Les Nations unies ont besoin de l’appui de tous pour faire face aux défis de notre temps [en]

Défendre la Charte des Nations unies
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 9 janvier 2020

Je remercie la présidence vietnamienne d’avoir organisé ce débat sur la défense de la Charte des Nations unies pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Je souhaite également saluer la participation du Secrétaire général et de Madame Robinson, et les remercier pour leurs exposés. Leur message doit être entendu : nous ne préviendrons et n’arrêterons les guerres que par un retour au dialogue, à la négociation et à la coopération. C’est la raison d’être de notre Conseil et des Nations unies.

Monsieur le Président,
Comme le Président Macron l’évoquait dans son discours du 24 septembre dernier devant l’Assemblée générale, il nous revient, dans un monde devenu multipolaire, de réinventer un « multilatéralisme fort », qui voit l’esprit de la Charte des Nations unies et la diplomatie l’emporter sur le repli national, les Etats respecter leurs obligations de manière inconditionnelle et le Conseil de sécurité agir pour rétablir la paix et la sécurité. C’est plus nécessaire que jamais, au Moyen Orient quand on voit les tensions actuelles et les risques de conflit. Alors que les populations civiles n’y ont déjà que trop souffert du fléau de la guerre et du terrorisme, il est temps d’aller enfin vers la désescalade.

Dans le cadre de ce multilatéralisme fort, nous croyons en l’impérieuse nécessité de privilégier le canal de la négociation politique pour mettre un terme aux conflits, là où les logiques militaires et violentes prévalent, comme c’est le cas notamment en Libye, en Syrie, au Yémen, au Sahel, au Soudan et au Soudan du Sud, en République démocratique du Congo, en République Centrafricaine. Le Secrétaire général et ses représentants spéciaux jouent un rôle éminent à cet égard, et nous devons soutenir et accompagner leurs efforts.

Pour être fort, ce multilatéralisme doit s’atteler aux défis de notre temps, qu’il s’agisse de la lutte contre les inégalités, du changement climatique, ou des discriminations contre les femmes. En 2020, il est essentiel que tous les Etats rehaussent les engagements qu’ils ont pris dans le cadre de l’accord de Paris. Mais nous devons aussi prendre en compte les impacts du changement climatique sur la paix et la sécurité internationales. Nous souhaitons que le Secrétaire général présente régulièrement un rapport sur ces risques et propose des mesures de prévention de ces futures sources de conflits.

Les Nations unies ont besoin de l’appui de tous pour faire face à ces défis, organisations régionales, société civile comme entreprises. C’est pourquoi avec le Mexique et ONU FEMMES la France lancera des coalitions d’acteurs résolument engagés en faveur de l’émancipation des femmes lors du forum Génération égalité, qui se tiendra à Mexico et Paris en 2020, vingt-cinq ans après la conférence de Pékin. Le Conseil de sécurité doit y contribuer aussi, dans le cadre de l’agenda Femmes Paix et Sécurité.

Notre action en faveur de la paix et la sécurité internationales doit s’exercer dans le cadre des règles et principes posés par la Charte. L’universalité des droits de l’Homme sur laquelle repose notre organisation ne saurait être remise en cause au nom de spécificités nationales, culturelles ou religieuses.

Le Conseil de sécurité ne peut rester silencieux face aux violations massives du droit international humanitaire et des droits de l’Homme. C’est pourquoi la France avec le Mexique a dès 2013 appelé à une suspension du veto en cas d’atrocités de masse sous la forme d’un engagement politique, volontaire et collectif des cinq membres permanents. A ce jour, cent-cinq Etats membres ont rallié cette initiative. Nous appelons tous les Etats à la rejoindre.

La lutte contre l’impunité est primordiale pour que ces violations ne se reproduisent pas et que justice soit rendue aux victimes. A cet égard, nous appelons à la ratification universelle du Statut de Rome.

Enfin, notre Conseil doit continuer ses efforts pour tirer pleinement parti des outils que la Charte met à notre disposition.

En premier lieu figurent les outils d’un règlement pacifique des différends. Nous saluons la mise en place par le Secrétaire général du Haut conseil de la médiation. Lorsque les autres moyens de règlement pacifique des différends ne le permettent pas, le recours aux modes de règlement judiciaires peut aider les Etats à parvenir à une solution.

Lorsque les circonstances l’exigent, ce Conseil doit faire usage de toute la palette d’outils dont il dispose, en particulier les opérations de maintien de la paix et les sanctions.

Nous saluons l’engagement du Secrétaire général en faveur de la réforme du maintien de la paix à travers son initiative « action pour le maintien de la paix », pour que celui-ci soit à la hauteur des enjeux contemporains. Nous devons renforcer la coordination entre les Nations unies et les organisations régionales, et apporter un soutien aux opérations africaines de paix.

Moderniser notre Organisation est un impératif pour la rendre plus efficace. La France soutient les réformes engagées par le Secrétaire général. Il y a urgence à réformer le Conseil de sécurité aussi, pour refléter la réalité du monde contemporain.

Pour conclure, je souhaiterais rappeler que bâtir la paix requiert du courage. Formons le vœu que ce courage et cette responsabilité nous animent pour l’année à venir. C’est notre intérêt commun.
Je vous remercie.

Dernière modification : 21/01/2020

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