Le partenariat entre l’Union africaine et les Nations unies a fait ses preuves [en]

Partenariats en Afrique
Intervention de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères
Réunion ministérielle du Conseil de sécurité – 26 septembre 2019

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,

Je voudrais tout d’abord remercier la fédération de Russie pour l’organisation de ce débat très important sur le partenariat stratégique qui lie les Nations unies, l’Union africaine et les organisations régionales.

Vous connaissez l’engagement personnel du Président Macron pour l’Afrique. Dans son discours de Ouagadougou en novembre 2017, il a décrit les enjeux d’une nouvelle relation avec l’Afrique, celle de la responsabilité partagée qui nous impose de ne pas reposer sur les schémas anciens. L’Afrique n’est pas en attente de notre générosité, elle est en attente de partenariats et la France se tourne vers l’Afrique pour y nouer des partenariats économiques durables, d’égal à égal, pour investir dans le secteur privé, dans les innovations africaines, dans la jeunesse africaine. Ce sera d’ailleurs l’accent qui sera mis du prochain sommet Afrique-France que nous organisons à Bordeaux en juin 2020.

Cette logique de partenariat vaut également, à nos yeux, pour la sécurité collective. Une coopération étroite entre les Nations unies, l’Union africaine et les organisations régionales permet de conjuguer nos efforts politiques et la définition de nos stratégies, au plus près des réalités du terrain. Elle permet aussi d’optimiser les moyens disponibles, dans un souci d’efficacité.

Nous voyons aujourd’hui que ce partenariat entre l’Union africaine et les Nations unies a fait ses preuves, tant au niveau de la prévention des crises, que de la médiation et des opérations.

On pourrait citer plusieurs exemples. On a fait état du Soudan, un bon exemple récent.

On peut parler de Madagascar, où les efforts de l’Union africaine ont été soutenus par l’ONU, la SADC, et d’autres partenaires dont la France, l’Union européenne, et ces efforts ont permis de renforcer la transparence et la crédibilité des élections présidentielles de 2018. C’est un modèle de prévention de crise réussi.

En République centrafricaine, l’action de l’Union africaine et des Nations unies a permis la signature, le 6 février dernier, de l’Accord de paix entre le gouvernement et les groupes armés. Et l’engagement vigilant et coordonné de tous les partenaires internationaux doit se poursuivre pour obtenir la pleine application de cet accord.

Et puis évidemment au Sahel, où l’action conjointe de l’ONU, de l’Union africaine, de la CEDEAO et du G5 Sahel est indispensable. Indispensable pour faire en sorte que l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, dit Accord d’Alger, aboutisse et où l’ONU et l’Union africaine jouent un rôle clé au sein du Comité de suivi. Indispensable dans la lutte contre le terrorisme, où la MINUSMA apporte un soutien logistique à la Force conjointe du G5 Sahel, coopération qui doit être renforcée et étendue. Enfin, la France soutient les initiatives prises par les Chefs d’Etat et de gouvernement au sommet élargi de la CEDEAO à Ouagadougou, dont a été fait état tout à l’heure.

En effet, il a été appelé par les chefs d’Etats et de gouvernements à une meilleure coordination entre l’action internationale et une coopération renforcée entre les Etats de la région pour endiguer l’extension de la menace. C’est dans ce cadre que nous avons proposé la mise en place d’un nouveau Partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel, une initiative franco-allemande. Et ce partenariat fera objet d’un renforcement de la coordination entre les différentes actions de défense et de sécurité intérieure, et également d’un élargissement du périmètre qui permettra aussi d’agir dans les pays qui bordent le Lac Tchad.

Mais il nous appartient aujourd’hui de renforcer encore le partenariat entre les Nations unies, l’Union africaine et les organisations régionales, dans le respect du chapitre VIII de la Charte des Nations unies et du rôle du Conseil de sécurité.

Dans son initiative « Action pour le maintien de la paix », le Secrétaire général des Nations unies accorde une large place aux partenariats de long terme, et il a raison. Notre capacité d’action collective dépend d’abord de notre vision commune. C’est pourquoi nous participons activement aux consultations annuelles entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.

Nous devons aussi approfondir le partage de l’information d’alerte précoce, cela a été dit à plusieurs reprises tout à l’heure, pour mieux anticiper et prévenir les crises.

Nous devons aussi aller plus loin en ce qui concerne le cofinancement par l’Union africaine et l’ONU des prochaines opérations africaines de paix. On le sait, cela a été dit, les actuels membres africains de ce Conseil nous demandent de renforcer la soutenabilité et la prévisibilité de nos financements et la France soutient la démarche de l’Union africaine visant, à terme, à ce que le Conseil de sécurité autorise, au cas par cas, et selon des modalités précises, le recours aux contributions obligatoires, en complément de la contribution de l’Union africaine, pour financer ces opérations.

Nous sommes convaincus que les opérations africaines de paix répondent à un triple besoin :
1) Un besoin politique d’abord : rien ne pourra remplacer la détermination des pays africains à faire progresser la paix sur leur propre continent ;
2) Un besoin stratégique ensuite : la capacité de mener des missions d’imposition de la paix fait encore défaut ;
3) Et un besoin opérationnel enfin : les contingents africains sont les mieux placés, grâce à leur connaissance du terrain, pour y obtenir des succès tactiques. Songeons à l’efficacité avec laquelle le Nigeria, le Tchad, le Niger, le Cameroun se sont engagés au départ dans la lutte contre Boko Haram.

Je voudrais donc saluer le travail engagé par le Secrétariat général et par la Commission de l’Union africaine sur cette question. Des progrès importants ont été obtenus, comme l’engagement pris par les Etats africains, lors du Sommet de Kigali de financer 25% du coût de ces opérations d’ici 2020, via le Fonds pour la paix de l’Union africaine.

Des efforts restent encore à faire sur plusieurs points, mais nous souhaitons vivement que nous puissions avancer sur cette voie dans les prochains mois pour avoir un résultat rapide et efficace.

Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 10/10/2019

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