Le continent africain est de plus en plus exposé à la menace terroriste [en]

Lutte contre le terrorisme en Afrique
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 11 mars 2020

Monsieur le Président,

Je tiens à remercier la présidence chinoise pour l’organisation de ce débat qui porte sur une des priorités majeures de la France, ainsi que Mmes DiCarlo et Mohammed et M. Mar Dieye pour leurs interventions liminaires. Alors que la menace terroriste persiste à travers le monde, le continent africain n’est pas épargné, il y est même de plus en plus exposé, que ce soit dans le Sahel, le Bassin du Lac Tchad, la Corne de l’Afrique mais aussi, désormais, dans certaines régions d’Afrique centrale et australe. Des groupes terroristes continuent de s’attaquer à l’autorité des Etats et aux populations civiles et cette menace n’est pas séparée de la mouvance terroriste internationale. Les groupes terroristes qui opèrent sur le continent africain se raccrochent à Al-Qaeda et à Daech et ont des liens avec les groupes criminels organisés.

Monsieur le Président,

Notre première priorité doit donc être de construire une approche globale de la lutte contre le terrorisme, en impliquant tous les acteurs et en répondant à toutes les causes du phénomène. A cet égard, je tiens une nouvelle fois à saluer la montée en puissance de la force conjointe du G5 Sahel qui, après onze opérations en 2019, poursuit sa dynamique d’engagement opérationnel en coordination étroite avec l’opération Barkhane, notamment grâce à la mise en place d’un mécanisme de commandement conjoint à Niamey. Le renforcement de la coopération internationale, en particulier celle entre les Etats de la région, est à un préalable essentiel à une approche concertée et efficace de la lutte contre le terrorisme.

Je tiens également à rappeler les résultats du Sommet de Pau du 13 janvier dernier qui a permis de réunir les Chefs d’Etat des pays du G5 Sahel et leurs principaux partenaires multilatéraux (ONU, UA, OIF) et d’appeler au lancement de la Coalition pour le Sahel. Celle-ci a pour but de renforcer la coordination des efforts de la communauté internationale. Elle repose sur quatre piliers que sont la lutte contre le terrorisme, le renforcement des capacités sécuritaires des Etats du G5 Sahel, l’appui au redéploiement des services régaliens, et l’aide au développement, afin de répondre à l’ensemble des causes du terrorisme. Enfin, notre engagement collectif s’étend aussi à la lutte contre Al-Shabaab en Somalie et contre Boko Haram dans la région du Bassin du Lac Tchad où nous soutenons les opérations déployées par nos partenaires africains à titre bilatéral et via l’Union européenne.

Monsieur le Président,

Au-delà de la réponse sécuritaire et de la restauration de l’autorité des Etats, c’est auprès de la population africaine que nous devons agir. Sans une action ciblée sur les populations les plus exposées à la menace terroriste, les femmes et la jeunesse, nous ne pourrons traiter les causes profondes de cette menace et y répondre efficacement. Il y a 5 ans, ce Conseil a reconnu avec la résolution 2242 le rôle des femmes dans la lutte contre l’extrémisme violent. Il est temps de traduire cette reconnaissance dans les faits. Par ailleurs, alors que près de la moitié de la population africaine aura moins de 25 ans en 2050, nous devons intégrer que les groupes terroristes recrutent parmi ces jeunes, parfois encore des enfants. Pour lutter contre ces embrigadements, la solution est d’une part, l’éducation et d’autre part, le développement socio-économique.

Au-delà de l’éducation et du respect des droits de l’Homme, il nous faut également lutter contre la diffusion de la propagande terroriste qui cible tout particulièrement les jeunes, en particulier sur Internet. L’Appel de Christchurch, lancé à Paris en mai 2019, apporte une contribution nouvelle et importante aux efforts engagés par notre pays dans la lutte contre l’utilisation d’Internet à des fins terroristes. Le Sénégal faisait partie des soutiens fondateurs et je suis heureux de voir que plusieurs autres ont rejoint l’Appel.

Enfin, tarir les sources de financement est un élément clé de la lutte contre le terrorisme. La résolution 2462 réaffirme les obligations des Etats pour lutter contre le financement du terrorisme mais également pour la première fois, propose des solutions pour construire l’équilibre nécessaire entre la pénalisation du soutien financier à des activités terroristes et la protection de l’espace humanitaire. Sa pleine mise en œuvre est une priorité.

Monsieur le Président,

La lutte contre le terrorisme, contre la radicalisation et contre l’extrémisme violent doit se faire dans le respect du droit international humanitaire, des réfugiés et des droits de l’Homme. Nous refusons par conséquent l’instrumentalisation de la menace terroriste pour violer la liberté d’expression, de manifestation ou de religion et de conviction. De la même manière, la lutte contre le terrorisme ne saurait justifier ni en Afrique ni ailleurs les attaques contre les civils ou la répression des acteurs humanitaires.

Je vous remercie.

Dernière modification : 11/03/2020

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