La lutte contre le terrorisme doit se faire dans le respect du droit international humanitaire [en]

Menaces à la paix et à la sécurité internationales causées par des actes terroristes (Al Qaida / Daech)
Intervention de M. Wadid Benaabou
Coordinateur politique adjoint, Représentation permanente de la France auprès des Nations unies
Conseil de Sécurité, New York, 24 août 2020

Monsieur le Président,

Je remercie les briefeurs pour leurs présentations.

Je souhaite aborder quatre points.

Tout d’abord, je veux rappeler la détermination de la France, à poursuivre, avec ses partenaires internationaux, la lutte contre Daech dans le cadre de la coalition internationale. Daech a perdu son ancrage territorial avec la chute de Baghouz en mars 2019 mais le groupe compte encore de très nombreux partisans, au Levant et au-delà. Il a montré sa détermination à exploiter les opportunités créées par le contexte sanitaire pour intensifier ses actions violentes en Syrie et en Irak, mais aussi par le biais des groupes qui lui sont affiliés, en Afghanistan, en Asie du Sud-Est et en Afrique. La menace est donc loin d’avoir disparu.

Nous poursuivrons nos efforts, au plan militaire mais également au plan politique pour traiter les causes profondes de l’émergence de Daech. A cet égard, je tiens à rappeler notre conviction qu’il n’y aura pas de victoire complète et durable contre Daech sans une solution politique à la crise syrienne conforme aux termes de la résolution 2254. La France continue d’y œuvrer en soutien à l’action de l’Envoyé spécial des Nations unies. Elle contribue également au relèvement des territoires et des populations syriennes qui ont été libérés de Daech grâce à l’action de la coalition internationale et qui sont aujourd’hui confrontés à une situation humanitaire difficile.

En Irak, il est essentiel que la communauté internationale se tienne résolument aux côtés des autorités pour aider le pays à renforcer sa souveraineté et à permettre le développement économique de l’ensemble de son territoire.

Il est également nécessaire de poursuivre nos efforts pour protéger concrètement les enfants contre le recrutement et l’endoctrinement, y compris par des groupes terroristes. Comme ce Conseil l’a reconnu il y a cinq ans par la résolution 2242, les filles sont particulièrement exposées à ces stratégies de recrutement. Dans cette même logique, nous devons poursuivre nos efforts en matière d’aide humanitaire pour assurer des conditions de vie dignes aux milliers de réfugiés et personnes vulnérables dans les régions touchées par le terrorisme et ainsi éviter autant que possible qu’elles ne rejoignent les rangs de groupes terroristes.

Deuxièmement, je souhaite rappeler la nécessité de lutter efficacement contre le financement du terrorisme. Les capacités financières de Daech se maintiennent à un niveau élevé. Il faut tarir ces ressources qui se diversifient. C’est une priorité de la France qui a porté la résolution 2462 en mars 2019. Nous appelons à sa pleine mise en œuvre, y compris s’agissant du respect par les Etats de leurs obligations au titre du droit international humanitaire.

Troisièmement, je veux souligner l’importance de la lutte contre l’utilisation d’Internet à des fins terroristes. L’Appel de Christchurch que nous avons lancé avec la Nouvelle-Zélande en mai 2019 réunit aujourd’hui une cinquantaine d’Etats et de partenaires dont les grandes entreprises d’Internet. La participation de ces dernières est une condition essentielle pour garantir l’efficacité de la lutte contre les contenus terroristes en ligne. La pandémie de COVID-19 a conduit à une exposition accrue à la propagande terroriste, il est donc essentiel de réguler l’utilisation d’Internet, qui ne peut pas être une zone de non-droit, tout en respectant impérativement la liberté d’expression.

J’en viens ainsi à mon quatrième point : rappeler avec force que la lutte contre le terrorisme, contre la radicalisation et contre l’extrémisme violent doit se faire dans le respect du droit international humanitaire, des réfugiés et des droits de l’Homme. De la même manière, cette lutte ne saurait justifier les attaques contre les civils ou le ciblage des acteurs et des infrastructures humanitaires. Le respect des droits de l’Homme et de l’Etat de droit, mais aussi l’éducation, l’inclusion et la cohésion sociale, sont des facteurs clés de toute stratégie de prévention et de lutte contre le terrorisme.

Enfin, je souhaite conclure avec un mot pour les victimes de Daech et leurs familles. Je pense en particulier aux Yézidis du district de Sinjar, en Irak, qui ont été victimes il y a 6 ans exactement de crimes de guerre et d’exactions commis par les hommes Daech. L’hommage aux victimes du terrorisme qui a eu lieu vendredi a rappelé l’importance de placer les victimes au cœur de notre action collective contre le terrorisme. Celles-ci ont droit à la justice. Et la France soutient à cet égard l’action d’UNITAD en Irak. Comme elle soutient les initiatives permettant de lutter contre l’impunité en poursuivant les auteurs présumés de crimes au plus près de l’endroit où ces crimes ont été commis.

Je vous remercie.

Dernière modification : 24/08/2020

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