"La situation politique en Guinée-Bissau demeure fragile"

GUINEE-BISSAU

INTERVENTION DE MME NADIA FANTON,CONSEILLERE A LA REPRESENTATION PERMANENTE DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES
AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 10 août 2020

M. le Président,

Je tiens tout d’abord à avoir une pensée pour le groupe de travailleurs humanitaires et leurs accompagnateurs qui ont été victimes d’une attaque meurtrière hier au Niger, à une cinquantaine de kilomètres de Niamey. J’exprime mes condoléances et le soutien de la nation française aux familles et proches des victimes. Comme l’a rappelé, hier, le président de la République, M. Emmanuel Macron, lors d’un entretien avec son homologue nigérien, notre détermination à poursuivre la lutte en commun contre les groupes terroristes au Sahel demeure intacte et tous les moyens sont et seront mis en œuvre pour élucider les circonstances de cet attentat meurtrier.

Je remercie aussi la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies en Guinée Bissau, Mme Rosine Sori-Coulibaly, la Directrice exécutive de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, Mme Ghada Fathi Waly et le représentant permanent adjoint du Brésil, M. Genesio de Almeida Filho, qui préside la configuration Guinée-Bissau de la Commission de consolidation de la paix, pour leurs interventions.

Je souhaite aborder trois points.

Mon premier point concerne la situation politique en Guinée-Bissau. Cette situation demeure fragile. La France a pris acte de la reconnaissance, par la CEDEAO, de la victoire de M. Úmaro Sissoco Embaló à l’élection présidentielle. Nous déplorons cependant que cette transition politique se soit déroulée au mépris du respect du droit et regrettons que les recommandations de la CEDEAO, notamment la formation d’un nouveau gouvernement d’ici le 22 mai, n’aient toujours pas été mises en œuvre par le président bissau-guinéen. Nous avons relevé avec inquiétude l’occupation de l’Assemblée nationale populaire et du Tribunal suprême de Justice par les militaires. De nombreux actes d’intimidations impliquant les autorités à l’encontre de journalistes, des juges du Tribunal suprême de Justice ainsi que des opposants politiques ont été rapportés

Nous appelons tous les acteurs politiques et institutionnels à poursuivre le dialogue et à œuvrer pour la stabilité du pays, dans le respect de l’État de droit et des droits de l’Homme. L’objectif est que les institutions bissau-guinéennes puissent se consacrer au développement du pays et au redressement de la situation économique, particulièrement mise à mal par la pandémie de covid-19.

La résolution de la crise politique passe par des chantiers de fond, dont la mise en œuvre des réformes préconisées par l’Accord de Conakry du 14 octobre 2016, de la feuille de route en six points de la CEDEAO et de la révision de la Constitution.

Mon second point est relatif à l’accompagnement international de la Guinée-Bissau. Alors que le Bureau des Nations unies en Guinée-Bissau va prochainement terminer ses activités, je réitère notre soutien à la Représentante spéciale dans ses efforts d’accompagnement des acteurs bissau-guinéens et de transfert des tâches au Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel et à l’équipe-pays.

Dans cette phase décisive, nous pensons qu’il est important que la communauté internationale demeure unie et impliquée pour accompagner les nouvelles autorités et leur passer les messages adéquats concernant nos attentes. La France salue l’engagement des partenaires du pays, particulièrement celui du groupe des Cinq, la CEDEAO, l’Union africaine, la Communauté des pays de langue portugaise, l’Union européenne et les Nations unies. Je veux aussi saluer l’action de la Commission de consolidation de la paix, sous la direction de l’Ambassadeur Vieira, et le rôle des projets du Fonds de consolidation de la paix.

Dans un dernier point, je voudrais souligner l’importance de la lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée. Les progrès en la matière restent insuffisants. Nous attendons des autorités bissau-guinéennes un engagement soutenu et dans la durée sur cette question. L’appui de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime est bénéfique et plusieurs de ses programmes ont récemment aidé à la saisie de stocks de drogue. Cette coopération doit se poursuivre, au bénéfice de la paix et de la sécurité de l’ensemble de la sous-région.

Je vous remercie.

Dernière modification : 10/08/2020

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