Le TNP : un rempart irremplaçable face au risque de prolifération nucléaire [en]

Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et Conférence d’examen
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 26 février 2020

Monsieur le Président,

Je souhaite d’abord saluer la présence parmi nous aujourd’hui du ministre des affaires étrangères allemand Heiko Maas. Merci aussi à Izumi Nakamitsu et à Gustavo Zlauvinen pour leurs présentations des enjeux à venir de la prochaine conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

Il s’agit en effet d’une des pierres angulaires de notre système de sécurité collective. C’est un rempart irremplaçable face au risque de prolifération nucléaire. Et c’est, enfin, le seul instrument qui permet de « prévenir la guerre nucléaire » - pour reprendre le préambule du Traité - tout en autorisant l’usage pacifique de l’énergie nucléaire.

Sa préservation est essentielle, parce que la menace posée par la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs n’a pas disparu, et parce que notre monde est aujourd’hui plus incertain et plus volatile que jamais.

Nous assistons en effet à une dégradation inquiétante de notre environnement stratégique, dont l’instabilité se nourrit d’asymétries et d’escalades. Ce Conseil est régulièrement appelé à se réunir sur l’ensemble des théâtres de crise, qui se multiplient, du Levant à l’Asie du Nord-Est. Et la gestion des crises de prolifération demeure malheureusement une priorité majeure, qui continue de nous mobiliser.
Dans ce contexte, quelle doit être notre feuille de route commune, et comment assurer la préservation du TNP et l’équilibre de ses trois piliers ?

Il importe d’abord de maintenir une réponse ferme et unie face à la prolifération nucléaire, qu’il s’agisse du règlement de la crise nord-coréenne ou de s’assurer que l’Iran ne se dote jamais de l’arme nucléaire. Au-delà des crises, nous devons marquer notre plein soutien auprès des instances internationales, en premier lieu l’AIEA, qui doivent continuer de disposer des moyens nécessaires à leur action. Nous souhaitons que tous les Etats qui ne l’ont pas encore fait adhèrent au protocole additionnel au système de garanties de l’AIEA. J’ajoute que nous devons aussi renforcer toutes les mesures permettant de lutter contre la menace réelle de terrorisme nucléaire ou radiologique, à commencer par la résolution 1540 dont ce Conseil mènera l’examen cette année.

Nous devons également promouvoir une approche pragmatique et réaliste du désarmement dont l’objectif ultime est posé par l’article VI du TNP. Le désarmement ne se suffit pas à lui-même comme objectif : il doit d’abord améliorer les conditions de la sécurité internationale. Et pour y parvenir, nous devons aussi regarder le monde tel qu’il est.

Les attentes en matière de désarmement nucléaire sont fortes. Mais dans la réalité du monde actuel, décréter le désarmement nucléaire ne contribuera pas à améliorer notre sécurité et à assurer la stabilité stratégique, au contraire. Je le redis ici, la France n’adhèrera pas à un traité d’interdiction des armes nucléaires, qui ne lui créera aucune obligation nouvelle, mais qui fragilise la norme du TNP et le régime de non-prolifération.

La France a pris des mesures concrètes fortes en matière de désarmement, qui contribuent à un bilan unique au monde, conforme à nos responsabilités et nos intérêts. Et nous sommes attachés à un désarmement nucléaire progressif, où tous les Etats s’engagent pour réunir les conditions d’un monde sans armes nucléaires, avec une sécurité non diminuée pour tous.

Cela passe évidemment par la poursuite de la réduction par les Etats-Unis et la Russie de leurs arsenaux nucléaires ; par l’entrée en vigueur rapide du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires ; et par le lancement de la négociation d’un traité interdisant la production de matières fissiles pour les armes à la Conférence du Désarmement.

Enfin, les travaux sur la vérification du désarmement nucléaire sont essentiels et doivent être poursuivis. Mais cela ne suffit pas : nous devons intensifier les efforts relatifs à la réduction des risques stratégiques, et la France y prendra toute sa part.

Comme l’a indiqué le Président de la République Emmanuel Macron dans son discours du 7 février, la France est également disposée à participer à des discussions qui rassembleraient les cinq Etats dotés d’armes nucléaires au sens du TNP sur les priorités du désarmement nucléaire, le renforcement de la confiance et de la transparence sur les arsenaux et les stratégies nucléaires de chacun.

Enfin, s’agissant de la coopération nucléaire civile, la France, qui maîtrise l’ensemble des technologies nucléaires, pour la production d’énergie comme pour de nombreuses autres applications, continuera de soutenir les pays souhaitant s’engager sur cette voie ou s’y développer. Nous continuerons d’appuyer l’AIEA par le maintien des contributions appropriées, y compris en matière de sûreté et de sécurité nucléaires qui sont des conditions essentielles à un développement responsable de l’énergie nucléaire.

Monsieur le Président,

Le TNP, par sa robustesse, sa permanence et son universalité, incarne l’objectif d’un multilatéralisme fort et efficace, fondé sur le droit, auquel nous devons collectivement œuvrer. Alors que nous célébrons le cinquantième anniversaire de son entrée en vigueur, je renouvelle ici notre appel pour avancer ensemble vers le renforcement du cadre de sécurité multilatérale dont il est un des piliers.

Soyez assuré de l’engagement résolu de la France en ce sens, aux côtés de tous ceux qui voudront s’engager dans cette voie de bonne foi. Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2020

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