La relation entre l’ONU et Haïti est à un moment charnière [en]

MINUJUSTH
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 3 avril 2019

Merci Monsieur le président,

Permettez-moi tout d’abord de vous féliciter pour ce début, faut-il dire au grand jour (NdR : fait inédit, les rideaux de la salle du Conseil de sécurité ont été ouverts à la demande de l’Allemagne, permettant à la séance de se tenir à la lumière du jour), de votre présidence consécutive et conjointe à celle de la France. Ce jumelage est l’illustration du partenariat privilégié entre nos deux pays qui ont construit un programme et un esprit commun pour ces deux mois afin d’améliorer nos habitudes, nos pratiques mais aussi nos résultats sur le terrain. L’équipe France sera à vos côtés pendant tout ce mois.

A mon tour et à la suite des orateurs précédents, je me réjouis tout particulièrement de l’opportunité donnée au Conseil d’entendre la Haut-Commissaire, avec qui nous espérons que nous aurons des interactions régulières. Et je salue également la présence du ministre haïtien des Affaires étrangères.

Comme tous l’ont souligné autour de cette table, la relation entre l’ONU et Haïti est à un moment charnière, de transition à l’approche du terme de la MINUJUSTH.

Les briefers l’ont souligné dans leurs exposés, Haïti reste confronté à de nombreux défis sur lesquels je reviendrai et qui requièrent non seulement un engagement de chaque instant des autorités haïtiennes, mais aussi un soutien robuste des partenaires internationaux d’Haïti, à commencer par ce Conseil. C’est dans ce contexte que la France soutient pleinement la recommandation du Secrétaire général d’une mission politique spéciale. Cette transition, qui est attendue et préparée depuis deux ans, tourne ainsi la page des opérations de maintien de la paix et ouvre un nouveau chapitre dans la coopération entre l’ONU et Haïti.

Dans cette perspective, deux points méritent toute notre attention pour que l’ONU puisse continuer à faire une différence positive en Haïti :

1/ Tout d’abord, l’instabilité politique et économique reste au cœur de nos préoccupations. Ce sera mon premier point. Plus d’un quart de la population se trouve aujourd’hui dans une situation d’insécurité alimentaire. La souffrance économique et sociale persiste. Les Haïtiens sont touchés de plein fouet par la détérioration économique et demandent un meilleur accès aux services de base. La résurgence de la violence, qui est favorisée par ce contexte difficile, est une source de préoccupation. Des violences inacceptables ont en effet été commises, notamment en marge des manifestations de février qui ont, une fois de plus, paralysé le pays et eu des conséquences désastreuses sur la vie quotidienne des Haïtiennes et des Haïtiens. La violence ne peut qu’aggraver les problèmes. La France appelle tous les acteurs politiques haïtiens à condamner fermement le recours à la violence et à adopter une approche constructive, y compris dans le cadre de la mission de bons offices menée par la Représentante spéciale du Secrétaire général.

Monsieur le président,

Beaucoup reste à faire pour construire des institutions solides et le cadre législatif nécessaires à l’enracinement de l’état de droit. La France encourage les autorités haïtiennes à mener les réformes nécessaires qui pourront garantir une justice plus accessible, plus efficace et plus représentative de la société haïtienne. Nous regrettons d’ailleurs que sur les 12 sièges de la Cour suprême, un seul soit occupé par une femme. La lutte contre la corruption et l’impunité, au cœur des revendications des manifestants, doit également faire l’objet d’une priorité absolue. C’est en menant ce combat que les politiques haïtiens pourront renouer un lien de confiance avec la population.

Des progrès ont été réalisés, notamment grâce à la MINUJUSTH, en particulier pour réduire la violence communautaire en direction des femmes. Cependant des violations des droits de l’Homme subsistent, comme l’a rappelé Mme Bachelet. La France est particulièrement inquiète des liens mentionnés dans le rapport du Secrétaire général entre des acteurs politiques et des organisations criminelles. Des enquêtes crédibles doivent être à cet égard menées et donner lieu à des poursuites, le cas échéant.

2/ Monsieur le président,

Au vu de ces défis, la France appelle à poursuivre sur la voie tracée par la MINUSTAH et la MINUJUSTH, et soutient une transition vers une mission politique spéciale. Ce sera mon deuxième point.

La mission politique spéciale qui va succéder à la MINUJUSTH sera l’occasion de focaliser les efforts des Nations unies dans les trois secteurs où la valeur ajoutée de l’ONU est démontrée : d’abord le conseil de la police nationale haïtienne – qui est déjà autonome dans la majorité des régions haïtiennes - ; ensuite, la construction de l’État de droit, y compris le système pénitentiaire ; et enfin, le suivi de la situation des droits de l’Homme et la réduction de la violence au sein des communautés. Mme la Haut-Commissaire, vos recommandations seront précieuses à cet égard. Comme suggéré par le Secrétaire général, la mission de bons offices devra aussi être un axe du mandat de la future mission.

Outre cette mission politique spéciale, c’est l’ensemble du système onusien, en particulier l’équipe pays, qui va s’adapter pour répondre aux besoins d’Haïti. Monsieur le Ministre, nous saluons à ce titre la décision du gouvernement haïtien de faire appel au fonds de consolidation de la paix. Les projets financés par ce fonds apporteront une aide précieuse à la population haïtienne. Le combat contre l’épidémie de choléra, sur le point d’être éradiquée, se poursuivra.

Enfin, Monsieur le Ministre, la France encourage les responsables politiques de Haïti à tout mettre en œuvre pour créer les conditions d’un développement durable et stable du pays. Parmi les projets qui relèvent de la responsabilité des autorités haïtiennes, je citerai le plan d’action interministériel sur les droits de l’Homme qui doit être désormais finalisé. Comme l’intervention de Madame Viaud l’illustre, la société civile, quant à elle, regorge déjà d’initiatives et de talents. Cette société civile mérite notre plein et entier soutien. Madame Viaud, votre plaidoyer percutant pour la protection des femmes et la promotion de leurs droits et de leur participation doit être pleinement entendu.

Monsieur le président, en conclusion je rappellerai simplement la devise figurant sur l’emblème d’Haïti : « l’union fait la force », une devise qui rappelle à quel point Haïti a besoin d’unité nationale pour construire l’avenir du pays, en particulier dans la perspective des prochaines élections.

Je vous remercie.

Dernière modification : 04/04/2019

Haut de page