RCA : La priorité doit aller à l’arrêt des violences commises par les groupes armés [en]

RCA/MINUSCA
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 20 juin 2019

Monsieur le Président,

Je souhaite d’abord remercier vivement le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, Mankeur Ndiaye, le Représentant spécial de l’Union africaine, Mathias Bertino Matondo, et le Directeur général pour l’Afrique du Service européen d’action extérieure, Koen Vervaeke, pour leurs interventions très éclairantes. Je souhaite en particulier saluer ici la présence, pour la première fois dans cette salle du Conseil de sécurité, du Représentant spécial Mankeur Ndiaye. Cher Mankeur, permettez-moi de saluer l’ensemble du travail que vous avez accompli depuis votre prise de fonctions et de vous réitérer tout le soutien de la France dans l’accomplissement de votre importante mission.

Monsieur le Président,

1/ La signature de l’accord de paix le 6 février dernier à Bangui a ouvert une véritable perspective pour une sortie de crise et une paix durables en RCA. Nous sommes donc pleinement attachés à sa mise en œuvre et nous saluons les premières mesures prises par les autorités centrafricaines, sous l’impulsion du Président Touadéra, afin que cet accord se traduise dans les faits.

Je pense notamment à la formation d’un nouveau gouvernement inclusif, au travail effectué pour rendre les unités spéciales mixtes de sécurité opérationnelles dans les meilleurs délais, à la mise en place des structures de suivi de l’accord avec la tenue des premières réunions du Comité exécutif de suivi, ou encore à la réactivation de la commission mixte entre la RCA et le Cameroun en mai dernier.

Nous demeurons néanmoins préoccupés par la poursuite des violences commises par les groupes armés, qui continuent notamment de recruter des enfants dans leurs rangs et de violer l’embargo sur les armes pour se réarmer. Les conséquences humanitaires sont terribles et concernent en premier lieu les populations les plus vulnérables
 : déplacés internes, enfants, femmes. Les violences récentes commises par le groupe 3R dans la région de Paoua, qui ont provoqué la mort de plus de 50 civils, sont inacceptables. Il s’agit d’une violation grave de l’accord de paix que nous condamnons fermement, de même que le ciblage des travailleurs humanitaires par certains groupes armés, qui payent parfois de leur vie leur engagement. Nous avons pris bonne note de la réaction des responsables du groupe 3R, suite à l’attaque du 21 mai, pour mettre fin à ces agissements. Nous attendons que l’ensemble des individus responsables en leur sein soient recherchés et livrés sans délai à la justice pour qu’ils répondent de leurs crimes. Nous saluons par ailleurs la réaction de la MINUSCA, qui a adopté une posture ferme et robuste face au groupe 3R, permettant ainsi de faire prévaloir l’accord de paix. Cette posture est indispensable et doit continuer d’être opposée aux groupes armés. La MINUSCA peut là aussi compter sur notre entier soutien.

Dans ce contexte, nous considérons que la priorité pour la mise en œuvre de l’accord de paix doit aller à l’arrêt des violences commises par les groupes armés, à leur désarmement et à la leur démobilisation, ainsi qu’à la restauration progressive de l’autorité de l’Etat sur tout le territoire. De son côté, le gouvernement centrafricain doit également poursuivre ses efforts de communication sur l’accord de paix, lancer la procédure d’adoption d’une loi sur la décentralisation, et progresser dans la mise en place de la Commission vérité, justice, réconciliation et réparation. Ce sont les gages d’une meilleure implication des populations dans la mise en œuvre de l’accord, notamment les femmes et les jeunes, d’une administration locale plus proche de la population, et d’une réponse à l’exigence de justice exprimée par la population centrafricaine, qui passe aussi par la poursuite des travaux de la Cour pénale spéciale et le renforcement du système judiciaire national.

Monsieur le Président,

2/ Pour que la mise en œuvre de l’accord de paix soit un succès, il est également indispensable que la communauté internationale s’engage pleinement et de manière coordonnée pour le soutenir, sur le plan politique comme sur le plan financier. A ce titre l’Union africaine, la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale et les pays de la région, en tant que garants de l’accord de paix, ont un rôle particulier à jouer. Nous encourageons donc l’Union africaine et la CEEAC à poursuivre leurs efforts, en lien avec les Nations unies et les pays de la région.

De son côté, la France est et restera pleinement engagée en soutien à la mise en œuvre de l’accord de paix. Sans chercher ici à être exhaustif, la France a ainsi fourni une aide budgétaire de 10 millions d’euros pour le renforcement de l’administration centrafricaine et nous poursuivons la formation de 200 cadres de la fonction publique territoriale. En matière sécuritaire, nous menons des actions de formation complémentaire pour 850 à 950 membres des forces armées centrafricaines ayant été formés par EUTM-RCA. En matière de relèvement, nous finançons des projets à impact rapide pour le développement d’activités économique et l’insertion des populations pour un montant de 28 millions d’euros.

Au-delà de notre engagement bilatéral, je souhaiterais également saluer l’engagement de l’Union européenne, qui est le premier partenaire de la RCA en matière de développement. La mission européenne EUTM-RCA, dont la France prendra le commandement le 1er juillet prochain, continue d‘être la référence en matière de formation des forces armées centrafricaines. Elle a ainsi formé et éduqué plus de 3000 soldats centrafricains et entamé la formation de 1000 FACA supplémentaires. Elle contribuera à la mise en place du modèle d’armée de garnison avec le redéploiement des FACAs à Bouar.

Monsieur le Président,

3/ Avant de conclure mon intervention, je souhaiterais rappeler le plein et entier soutien de la France à la MINUSCA. Nous le savons tous, la MINUSCA opère dans un environnement difficile mais elle joue un rôle indispensable pour la stabilisation de la RCA. Son implication est décisive pour la mise en œuvre de l’accord de paix. Je pense notamment à la mise en place et au déploiement des unités spéciales mixtes, qui doivent contribuer à la sécurisation du pays, et au retour de l’autorité de l’Etat. C’est pourquoi nous continuerons de veiller à ce que la MINUSCA dispose des moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission.

Je souhaite rendre hommage ici aux pays contributeurs de troupes et de contingents de police pour leur engagement en RCA, comme je souhaite saluer l’ensemble des efforts entrepris par la MINUSCA pour accroitre sa mobilité, améliorer sa performance opérationnelle là où des défaillances ont été constatées, mais aussi poursuivre le travail engagé pour prévenir les cas d’exploitation et d’abus sexuels et s’assurer qu’ils ne restent pas impunis.

Enfin, alors que les échéances électorales de 2020 et 2021 approchent et doivent marquer l’ancrage démocratique en RCA, nous estimons que la MINUSCA doit pouvoir jouer un rôle de soutien à leur organisation, en appui des autorités centrafricaines. Les recommandations que le Représentant spécial du Secrétaire Général fera sur ce point seront donc considérées avec la plus grande attention. Nous appelons dès à présent l’ensemble des acteurs centrafricains à la responsabilité pour que les préparatifs de ces élections puissent se dérouler dans un climat apaisé et constructif.

Monsieur le Président,

L’accord de paix peut et doit marquer un nouveau départ pour la RCA. C’est pourquoi il est indispensable que ce Conseil et la communauté internationale restent mobilisés et unis en soutien à la RCA et à la MINUSCA.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/06/2019

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