Le Conseil de sécurité doit davantage refléter les réalités du monde d’aujourd’hui

Réunion informelle sur la réforme du Conseil de sécurité
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Assemblée générale - 29 janvier 2019

Madame et Monsieur les co-Présidents,

Permettez-moi tout d’abord de saluer votre nomination à la tête de notre groupe de négociations intergouvernementales.

Madame l’Ambassadrice, nous nous réjouissons de vous voir conduire nos travaux pour la deuxième année consécutive et ainsi apporter dynamisme et continuité à nos débats. Monsieur l’Ambassadeur, nous sommes également très heureux de pouvoir compter sur votre engagement personnel et votre professionnalisme. Nous saluons par ailleurs la contribution importante de votre pays à nos discussions, 4 années après l’excellent travail mené par votre compatriote l’Ambassadrice Sylvie Lucas à la tête de ce groupe de négociations.

La tâche est lourde, l’enjeu crucial pour les Nations Unies et nous savons que nous pouvons compter sur votre engagement, votre rigueur et votre volonté.

Madame et Monsieur les co-Présidents,

Le diagnostic que nous avons établi au cours des dernières années n’a pas changé. Au contraire, le maintien de la paix et de la sécurité internationale exige plus que jamais un multilatéralisme fort, capable de régler ses conflits de manière pragmatique, comme l’a indiqué le Président Macron à la tribune de l’Assemblée générale en septembre dernier.

Et pour cela, la réforme du Conseil de sécurité est fondamentale : le Conseil doit davantage refléter les réalités du monde d’aujourd’hui, tout en en préservant sa nature exécutive et décisionnelle. Il doit ainsi renforcer sa capacité à assumer pleinement ses responsabilités en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales et sa légitimité. Il s’agit très clairement d’une priorité pour la France.

Nous souhaitons par conséquent que la réforme du Conseil permette de tenir compte de l’émergence des nouvelles puissances qui ont la volonté et la capacité d’assumer la responsabilité d’une présence permanente au Conseil de Sécurité et qui sont, conformément à la Charte des Nations Unies, en mesure d’apporter une contribution importante à l’action du Conseil. A cet égard, et je réitère ici une position constante de mon gouvernement, la France apporte son plein appui à la candidature de l’Allemagne, du Brésil, de l’Inde et du Japon comme membres permanents du Conseil de sécurité, ainsi qu’à une présence renforcée des pays Africains, parmi les membres permanents et non-permanents.

Madame et Monsieur les co-Présidents,

Vous nous avez invités lors de cette première session à exprimer nos vues sur la meilleure manière de faire progresser nos discussions au cours de la présente session.

Les discussions sur la réforme du Conseil de sécurité au sein de l’Assemblée générale durent depuis plus de deux décennies et nous sommes loin d’entrevoir leur aboutissement. Le processus est long, difficile et, malheureusement, j’oserai dire frustrant à certains égards. En particulier, alors qu’une large majorité de délégations, dont la mienne, se sont prononcées en faveur du démarrage des négociations sur la base d’un projet de texte, cette proposition n’a pas été suivie jusqu’à présent. Or, tout en observant la prudence et le gradualisme nécessaires, les travaux de l’IGN doivent permettre de réduire les différences et de réaliser des progrès substantiels. Sinon, nous risquons de décourager les Etats membres et d’accroître le scepticisme de nos opinions publiques.

Nous reconnaissons que cette tâche est ardue, que les enjeux sont complexes et nous connaissons le poids des intérêts en jeu et de nos conservatismes conjugués, mais nous ne pouvons pas rester enfermés dans l’inertie et la répétition du même. Les travaux issus des précédentes sessions porteront tous leurs fruits lorsque nous débuterons des négociations sur la base d’un projet de texte qui offrira un cadre pour réduire progressivement nos différences, et j’espère que le moment sera bientôt mûr pour cela.

Madame et Monsieur les co-Présidents,

Il nous faut en tout état de cause capitaliser sur le travail accompli lors des dernières sessions et le document de synthèse tel qu’issu de la 72ème session. Celui-ci doit constituer la base de nos discussions lors de la présente session.

Mais nous devons faire évoluer ce document. Pour cela, nous appelons l’ensemble des délégations à faire preuve d’un esprit constructif afin que nous transformions des éléments de divergence en éléments de convergence lors cette session.

En outre, nous continuons à appeler de nos vœux la reprise dans ce document des positions exprimées par l’ensemble des groupes et Etats membres au cours de ce processus et la claire attribution à leurs auteurs.

Enfin, nous nous joignons aux autres délégations qui plaident pour l’organisation de sessions additionnelles de l’IGN au-delà du mois de juin, afin de permettre un débat approfondi et d’explorer toutes les convergences possibles.
Madame et Monsieur les co-Présidents,

La France n’épargnera aucun effort pour défendre l’indispensable réforme du Conseil de sécurité et, parallèlement, sa proposition visant à ce que les cinq membres permanents du Conseil suspendent volontairement et collectivement l’usage du veto en cas d’atrocités de masse. Aujourd’hui, cette initiative, que nous portons conjointement avec le Mexique, est soutenue par 101 pays. Dans le même esprit, le code de conduite élaboré par le groupe ACT, que la France soutient, a également recueilli un très grand nombre de soutiens.

Madame et Monsieur les co-Présidents,

Alors que cette Assemblée générale a approuvé les ambitieux processus de réforme de notre Organisation initiés par le Secrétaire général, il est plus que jamais difficilement compréhensible de voir le processus de réforme du Conseil de sécurité durablement figé. L’Assemblée générale se doit de montrer un engagement tout aussi résolu en faveur de cette réforme.

Je vous remercie.

Dernière modification : 30/01/2019

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