La lutte sécuritaire ne suffit pas si l’idéologie terroriste continue de recruter [en]

Présentation du rapport du Secrétaire général sur la menace posée par Daech
Intervention de M. Antoine Michon, coordinateur politique à la Représentation permanente de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 7 février 2020

Merci Monsieur le Président,
Je voudrais d’abord remercier chaleureusement nos intervenants pour leurs présentations de la menace posée par Daech. Et je tiens à saluer le courage de Madame Mona Freij qui nous incite à poursuivre nos efforts pour éliminer la menace terroriste, et en particulier celle de Daech.

Les défaites militaires subies par Daech montrent que les efforts collectifs dans la lutte contre le terrorisme lui ont fait perdre son ancrage territorial. Mais cette lutte, on le voit bien, ne portera ses fruits qu’en agissant partout et à tous les niveaux, car la menace de Daech n’est pas éradiquée. Le groupe est toujours présent dans la clandestinité au Levant et il s’est disséminé en s’appuyant sur ses différentes franchises à travers le monde.

Et je souhaiterais à cet égard revenir sur quatre priorités qui doivent guider nos efforts pour lutter contre l’influence de cette organisation de la terreur.

Premièrement, et le rapport du Secrétaire général en fait bien état, la menace est persistante, notamment en Syrie et en Irak, où Daech est, comme j’ai dit, certes défait, mais non définitivement vaincu. Et dans cette région la priorité collective doit être la poursuite des efforts de la Coalition contre Daech au Levant, pour empêcher toute résurgence du groupe terroriste. Dans ce cadre, la France souhaite rester engagée militairement en Irak, à la demande des autorités de Bagdad et dans le plein respect de leur souveraineté.

La lutte sécuritaire ne suffit cependant pas si l’idéologie terroriste continue de recruter. Il est donc indispensable de prévenir la radicalisation terroriste, et pour cela, l’engagement de tous les acteurs est nécessaire, y compris sur Internet dont l’utilisation qui peut être détournée pour diffuser la propagande terroristes, mettre en relation les groupes terroristes et ceux qui souhaitent les rejoindre. La France est à cet égard à la pointe de ce combat et nous sommes fiers d’avoir lancé avec la Nouvelle-Zélande l’Appel de Christchurch qui réunit déjà une cinquantaine de pays et d’organisations et des grandes entreprises d’Internet. La France soutient par ailleurs le projet de règlement de l’Union européenne pour le retrait des contenus terroristes dans l’heure. Sans jamais remettre en question notre engagement en faveur de la liberté d’expression, l’objectif est de ne pas laisser Internet devenir un sanctuaire et un instrument pour les groupes terroristes.

Et s’il faut d’une part prévenir, il est aussi nécessaire d’autre part d’adapter nos législations et nos dispositifs pour judiciariser et prendre en charge ceux qui se laissent attirer par les fausses promesses des groupes terroristes. C’est bien sûr un exercice complexe compte-tenu de la diversité des profils des hommes et des femmes concernés. La France a pris depuis plusieurs années de nombreuses mesures pour faire face à ces situations et elle attache une importance toute particulière à la prise en charge et au suivi des mineurs qui sont revenus ou qui ont été rapatriés de la zone syro-irakienne.

La deuxième priorité, c’est bien sûr la lutte contre le financement du terrorisme. Les groupes terroristes, même coupés de leur base territoriale, continuent de prospérer et - le rapport le montre bien - grâce à des ressources issues de la criminalité ordinaire, de la fraude organisée, des enlèvements, de l’extorsion, des trafics d’armes, de stupéfiants, et des œuvres d’art, pour ne citer que quelques exemples. Ils ont bien sûr besoin de cet argent pour mener leurs actions, recruter de nouveaux candidats et propager leurs discours de haine. Les efforts que nous avons entrepris depuis 20 ans pour tarir ces ressources doivent être poursuivis sans relâche, et notamment grâce aux dispositions de la résolution 2462, que ce Conseil a adoptée en mars 2019.

Troisième priorité pour la France, c’est d‘œuvrer sans relâche pour que les crimes atroces commis par Daech ne restent pas impunis. Trop de civils, y compris de femmes et d’enfants, ont été victimes de crimes qui, outre la qualification d’actes de terrorisme, sont susceptibles de constituer notamment des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité. Nous avons soutenu la mise en place de l’UNITAD par la résolution 2379 et le Mécanisme d’enquête international en Syrie. Il s’agit d’une première étape dans la lutte contre l’impunité et nous continuerons d’appuyer ces travaux pour que les victimes puissent obtenir réparation.

Enfin, la quatrième priorité est de garantir que la lutte contre le terrorisme se fasse dans le plein respect des droits de l’Homme et du droit humanitaire international. Cette lutte ne doit pas servir de prétexte à la discrimination contre un groupe religieux. Le respect des droits de l’Homme, de la liberté d’expression, de religion et de conviction et de l’Etat de droit, mais aussi l’inclusion et la cohésion sociale, sont des conditions sine qua non pour toute stratégie de prévention et de lutte contre le terrorisme. La mobilisation des acteurs, y compris des acteurs non étatiques, est une autre condition de la réussite de cette lutte. Et parmi ces acteurs, j’ai déjà cité les entreprises dont celles d’internet mais j’aimerais aussi rappeler l’importance des acteurs de la société civile dont la contribution pour contrer les discours de haine et renforcer la résilience des sociétés est essentielle.

Pour conclure, je voudrais dire que la France restera engagée dans la lutte contre le terrorisme, sur tous les fronts, afin d’éradiquer cette menace.

Je vous remercie.

Dernière modification : 12/02/2020

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