Le moment n’est pas venu de baisser la garde ni de relâcher la pression sur Daech [en]

Rapport semestriel du Secrétaire général sur Daech
intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 11 février 2019

Monsieur le Président,

Permettez-moi à mon tour de remercier vivement le Secrétaire général adjoint Vladimir Voronkov et la Sous-secrétaire générale Michèle Coninsx pour leurs présentations très éclairantes et pour leur engagement exemplaire ainsi que celui de leurs équipes dans notre combat commun contre le terrorisme.

Comme le souligne le 8ème rapport du Secrétaire général des Nations unies sur ce sujet, malgré la perte de son ancrage territorial Daech continue de poser une menace sérieuse à la paix et la sécurité internationale. Le groupe s’est muté en un réseau sous-terrain, reposant sur des cellules diffuses, pouvant inclure d’anciens combattants terroristes étrangers, et sa propagande continue d’attirer de nombreux sympathisants comme nous le savons.

Dans ce contexte, le moment n’est certainement pas venu de baisser la garde ni de relâcher la pression sur Daech. C’est pourquoi il est indispensable que l’action de la Coalition internationale contre Daech se poursuive, tant dans son engagement militaire que dans son volet civil, en appui de la mise en œuvre de solutions politiques pluralistes et inclusives en Syrie et en Irak. C’est en effet la seule réponse durable pour empêcher la réémergence de Daech sous d’autres formes. C’est dans cet esprit que les Ministres des affaires étrangères de la Coalition internationale ont réaffirmé leur engagement d’une seule voix le 6 février à Washington.

De même l’impunité face aux crime par Daech n’est pas une option. Nous avons la responsabilité politique, juridique et morale de faire en sorte que leurs responsables soient poursuivis et condamnés avec toute la force du droit. La justice, conduite dans le respect des droits de l’Homme et de l’Etat de droit, est également un élément indispensable à la paix et à la réconciliation. Cela passe par le renforcement des systèmes judiciaires et une coopération judiciaire internationale solide. La France salue en particulier la contribution de l’équipe d’enquête créée par ce Conseil, l’UNITAD, qui doit aider à réunir les preuves permettant de poursuivre les responsables de crimes commis par Daech en Irak.

En complément, Monsieur le Président, nos efforts doivent continuer de porter sur trois domaines d’action prioritaires, qui figurent d’ailleurs clairement dans le rapport du Secrétaire général :

1/- Première priorité, la lutte contre le financement du terrorisme - il s’agit d’une priorité de premier plan pour la France. Nous avons pu constater, lors de la réunion en formule Arria que nous avons organisé avec d’autres partenaires le 31 janvier dernier, qu’il demeurait encore de nombreux défis à relever afin d’adapter notre réponse aux menaces posées. Le partage de renseignements, la lutte contre l’anonymat des transactions, l’identification des sources de financement, l’anticipation du détournement des nouveaux instruments financiers, l’engagement collectif vis-à-vis des pays vulnérables mais aussi des pays défaillants, les sanctions internationales sont autant de priorités sur lesquelles il nous faut progresser. C’est pourquoi, après avoir convié la communauté internationale à Paris l’an dernier pour la conférence « No Money For terror » et après avoir mené des consultations avec les acteurs concernés, la France a décidé de présenter un projet de résolution du Conseil de sécurité sur ce sujet, avec l’objectif de l’adopter dans les prochaines semaines. Nous y travaillerons étroitement avec les membres du Conseil et espérons pourvoir compter sur l’engagement et le soutien de tous.

2/- Deuxième priorité, la gestion du retour des combattants terroristes étrangers. Face à ce défi, nous devons continuer à renforcer les mesures de détection, de prise en charge et de suivi des personnes à risque, à travers notamment un partage d’informations constant.

Compte tenu de la diversité des profils concernés, une coordination étroite entre les services et agences de renseignement civil, militaire et financier mais aussi entre les autorités judiciaires est essentielle pour renforcer l’interaction entre l’action de renseignement et la réponse pénale. L’engagement des secteurs de l’éducation, des services sociaux et de la justice est indispensable pour aider les familles concernées. Dans son dispositif national, la France met en particulier l’accent sur la prise en charge spécifique des enfants, notamment au niveau socio-psychologique et au niveau éducatif, pour favoriser leur réintégration.

3/- Troisième priorité, la prévention de l’utilisation d’internet par les groupes terroristes. La France entend continuer à jouer un rôle moteur dans ce combat. Beaucoup de progrès ont été faits et les entreprises de l’Internet se mobilisent. Mais beaucoup reste à faire et nous poursuivons nos efforts, notamment dans le cadre européen, pour entraver plus efficacement la diffusion de la propagande terroriste qui alimente la radicalisation et pour soutenir l’élaboration de contre-discours positifs.Retour ligne automatique
Ce combat contre le financement du terrorisme constitue également une priorité de notre action dans d’autres enceintes, en particulier dans le cadre de l’Union Européenne et de notre présidence du G7 cette année.

Monsieur le Président,

Dans chacun de ces domaines, les Nations unies ont un rôle fédérateur de plus en plus essentiel et de mieux en mieux reconnu.

Nous remercions le Bureau de la lutte contre le terrorisme et la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme pour le travail remarquable qu’ils effectuent au quotidien. Nous comptons également sur l’OCT et la DECT pour continuer à porter, comme leurs mandats respectifs le prévoient, les questions plus transverses telles que le respect et la promotion des droits de l’homme et la prise en compte de la dimension du genre dans la lutte contre le terrorisme.

Soyez assuré, Monsieur le Président, du plein soutien de la France aux entités onusiennes dans leurs efforts d’identification des besoins et de définition des meilleures réponses à apporter ainsi que dans la promotion de la coordination entre l’ensemble des acteurs concernés. Des progrès importants ont été effectués sur ces différents volets, qu’il est essentiel de poursuivre.

Je vous remercie.

Dernière modification : 13/02/2019

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