La situation au Sahel demeure très précaire [en]

G5 Sahel
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 20 novembre 2019

Monsieur le Président,

La situation au Sahel demeure très précaire et les armées de la région sont en première ligne. Les combats qui ont eu lieu lundi à la frontière entre le Mali et le Niger, dans une opération associant les armées de ces deux pays, montrent la capacité de nuisance persistante des groupes terroristes. Les premières victimes du terrorisme sont les populations du Sahel elles-mêmes. Depuis le début de l’année, on recense 1 500 victimes au Mali et au Burkina Faso.

La force conjointe du G5 Sahel est le meilleur outil face à la diffusion de la menace terroriste. La France se félicite des progrès dans son opérationnalisation. Depuis le début de l’année la force conjointe a conduit onze opérations. La dernière, Bourgou IV, s’est achevée la semaine dernière et a mobilisé 1 400 hommes issus des armées du Burkina Faso, du Mali et du Niger, avec l’accompagnement de la force française Barkhane. Les résultats sont là : 25 terroristes neutralisés ou capturés ; plusieurs véhicules récupérés ou détruits, dont 64 motos ; un atelier de fabrication d’engins explosifs improvisés démantelé ; des armes, des munitions et plus d’une centaine de téléphones saisis.

Des progrès sont également à signaler concernant le cadre de conformité en matière de droits l’Homme. Ce dispositif est nécessaire pour que la force soit plus efficace, protège mieux les civils, en particulier les populations vulnérables comme les femmes et les enfants.

Pour réussir, la force conjointe a besoin d’une mobilisation sans faille. Cette mobilisation, c’est d’abord celle des pays du G5 eux-mêmes. Mais c’est aussi celle, indispensable, des partenaires internationaux. Lors de la conférence de février 2018, 414 millions d’euros ont été promis à la force avec, comme principaux donateurs, l’Union européenne, ses États membres et les États-Unis. Aujourd’hui, on estime que la moitié de ces appuis ont été apportés. Les bataillons de la force conjointe ont reçu de nombreux véhicules et du matériel contre les engins explosifs improvisés. La France encourage les donateurs n’ayant pas encore mis en œuvre leurs engagements à le faire au plus vite.

Je salue la mise en œuvre d’un soutien logistique de la MINUSMA au profit de l’ensemble des contingents de la force. La résolution 2480 étend ce soutien aux contingents déployés hors des frontières du Mali, et nous voyons combien cela est précieux pour la force conjointe. La France soutient les demandes des pays du G5 pour un soutien multilatéral accru.

Ces efforts, nécessaires, ne suffisent pas, car le terrorisme se propage désormais dans l’ensemble de la sous-région. Le Partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel, initiative franco-allemande, a vocation à renforcer la Force conjointe, tout en élargissant l’approche à tous les pays de la région, et à des secteurs supplémentaires tels que la sécurité intérieure et la justice. La CEDEAO a pris des engagements, lors du Sommet extraordinaire du 14 septembre dernier, pour lutter plus efficacement contre le terrorisme. Au Mali, une unité de forces spéciales européennes, qui se nommera « Takouba », sera également déployée dès 2020 dans le cadre de l’opération Barkhane pour accompagner les forces armées maliennes sur le chemin de l’autonomie et de la résilience.

Il ne saurait y avoir de sécurisation durable du Sahel sans développement. La France appelle à redoubler les efforts en la matière. Nous y prenons toute notre part, en finançant à hauteur de 522 millions d’euros le programme d’investissements prioritaires du G5 Sahel pour les années 2019 et 2020. Nous devons tout faire pour répondre aux besoins humanitaires croissants dans la région, en particulier au Burkina Faso, et garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave aux personnes ayant besoin d’aide.

La crise au Sahel n’est pas qu’une crise de développement. L’urgence humanitaire doit nous amener tous à faire davantage.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 21/11/2019

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