La réconciliation, un élément essentiel pour une paix juste et durable [en]

Le rôle de la réconciliation dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 19 novembre 2019

Monsieur le Président,

Je remercie le Secrétaire général et nos deux autres intervenants pour leurs exposés. Je remercie également la présidence britannique d’avoir organisé ce débat.

La France soutient la dynamique engagée par le Secrétaire général en faveur de la diplomatie de paix. Les Nations unies doivent davantage investir en amont des conflits, pour les prévenir, et en aval, pour construire des paix durables. Le renforcement des capacités en matière de médiation, d’alerte précoce et de soutien à la réconciliation, notamment grâce à la montée en puissance du fonds de consolidation de la paix sont essentiels. La revue de l’architecture de consolidation de la paix de 2020 doit être l’occasion d’aller plus loin.

La justice et la lutte contre l’impunité sont en effet les conditions sine qua non pour permettre une réconciliation juste et durable.

Aucune paix n’est possible sans justice. Il est indispensable, après un conflit, que la justice soit rendue, particulièrement dans les cas de violations graves du droit international humanitaire et des droits de l’Homme. Il s’agit de garantir une reconnaissance aux victimes et de rompre le cycle infernal de la vengeance.

Pour cette raison, la France est convaincue que la Cour pénale internationale joue un rôle essentiel dans la lutte contre l’impunité, dans le respect du principe de complémentarité.

La France salue les efforts de l’UNITAD en Irak pour collecter les preuves des crimes commis par Daech. Elle continuera également d’apporter tout son soutien politique et financier au mécanisme d’enquête international impartial et indépendant en Syrie.

Pour prévenir de nouvelles atrocités, les processus de réconciliation doivent accorder une place particulière à la mémoire et aux victimes.

Nous saluons l’action des mécanismes de justice transitionnelle, tels que la Commission de la vérité et de la réconciliation en Afrique du Sud, et celle des tribunaux pénaux internationaux, qui ont indéniablement contribué à la réconciliation et à la paix dans les régions concernées. Leur héritage et, plus largement, le travail de mémoire et de documentation historique des faits, doivent à présent être préservés.

L’enseignement à destination des plus jeunes doit prendre le relais pour éviter toute résurgence des divisions qui alimentent les violences. Il s’agit là de la responsabilité des gouvernements et des acteurs locaux, mais aussi celle du Conseil de sécurité. Il est préoccupant de constater que subsistent dans certains discours le déni du génocide des Tutsi au Rwanda et la glorification des criminels de guerre qui ont sévi en ex-Yougoslavie. C’est aussi pour cela que la justice transitionnelle et la lutte contre l’impunité en général, doivent systématiquement comporter une dimension mémorielle.

La protection des droits des rescapés, et notamment la mise en place de mécanismes d’indemnisation, revêt une grande importance. La France apporte son soutien plein et entier au Fonds en faveur des victimes de la Cour pénale internationale. Lorsque les structures juridictionnelles sont absentes ou trop faibles, il est essentiel d’apporter un soutien médical, psychologique et social en vue de faciliter la réinsertion des survivants. C’est l’objectif que se donne par exemple le Fonds international de soutien aux rescapées de violences sexuelles lancé par les prix Nobel de la Paix Nadia Murad et Denis Mukwege.

Dans ce contexte, la consolidation de la paix doit intégrer en amont cette préoccupation de réconciliation.

Nous nous devons de promouvoir des processus les plus inclusifs possibles. Ils doivent associer les femmes, les jeunes, les acteurs de la société civile et les responsables communautaires et religieux.

Je voudrais insister sur le rôle des femmes. C’est une priorité pour la France et pour ce Conseil avec l’agenda Femmes, paix et sécurité : les processus de paix qui associent les femmes sont plus efficaces et plus durables. Nous saluons les efforts déployés par le fonds de consolidation de la paix dont un tiers des projets intègre cette dimension.

Il convient également d’enquêter dès que possible sur des faits pouvant alimenter le cycle de la haine. Au Sahel par exemple, les terroristes instrumentalisent des conflits entre communautés à leur profit. Nous saluons donc les efforts de la MINUSMA pour enquêter sur les violations des droits de l’Homme et développer des initiatives de réconciliation. La visite au Mali du Conseiller spécial pour la prévention du génocide et celle de l’Expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme au Mali ont également été très utiles. Tout en poursuivant ces efforts, il est tout aussi essentiel d’appuyer les stratégies nationales de prévention des conflits et de réconciliation, car c’est d’abord aux autorités locales d’assurer, de façon neutre et impartiale, la coexistence entre leurs propres communautés.

Je voudrais souligner le travail exemplaire mené en RCA par la MINUSCA pour favoriser la signature d’accords de paix et de réconciliation locaux, qui ont ouvert la voie à la signature, le 6 février dernier, d’un accord de paix global. Depuis, les comités locaux de suivi de l’accord jouent un rôle essentiel pour assurer une réelle appropriation du processus de paix.

Monsieur le Président,

La réconciliation est indispensable pour bâtir une paix durable, c’est pourquoi elle doit figurer systématiquement parmi les objectifs que ce Conseil doit se fixer.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/11/2019

Haut de page