La présence de la MINUAD au Darfour est encore nécessaire [en]

MINUAD
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 14 juin 2019

Merci Monsieur le Président, je souhaite remercier à mon tour nos deux briefeurs pour leurs éléments d’information et d’analyse. De mon côté, en écho à ce que viennent de dire mes collègues de Royaume-Uni et de l’Allemagne, je souhaiterais insister sur trois points : notre préoccupation, l’urgence de tout faire pour empêcher que le Darfour ne s’embrase à nouveau, et enfin un appel à sursoir aux décisions relatives au retrait de la MINUAD dans ces conditions.

1/ Je tiens d’abord à exprimer les vives préoccupations de la France sur la situation au Soudan

La France condamne avec la plus grande fermeté les violences survenues au Soudan ces derniers jours. Des manifestants pacifiques ont été réprimés avec une immense brutalité. Un tel usage disproportionné de la force n’est pas tolérable. Nous appelons instamment l’ensemble des acteurs à la retenue et à ne pas recourir à la violence. Le Conseil militaire de transition a la responsabilité première de la sécurité de tous les Soudanais. La France demande que toute la lumière soit faite sur les exactions commises, y compris les violences sexuelles, à la suite du très préoccupant communiqué de Pramila Patten, et que les responsables soient jugés.

Monsieur le Président, l’enjeu aujourd’hui est celui de la reprise du dialogue politique et de la transition négociée vers un pouvoir dirigé par les civils au Soudan. Nous appelons toutes les parties à reprendre les pourparlers et à faire preuve de mesure, d’ouverture et à rechercher le compromis. Nous rappelons que le délai accordé par l’Union africaine pour le transfert du pouvoir à une autorité de transition conduite par des civils arrivera à son terme le 30 juin.

La France salue la position déterminée et claire de l’Union africaine. Nous souhaitons que les Nations unies puissent pleinement soutenir les efforts de médiation entrepris par l’Union africaine avec l’appui du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. C’est ce que la France a passé comme messages ces derniers jours, y compris lors de la rencontre entre le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères français et le Président de l’Union africaine à Paris le 11 juin.

Je salue à cet égard la mission confiée par le Secrétaire général à son conseiller spécial, Nicholas Haysom, chargé d’appuyer la médiation de l’Union africaine. Les premiers résultats sont encourageants : cette médiation a permis d’obtenir des deux parties leur retour à la table des négociations, ce qui est très positif.

Nous appelons tous les partenaires du Soudan, et particulièrement les pays de la région et les plus proches partenaires du Soudan, à unir leurs énergies pour soutenir la médiation de l’Union africaine. La stabilité du Soudan ne sera garantie que si nous agissons tous dans la même direction et parlons d’une seule voix.

2/ Monsieur le Président, nous devons tout faire, et ce sera mon deuxième point, pour empêcher le Darfour de s’embraser à nouveau

Nous sommes extrêmement préoccupés par les informations faisant état de violences au Darfour ces derniers jours, notamment dans le Djebel Marra, qui illustrent que la situation aujourd’hui est de nouveau très volatile. Nous le savons, le Darfour reste une région fragile, où les causes profondes du conflit, notamment l’accès à la terre et l’avenir des 2 millions de déplacés, n’ont pas été vraiment réglées. Nous devons tout mettre en œuvre pour éviter que la région ne sombre à nouveau.

Dans ce contexte, la MINUAD doit rester dans une posture aussi robuste que possible, afin de mener à bien ses missions, en particulier la protection des civils.

Nous avons été particulièrement choqués par l’attaque et le pillage, mi-mai, du camp d’El Geneina. L’implication de membres des forces de défense et de sécurité soudanaises est inacceptable. Nous demandons aux autorités de faire toute la lumière sur ces agissements, et de faire en sorte que les responsables soient jugés.

Au-delà, je voudrais rappeler l’importance de lutter contre l’impunité au Darfour : des crimes graves, y compris contre les enfants, et y compris des violences sexuelles, ont été commis de longue date et continuent d’être commis. Je rappelle que toutes les parties au conflit ont l’obligation de coopérer pleinement avec la Cour pénale internationale et son Procureur, conformément à la résolution 1593 de ce Conseil.

3/ Enfin, Monsieur le Président, et ce sera mon dernier point, dans le contexte actuel, nous devons suspendre toute décision relative au retrait de la MINUAD
Il est plus que jamais nécessaire de plaider pour un retrait responsable, et prudent, de la mission. La situation actuelle exige que nous repoussions de quelques mois toute décision concernant le retrait de la MINUAD. Deux raisons à cela :

Premièrement, nous ne pouvons pas, dans deux semaines, décider de transférer aux autorités soudanaises les quinze bases restantes, alors que nous n’avons pas d’interlocuteur légitime et fiable au pouvoir à Khartoum. Au contraire, les violences de la semaine dernière nous incitent à faire preuve de la plus grande circonspection. La MINUAD a eu raison de geler les transferts de ses bases tant que le décret pris par le Conseil militaire de transition le mois dernier, qui décide que les camps de la MINUAD devront être remis à la Force de soutien rapide, sera en vigueur. Ce décret contrevient en effet aux accords conclus entre le Soudan et les Nations Unies et doit être annulé, comme le CPS de l’Union africaine l’a demandé dans son communiqué hier.

Enfin, la situation au Darfour est tellement instable et volatile pour le moment que la présence de la MINUAD sera encore nécessaire dans les mois qui viennent. Je pense particulièrement à la mission de protection des civils, de signalement des atteintes aux droits de l’Homme, de règlement des conflits intercommunautaires, de facilitation de l’accès humanitaire et de protection du personnel humanitaire. Dans ces conditions, ma délégation soutient la proposition du renouvellement technique du mandat de la mission présentée par le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Je vous remercie.

Dernière modification : 14/06/2019

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