessaires sur quatre objectifs prioritaires : la prévention, la protection des victimes, leur association aux processus décisionnels et enfin la lutte contre l’impunité. Chaque Etat doit mettre en œuvre ses obligations au regard de la Convention et des instruments internationaux des droits de l’Homme. Alors faut-il encore le rappeler ? Les violences sexuelles constituent une violation des droits de l’Homme qui est reconnue comme telle par le Conseil de sécurité et celles-ci relèvent également de la compétence de la Cour pénale internationale.

La lutte contre la traite des êtres humains, quelles qu’en soient les victimes et quelle qu’en soit la finalité, ainsi que la lutte contre les violences sexuelles et contre les violences fondées sur le genre sont une priorité pour mon pays, la France.

A titre national, la France a adopté en 2016 une loi qui vise à renforcer la lutte contre le système de prostitution et à accompagner les personnes prostituées. Cette loi instaure notamment l’interdiction de l’achat d’actes sexuels. La France a en outre adopté son second plan d’action national pour lutter contre la traite des êtres humains et ce plan s’articule autour de trois priorités fortes : d’abord sensibiliser le grand public à la question de la traite des êtres humains, deuxièmement améliorer la prise en charge des victimes et troisièmement accélérer le démantèlement des réseaux criminels.

L’abolition de la traite d’êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle nécessite l’activation de plusieurs leviers. Ceci est apparent, je crois, dans les différents exposés qui ont été faits :

- Tout d’abord, il faut une politique de tolérance zéro pour mettre un terme à l’impunité qui entoure encore trop souvent les auteurs de violences sexuelles et des violences fondées sur le genre. Cette approche implique de traiter le problème à sa source et d’éliminer les facteurs de vulnérabilités qui exposent les femmes à la traite, et c’est pourquoi avec la Suède, la France promeut un modèle abolitionniste de la prostitution.

- Ensuite, deuxième levier, la pleine association des victimes de la traite à des fins d’exploitation sexuelles aux processus décisionnels, et ceci comme cela est prévu par l’agenda « Femmes, paix et sécurité » du Conseil de sécurité. Donc associer les victimes au processus de décision est crucial pour enrayer la dynamique de la traite des personnes qui se trouvent en situation de vulnérabilité. C’est une mesure d’empowerment, et la société civile a ici toute sa place.

- Enfin, troisième levier, le combat contre les inégalités, et en particulier les inégalités entre les femmes et les hommes, est absolument fondamental et primordial pour traiter les causes profondes de ce fléau. La lutte contre les violences à l’égard des femmes, leur empowerment, je n’ai pas de mot français équivalent qui dise aussi bien cela, et leur association pleine et entière aux processus décisionnels sont cruciaux pour favoriser l’émancipation et favoriser l’autonomisation de toutes les personnes qui sont en situation vulnérable.

Dernière modification : 28/10/2019

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