Le dossier chimique syrien n’est pas clos

SYRIE (CHIMIQUE)

INTERVENTION DE M. NICOLAS DE RIVIERE,
REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 5 octobre 2020

Monsieur le Président,

Je tiens tout d’abord à remercier Mme Nakamitsu pour son exposé qui démontre, s’il en était encore besoin, que le régime syrien continue de se soustraire à ses obligations internationales.

Sinon pourquoi serions-nous réunis encore aujourd’hui après la réunion de lundi dernier ?

Contrairement à ce que certains prétendent, le dossier chimique syrien n’est pas clos. Et, je le dis ici avec une grande fermeté, ce dossier demeurera une priorité pour la France tant que toute la lumière n’aura pas été faite sur les allégations d’emploi d’armes chimiques et sur l’état des stocks syriens. Il en va de la sécurité des populations civiles.

Monsieur le Président,

L’utilisation répétée d’armes chimiques par le régime contre son propre peuple est un fait incontestable, confirmé à plusieurs reprises par les équipes de l’OIAC et des Nations Unies. Encore tout récemment, le 8 avril 2020, l’Equipe d’enquête et d’identification de l’OIAC a publié, au terme d’une investigation rigoureuse, un rapport accablant sur les attaques menées à l’arme chimique par les unités de l’armée de l’air du régime. Après la Ghouta, après Khan Cheikhoun, après Douma, c’est désormais Ltamenah ; mais combien d’autres encore ?

Monsieur le Président,

En 2013, le régime syrien s’était engagé à coopérer en transparence et de bonne foi avec l’OIAC. Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas tenu parole. Six ans après la résolution 2118 nous n’avons toujours pas de certitudes sur l’état des stocks chimiques syriens. Il est grand temps que les engagements pris soient enfin respectés. Cela passe notamment par l’autorisation de l’accès à son territoire aux experts de l’équipe d’enquête et d’identification de l’OIAC. C’est d’ailleurs le sens de la décision qui a été prise par le Conseil exécutif de l’OIAC, en juillet dernier, portée par la France au nom de 40 délégations, et qui donne à la Syrie 90 jours pour redresser la situation.

Je pose pour ma part deux questions très simples. Le régime prétend qu’il n’a rien à cacher, alors pourquoi ne coopère-t-il pas avec l’OIAC ? Le régime prétend avoir détruit ses stocks en 2014, alors d’où viennent les armes chimiques qui ont été utilisées en Syrie depuis ?

La semaine dernière j’ai assisté à une réunion en format Arria qui avait pour seul objectif de continuer à propager la désinformation et à fragiliser l’OIAC. Il est indigne, je le dis avec force, de chercher à discréditer cette organisation professionnelle et rigoureuse sous prétexte que ses conclusions ne concordent pas avec la version que la Syrie et certains membres permanents du Conseil de sécurité veulent donner des faits. Le professionnalisme et l’impartialité de l’OIAC sont à nouveau démontrés par la publication de deux rapports de la Mission d’établissement des faits (FFM) sur les incidents de Saraqeb en 2016 et d’Alep en 2018. Après avoir étudié tous les éléments disponibles, elle a conclu que l’emploi de produits chimiques comme arme ne pouvait être confirmé.

Monsieur le Président,

L’emploi d’armes chimiques est un crime qui menace l’humanité tout entière et la réémergence des armes chimiques figure parmi les plus graves menaces que nous ayons à traiter. Le Conseil l’a rappelé dans des termes clairs en novembre 2019. L’emploi d’armes chimiques en tout lieu, à tout moment, par quiconque, en quelque circonstance que ce soit, est inacceptable et représente une menace pour la paix et la sécurité internationales.

C’est pourquoi il ne peut y avoir aucune impunité. Et c’est pourquoi la France porte depuis 2018, avec 39 autres pays et l’Union européenne, le partenariat international contre l’impunité d’utilisation d’armes chimiques. Restaurer la crédibilité du régime d’interdiction c’est aussi l’une des conditions d’une paix juste et durable en Syrie sur la base de la résolution 2254.

Dernière modification : 05/10/2020

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