La situation au Sahel reste difficile, mais nous savons dans quels domaines agir [en]

PAIX ET SECURITE EN AFRIQUE (G5 SAHEL)

INTERVENTION DE M. NICOLAS DE RIVIERE,
REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 16 novembre 2020

Madame la Présidente,

Je remercie les différents intervenants pour leurs exposés. La situation au Sahel reste difficile, mais nous savons dans quels domaines agir en priorité et avec quels outils.

A la demande des pays du G5 Sahel, la France, conjointement avec l’Union européenne, a soutenu cette année le lancement de la Coalition pour le Sahel. Elle repose sur quatre piliers : lutte contre le terrorisme, renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité, déploiement des services de l’Etat et développement.

La lutte contre le terrorisme est le domaine où nous avons obtenu le plus d’avancées. Lors des dernières semaines, les opérations menées par la force Barkhane, en collaboration étroite avec les forces nigériennes et maliennes, ont permis de neutraliser plusieurs dizaines de terroristes. L’appui des États-Unis, que la France remercie, a été décisif pour atteindre ces résultats. Comme le relève le Secrétaire Général, la force conjointe du G5 Sahel a conduit avec succès plusieurs opérations, en particulier Sama 1 et Sama 2. La Task Force Takuba, groupement de forces spéciales européennes, a également commencé sa mission.

Ces efforts en termes de sécurité doivent être accompagnés par un engagement politique vigoureux des pays de la région pour renforcer leurs institutions et déployer des services publics dans les zones reculées. Le Partenariat pour la Sécurité et la Stabilité au Sahel, que nous avons lancé en 2019 avec l’Allemagne, et dont le Secrétariat est désormais opérationnel à Bruxelles, permettra d’accélérer ce déploiement. L’organisation de plusieurs « colonnes foraines » depuis juin va permettre la mise en place, dans le cadre d’opérations militaires, de services publics là où les populations en sont privées. C’est une initiative prometteuse que nous souhaitons étendre, en accord avec les gouvernements du G5 Sahel.

La crédibilité de l’Etat repose aussi sur le respect de l’Etat de droit. Il est indispensable que les pays de la région enquêtent sur les violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire pour mettre fin à l’impunité. Le cadre de conformité en matière de droits de l’Homme et de droit international humanitaire leur apporte un appui bienvenu. Il doit être pleinement mis en œuvre. Les mécanismes créés par la force conjointe pour le suivi des incidents impliquant des civils sont indispensables.

Au-delà de ces actions en termes de sécurité et de gouvernance, la stabilisation de la région requiert un effort conséquent en termes d’aide humanitaire et de développement. C’est nécessaire, en particulier pour répondre à l’aggravation de la crise humanitaire ainsi qu’aux défis du changement climatique, de l’émancipation de la jeunesse et de l’autonomisation des femmes. La mobilisation des bailleurs est exemplaire. L’Union européenne a ainsi annoncé le 9 novembre près de 23 millions d’euros d’aide supplémentaire. Mais nous faisons face à plusieurs problèmes. L’efficacité de l’aide, d’abord, doit être améliorée, pour qu’elle parvienne plus rapidement aux populations. C’est la philosophie de l’Alliance Sahel, qui poursuit ses efforts de coordination des partenaires techniques et financiers. Par ailleurs, les attaques contre les travailleurs humanitaires et les personnels de santé augmentent. Les entraves à l’accès humanitaire se multiplient. Je rappelle que le droit international humanitaire n’est pas négociable et s’impose à tous.

Je souhaiterais, pour terminer, revenir sur le soutien international à la force conjointe du G5 Sahel. Lors du renouvellement du mandat de la MINUSMA, nous avons amélioré le dispositif tripartite Nations Unies-Union européenne-G5 Sahel. Désormais, la MINUSMA peut nouer des contrats d’approvisionnement et de logistique avec des entreprises privées pour soutenir la force conjointe, y compris à l’extérieur des frontières du Mali. Nous attendons une mise en œuvre urgente de ce mécanisme. Nous pourrons ensuite en tirer un bilan, sur la base de l’évaluation qui sera présentée par le Secrétaire Général en avril.

Notre objectif est que la force conjointe devienne pleinement autonome. Mais pour y parvenir, elle a encore besoin d’un soutien aussi ambitieux que possible, auquel ce Conseil doit contribuer.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 16/11/2020

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