Nécessité d’une approche globale et solidaire pour répondre à l’augmentation de réfugiés

Réfugiés et déplacés
Intervention de Mme. Anne Gueguen, représentante permanente adjointe à la mission permanente de la France auprès des Nations unies
Réunion du Conseil de sécurité en format Arria - 24 juin 2019

Je vous remercie à mon tour de cette initiative de nous réunir sur un sujet crucial, un problème qui, en volume, a doublé en 20 ans.

Que faire face à cette situation ? Je voudrais partager avec vous trois idées force du côté français, qui rejoignent assez largement les recommandations qui ont été présentées par nos briefeurs.

1. La première idée, la première priorité, c’est celle du partage solidaire des responsabilités

On le sait, l’accueil des réfugiés est autant une obligation internationale qu’un devoir moral. Ce sont aux Etats qu’appartient d’abord la responsabilité de protéger sur leur territoire les ressortissants étrangers qui ont fui leur pays à la suite de persécutions. Nous devons également assurer des voies sûres et légales pour ces personnes. C’est dans cet esprit que la France s’est engagée à accueillir 10 000 réfugiés entre octobre 2017 et la fin de l’année 2019 et que nous renforçons nos politiques d’intégration par l’accès au logement et à l’emploi en France. Nous saluons également les progrès qui ont été réalisés par d’autres Etats à ce sujet, notamment l’Ethiopie qui a adopté récemment une nouvelle loi qui ouvre le marché du travail aux réfugiés, et Djibouti. Je souhaiterais poser une question à nos briefeurs : Monsieur Grandi nous a parlé du cadre de réponse globale avec huit pays africains, au-delà de cet exemple, y a-t-il d’autres exemples concrets dans lesquels les Nations unies et les organisations régionales ont concrètement accompagné les Etats au plan de l’accueil ?

Toujours sur cette question de l’accueil, nous voyons qu’une approche globale et collective passe notamment par un renforcement de la coopération
entre les Nations unies, l’Union européenne et l’Union africaine. Nous devons notamment accroître nos efforts collectifs pour soutenir les pays qui sont en première ligne face aux déplacements de grande ampleur et pour lutter aussi contre les trafiquants et contre les passeurs.

Dans ce contexte, on voit bien à quel point la mise en œuvre du Pacte Mondial pour les Réfugiés doit être une priorité
. Là aussi, Monsieur Grandi, j’aurais souhaité vous poser une question : comment comptez-vous saisir l’occasion du Forum mondial sur les réfugiés qui sera organisé au mois de décembre prochain, pour renforcer concrètement la réponse collective aux défis liés à la protection et à la prise en charge des réfugiés ? La France sera bien évidemment à vos côtés et nous appelons l’ensemble des Etats et des acteurs pertinents à participer à ce forum et à s’engager en vue de la mise en œuvre du Pacte.

2. La deuxième priorité – deuxième grande idée que je voulais partager avec vous - c’est celle qui a été évoquée par beaucoup d’autres orateurs autour de cette table, c’est la nécessité de répondre aux causes profondes des déplacements de populations

Cela a été dit, l’insécurité et les violations massives des droits de l’Homme qui caractérisent malheureusement les conflits sont parmi les premières causes de déplacements.

• Prévenir ces violations implique notamment de renforcer les capacités locales, nationales et régionales pour prévenir les atrocités de masse : je pense en particulier aux mécanismes d’alerte précoce, notamment celui qui a été mis en place par l’Union africaine mais je pense aussi aux missions d’observation, à la médiation et à la diplomatie préventive. Cette nécessité d’une logique de prévention est également la raison pour laquelle la France soutient la montée en puissance et le financement durable et prévisible des opérations africaines de paix, qui jouent aujourd’hui un rôle majeur pour la sécurité du continent.

Tout doit être également être fait pour réprimer les violations des droits de l’Homme et poursuivre les responsables notamment du trafic des êtres humains : lutter contre l’impunité est également indispensable dans cet effort.

Enfin, je crois qu’il revient au Conseil de sécurité de créer les conditions d’un règlement durable des crises. On le voit bien qu’il s’agisse de la Syrie, du Venezuela, du Soudan du Sud, de la RCA, de la Libye ou de la Birmanie : seules des solutions politiques permettront de stabiliser durablement ces pays et de relever des défis liés aux déplacements de populations.

3. Enfin, troisième priorité - dernière idée que je voulais partager avec vous : celle de la nécessité de respecter et de faire respecter les principes fondamentaux pour le retour des réfugiés

Il est de notre responsabilité à tous de veiller au caractère volontaire
des retours de réfugiés dans leur pays d’origine, dans des conditions qui soient sûres, dignes, et sur la base d’un accès à l’information concernant le lieu envisagé pour leur retour.

Chacun sait par exemple qu’en Syrie ou en Birmanie (pour ne citer que ces deux exemples), de telles conditions ne sont absolument pas remplies aujourd’hui. En Birmanie, il n’y aura pas de retour possible pour les réfugiés Rohingyas sans un accès entier aux services de base et une pleine liberté de circulation. En Syrie, les informations faisant état d’arrestations arbitraires de réfugiés de retour chez eux par les services de sécurité syriens sont extrêmement préoccupantes. C’est pourquoi il est primordial que les Nations unies puissent avoir accès aux réfugiés ou aux déplacés internes de retour.

En conclusion, je voudrais insister sur la nécessité d’une approche globale et solidaire qui est indispensable pour répondre au défi posé par l’augmentation du nombre de réfugiés et de déplacés. Nous devons accroître nos efforts collectifs dans ce sens. Vous pouvez bien sûr compter sur le soutien de la France.

Je vous remercie.

Dernière modification : 24/06/2019

Haut de page