La situation au Yémen est très alarmante [en]

Yémen
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 17 juin 2019

Monsieur le Président,

Je voudrais commencer par remercier chaleureusement l’Envoyé spécial Martin Griffiths, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Mark Lowcock, et le directeur du PAM, David Beasley, pour leurs interventions importantes. Nous sommes résolument à vos côtés.

1/ Je souhaite réaffirmer ici avec force le plein et entier soutien de la France aux efforts inlassables de l’Envoyé spécial Martin Griffiths, ainsi que du Général Lollesgaard.
Nous avons collectivement rappelé notre soutien dans la dernière déclaration à la presse de ce Conseil. Vous avez, cher Martin, notre plein appui et notre pleine confiance.

Monsieur le Président, le constat est clair aujourd’hui : les progrès sont lents, trop lents, et beaucoup reste à accomplir.

Un engagement initial pour le redéploiement des forces en présence dans les trois ports d’Hodeida, Salif et Ras Issa a commencé le mois dernier. Il est impératif que l’ensemble des parties poursuivent et accélèrent ces efforts. Le général Lollesgaard s’est encore récemment rendu sur le terrain pour vérifier ce redéploiement. Nous appelons donc à nouveau les deux parties à mettre intégralement en œuvre l’accord de Stockholm, en particulier les deux phases du redéploiement qu’il prévoit, et à rester engagées de bonne foi au sein du Comité de coordination du redéploiement (RCC) et avec l’Envoyé spécial. C’est évidemment un point crucial.

Nous réitérons à cet égard notre soutien à la Mission des Nations unies en appui sur l’accord sur Hodeïda (MINUAAH), dont la présence sur le terrain est décisive pour observer et faciliter le redéploiement, comme le prévoit la résolution 2452 de ce Conseil. C’est dire combien le renforcement de la présence de l’ONU sur place est essentiel. Il est important, en particulier, que la totalité des observateurs prévus par le mandat de la mission puissent arriver rapidement sur le terrain et que les différentes agences des Nations unies concernées puissent intensifier leur travail, comme le prévoit l’accord de Stockholm. Il appartient aux parties d’assurer leur pleine sécurité et leur libre circulation, comme cela a été rappelé. Les efforts de l’Envoyé spécial sont plus cruciaux encore dans le contexte de la dégradation récente de la situation sécuritaire régionale. Le Yémen est à la fois un reflet et l’un des facteurs de cette instabilité régionale particulièrement inquiétante.

La récente attaque revendiquée par les Houthis, qui a pris pour cible l’aéroport d’Abha, en Arabie Saoudite, blessant plus d’une vingtaine de civils dont des enfants, est inacceptable et nous la condamnons fermement. D’autres tirs de drones ont été depuis revendiqués, dont certains ont été interceptés par l’Arabie Saoudite. Ces attaques doivent cesser, ainsi que les transferts d’armement, y compris balistiques, vers les acteurs étatiques et non-étatiques de la région. Les parties doivent s’abstenir de toute escalade qui ne peut que compromettre la mise en œuvre de l’accord de Stockholm, menacer la reprise des discussions en vue d’une solution politique et contribuer à déstabiliser davantage encore la région.

2/ Le respect relatif du cessez-le-feu à Hodeïda ne doit pas nous faire perdre de vue l’extrême gravité de la situation humanitaire
, comme viennent de le rappeler Mark Lowcock et David Beasley. Nous sommes gravement préoccupés par la poursuite de la dégradation de la situation, humanitaire et sécuritaire. Alors que les tensions ne cessent de s’aggraver, au Yémen et dans la région, il est plus que jamais essentiel de protéger les civils, y compris les femmes et les enfants. Ces derniers sont particulièrement vulnérables : près de deux millions d’enfants sont en état de malnutrition aigüe sévère. Nous appelons donc l’ensemble des parties à tout mettre en œuvre pour protéger les enfants et faire en sorte que l’aide dont ils ont urgemment besoin leur parvienne.

En écho à ce qu’ont souligné les orateurs précédents, notamment mes collègues britanniques et allemands, je souhaite réaffirmer tout le soutien de la France aux acteurs humanitaires pour leurs efforts aussi remarquables qu’indispensables dans ce contexte particulièrement difficile. Ils doivent eux aussi être protégés. L’accès commercial et humanitaire, qu’il faut garantir, a été encore compliqué et entravé par la fermeture de la route entre Aden et Sanaa. Les inondations ont également exigé une réponse humanitaire d’urgence et nous saluons le travail entrepris à cet égard. A l’heure où, comme l’a décrit M. Beasley, le pays tout entier risque d’être atteint par la famine, les parties doivent tout faire pour faciliter la mise en œuvre du plan de réponse humanitaire.

3/ Enfin, compte tenu des immenses risques et difficultés qui sont sur la route, il est essentiel de ne pas oublier l’objectif prioritaire à atteindre, à savoir la relance dès que possible du processus politique. Nous savons tous que c’est la seule voie possible. Les premiers résultats obtenus à Hodeïda peuvent permettre de recréer une dynamique vertueuse vers une solution politique. La solution militaire ne peut pas et ne doit pas être une option.

La relance des discussions sur un accord politique global et inclusif, tenant compte de la diversité des acteurs yéménites et incluant les femmes et les représentants de la société civile, est la seule véritable perspective pour mettre un terme au conflit et à la crise humanitaire. Alors que la situation est objectivement très alarmante au Yémen, ce Conseil doit peser de tout son poids pour mettre un terme à cette terrible guerre et soutenir la dynamique engagée à Stockholm. Notre mobilisation et notre unité sont notre meilleur atout pour avancer sur ce chemin difficile, qui est la seule option pour ramener la paix à laquelle les Yéménites aspirent.

Je vous remercie.

Dernière modification : 17/06/2019

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