La région des Grands lacs doit traiter les causes profondes de l’instabilité

GRANDS LACS

INTERVENTION DE M. NICOLAS DE RIVIERE

REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES
AU CONSEIL DE SECURITE

New York, 13 octobre 2020

M. le Président,

Je remercie l’Envoyé spécial du Secrétaire général, M. Huang Xia, de sa présentation et je souhaiterais souligner trois points :

Tout d’abord, les avancées de la coopération régionale, qui doivent être encouragées.

La France se félicite des développements positifs des derniers mois. Je salue notamment la poursuite des consultations facilitées par la République démocratique du Congo et l’Angola entre le Rwanda et l’Ouganda, l’approche commune sur la démarcation des frontières entre la République démocratique du Congo et la Zambie, l’accord entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda pour renforcer leur coopération sur les questions de sécurité, ainsi que le Sommet sur les Grands lacs organisé à l’initiative de la République démocratique du Congo le 7 octobre dernier. Il est essentiel de prolonger la dynamique encourageante engagée depuis l’élection du président Tshisekedi, à laquelle la transition politique au Burundi pourrait également contribuer afin de réduire encore les tensions et consolider la confiance.

La poursuite de cette dynamique régionale est indispensable pour répondre aux défis sécuritaires et pour atteindre l’objectif commun de stabilisation de la région des Grands lacs. La situation de la région reste malheureusement marquée par les activités de groupes armés, notamment à l’est de la République démocratique du Congo. Je salue à ce titre le travail qu’y accomplit sans relâche la MONUSCO.

Plus globalement, la région doit aussi traiter les causes profondes de l’instabilité. C’est mon second point.

L’élaboration d’un schéma de valorisation des ressources naturelles et d’une filière extractive transparente contribuerait à la lutte contre leur exploitation illégale. La France prend toute sa part aux efforts collectifs de régulation dans la perspective de l’entrée en vigueur au 1er janvier du règlement sur les minerais provenant des zones de conflit. Elle se tient prête à participer à l’atelier programmé avec la Conférence internationale sur la région des Grands lacs. La définition de cadres nationaux et régionaux de désarmement-démobilisation-réinsertion des groupes armés permettrait leur retour durable dans les communautés. En République démocratique du Congo, les progrès en la matière avec le groupe FRPI doivent rapidement être consolidés pour prévenir un retour à la violence.

Les efforts doivent par ailleurs porter sur les droits de l’Homme et la lutte contre les violences sexuelles et fondées sur le genre, qui sont une entrave à la paix et à la stabilité dans la région. Le droit international humanitaire doit être respecté. Cela va de pair avec le renforcement de l’Etat de droit, la réforme du secteur de la sécurité et de la justice, ainsi que la lutte contre la corruption et contre l’impunité. La France, elle, a retenu les Grands lacs comme une des zones prioritaires de son Plan national d’action pour mettre en œuvre l’agenda « Femmes, paix et sécurité ».

Cela a été dit, la pandémie de COVID-19 affecte tout particulièrement les femmes, les réfugiés, les personnes déplacées et elle a contribué à aggraver l’insécurité alimentaire, en particulier en République démocratique du Congo. Là aussi, la coopération régionale est indispensable et je salue l’engagement de la République démocratique du Congo, du Rwanda, de l’Angola et de l’Ouganda la semaine dernière pour établir un plan transfrontalier de lutte contre la COVID-19. La France, elle, prend sa part en soutien à la région en orientant 1,2 milliards d’euros de notre aide au développement sur les enjeux de santé en Afrique.

Troisièmement, le rôle des Nations unies en soutien à la région.

La France réaffirme son soutien aux travaux de l’Envoyé spécial [du Secrétaire général]. Son rôle est crucial pour appuyer la mise en œuvre de l’accord-cadre et le suivi des engagements. La pandémie de COVID-19 n’a pas permis de poursuivre des consultations aussi inclusives que par le passé. Nous espérons que ce dialogue pourra être réactivé. Je salue la mobilisation de l’Envoyé spécial pour préparer la deuxième édition de la conférence sur les investissements et le commerce dans la région des Grands lacs.

La stratégie des Nations unies pour la région des Grands lacs constituera un outil clé pour y renforcer de manière concrète la stabilité politique et la paix. Elle devra en outre permettre de répondre aux enjeux d’intégration économique et de développement durable dans l’ensemble de la région. Tout comme d’autres partenaires extérieurs qui ont activement contribué à son élaboration, nous attendons cette stratégie avec grand intérêt et espérons qu’elle pourra donner lieu à un plan d’action opérationnel.

Monsieur le Président,

La France et les Etats des Grands lacs partagent le même objectif : celui de la stabilité et du développement de la région. A cette fin, notre engagement sera constant à leur côté et en appui aux Nations unies.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 13/10/2020

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