La voix des jeunes femmes doit être entendue dans les processus de paix

La grande question : Les jeunes s’emparent du dossier ’femmes, paix et sécurité’
Intervention de Mme.
Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Nations unies - 28 octobre 2019

Je voudrais moi aussi commencer par remercier les co-organisateurs de cet événement. Un événement qui sonne juste à double titre, car c’est l’un des premiers qui fait le lien entre l’agenda Femmes, Paix et Sécurité et l’agenda Jeunes, Paix et Sécurité. Deux agendas qui sont liés, et qui peuvent, je crois, beaucoup se renforcer mutuellement. Ce sont deux agendas qui parlent d’inclusivité, d’inclusion, deux agendas qui portent également sur des questions de cohésion sociale. Ce sont aussi deux agendas qui reflètent deux dimensions essentielles de la dynamique de pérennisation de la paix qui sous-tend beaucoup de notre action ici aux Nations unies, et qui sont également très importants pour l’agenda « ne laisser personne de côté » (« leaving no-one behind »). A titre personnel, je suis toujours très heureuse de participer à des réunions qui donnent une voix et un lieu aux jeunes et je suis également toujours très heureuse d’être dans des réunions qui permettent aussi de mettre en valeur la politique étrangère résolument féministe que la France a mise en place depuis maintenant plus de deux ans.

Cela a été très bien dit, les jeunes aujourd’hui nous ont montré qu’ils étaient prêts : ils sont prêts à être partie prenante de la discussion des grands sujets globaux - on l’a très bien vu le mois dernier sur la question existentielle par excellence de notre époque qui est celle du climat. Ils sont non seulement prêts à faire partie de la discussion, mais aussi à être partie prenante de la solution. Merci à tous pour votre engagement, merci à tous et à toutes d’être là.

En dépit de cet engagement très fort dont vous témoignez, on sait aussi que vous rencontrez encore pas mal de difficultés, y compris ici, aux Nations unies, pour faire entendre votre voix. La représentante de l’Afrique du Sud a parlé de façon extrêmement éloquente du rôle absolument unique que les jeunes, et les jeunes femmes en particulier, ont à jouer. On sait que les jeunes femmes sont les plus vulnérables. Elles sont les premières victimes dans les conflits et c’est pourquoi leur contribution est d’autant plus importante pour atteindre, et ensuite pour maintenir, une paix durable. Aujourd’hui nos discussions sont notamment l’occasion de nous concentrer sur le rôle des jeunes femmes dans la paix. Les jeunes femmes sont en fait très souvent des contributrices actives dans leur communauté. Elles prennent la parole, elles agissent, et cela de façon extrêmement courageuse. Elles sont les initiatrices de réseaux, elles sont à l’initiative également de la création d’espaces sûrs pour le dialogue et d’espaces aussi pour promouvoir la cohésion sociale qui est au sous bassement de la fondation de toute paix durable. Les jeunes femmes sont ainsi souvent celles qui sont à l’initiative de ce que l’on peut appeler, faute de meilleur mot en français, le « peacebuilding ».

Je crois aussi que nous avons tous un rôle pour collectivement travailler à démanteler les barrières qui sont à l’origine de la double marginalisation dont Madame Cabrera Balleza a parlé. : on le sait, à travers le monde, beaucoup de jeunes femmes continuent de faire face à des restrictions, et à des restrictions qui sont dues à des pratiques et à des normes qui sont aujourd’hui archaïques et qui devraient être obsolètes. Ce qui nous appartient à tous est de faire en sorte que ces stéréotypes de genre, ainsi que le manque d’accès à la protection sociale, le manque d’accès aux services de base, en particulier dans les domaines de la santé et de l’éducation, et toutes les difficultés qui sont autant de barrières puissent être progressivement démantelés et résolus.

Pour renforcer l’autonomisation et le pouvoir des jeunes, en particulier des jeunes femmes, mon pays, la France, a décidé d’investir dans l’éducation : 200 millions d’euros pour le Partenariat mondial pour l’éducation. Nous avons décidé, et ceci bien sûr dans l’idée de donner aux filles l’opportunité d’avoir accès à une éducation primaire de qualité et de pouvoir devenir les faiseuses de paix de demain. On le sait très bien, pour que l’on ait de jeunes dirigeants et de jeunes dirigeantes qui émergent, il faut offrir, à tous et à toutes, les instruments intellectuels et les instruments moraux que seule l’école peut fournir. Cela étant dit, offrir une bonne éducation n’est pas suffisant pour assurer que les jeunes participent et soient associés à toutes les questions qui ont trait à la construction et à la consolidation de la paix. Pour que les jeunes, et pour que les jeunes femmes en particulier, puissent être entendus, il faut bien sûr aussi que leur liberté d’expression et que leur droit à se réunir pacifiquement soient garantis. Ceci a été très bien dit je crois par le Secrétaire général dans ses remarques publiques vendredi dernier quand il a appelé l’ensemble des gouvernements à travers le monde à respecter leurs engagements et leurs obligations à faire respecter les libertés d’expression et d’assemblée pacifique et à préserver l’espace civique.

Encore une fois, je voudrais vraiment vous remercier tous et toutes d’être ici, de nous avoir invités. C’est grâce à vous que cette réunion a lieu. Des événements comme celui-ci sont l’occasion de donner une visibilité aux jeunes, notamment aux jeunes femmes et aux jeunes hommes qui travaillent pour la paix. C’est aussi une occasion bien sûr pour amplifier votre voix, pour démultiplier l’effet de vos engagements et de vos actions.

Et juste un mot pour conclure : je peux vous assurer que la France continuera d’être engagée pour veiller à ce que les jeunes et les jeunes femmes soient associés au travail ici aux Nations unies, y compris bien sûr au Conseil de sécurité.

Merci.

Dernière modification : 04/11/2019

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