Darfour : le pricipal défi est la stabilité de la zone après le départ de la mission [en]

MINUAD
Intervention de Madame Anne Guegen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 25 février 2019

Merci Monsieur le Président,

Je tiens à remercier chaleureusement Bintou Keita pour son exposé important et éclairant. Votre mission conjointe au Darfour avec Messieurs Oscar Fernandez Taranco et Mourad Wahba est une initiative que je tiens à saluer. C’est une bonne pratique, en phase avec l’effort pour assurer une action véritablement intégrée des Nations unies, particulièrement essentielle dans les phases de transition post-conflit, et qui va dans le sens de la réforme du système des Nations unies voulue par le Secrétaire général et soutenue par les Etats membres, en promouvant une synergie entre les différents piliers. Cette bonne pratique pourrait être utilement répliquée ailleurs.

Je souhaite aujourd’hui mettre l’accent sur trois points.

i) Le premier est que l’amélioration de la situation au Darfour ne doit pas cacher l’importance des défis qui restent encore à relever

Le dernier rapport du Secrétaire général montre que la situation sécuritaire au Darfour est relativement stable. Toutefois, la France déplore la recrudescence depuis l’année dernière, des affrontements dans le Djebel Marra, entrainant des milliers de déplacés. La France est également alarmée par le volume et la gravité des violations des droits humains et notamment par les violences sexuelles récurrentes constatées. Nous appelons à ce que les auteurs de ces violences soient poursuivis en justice et sanctionnés.

Il est impératif que les autorités soudanaises et les groupes armés avancent dans le processus de paix. Au-delà de la cessation des hostilités, il s’agit aussi de traiter des causes profondes du conflit. La France avait salué la signature, le 6 décembre à Berlin, d’un accord de pré-négociation entre le gouvernement et certains groupes armés pour une reprise du processus de paix. Mais depuis, les négociations ont été malheureusement reportées.

Ce report intervient dans un contexte de contestations sociales, que le Soudan connait depuis le 19 décembre dernier, et que la France suit avec la plus grande attention. Nous avons pris note de l’instauration de l’état d’urgence et appelons les autorités soudanaises à garantir le droit à la liberté de réunion, d’association et d’expression, conformément à leurs engagements internationaux. Toutes les parties doivent faire preuve de retenue et s’abstenir de tout nouveau recours à la violence afin d’apaiser la situation.

Monsieur le Président,

ii ) En raison de ce contexte fragile, et c’est mon deuxième point, le retrait de la MINUAD devra intervenir de façon prudente, en fonction de la situation sur le terrain.

Dans ce contexte, nous devons veiller à ce que le retrait de la MINUAD se déroule de façon progressive et prudente, en fonction de la situation. Ce Conseil a souligné judicieusement, dans la déclaration présidentielle adoptée en décembre, qu’il faudra particulièrement prendre en compte un certain nombre de critères importants, notamment la situation des déplacés et des réfugiés, le respect des droits de l’Homme et le respect de l’Etat de droit.

Il est également important que d’ici sa fermeture, la MINUAD reste opérationnelle et participe activement à la stabilisation du Darfour. Je salue à cet égard les actions de médiation conduites par la MINUAD, qui sont très utiles pour résoudre ou éviter les conflits locaux.

iii) Enfin, troisième point : nous devons dès à présent préparer l’après-MINUAD, afin de réussir la transition du maintien de la paix à la consolidation de la paix.

Le principal défi, pour nous tous aujourd’hui, est de faire en sorte que la situation au Darfour reste stable après le départ de la mission. Nous devons, dès à présent, préparer l’après-MINUAD.

Comme l’indique le Secrétaire général dans son rapport, la question des financements sera cruciale, le départ d’une OMP signifiant l’arrêt des ressources financé sur contribution obligatoire et le passage à un financement sur contribution volontaire des activités de l’équipe pays. Nous devons prendre cette question à bras-le-corps, de façon responsable. Cela s’inscrit aussi dans nos engagements pour l’Action pour le maintien de la paix (A4P). Nous sommes en effet engagés à appuyer, dans les périodes de transition, les équipes-pays des Nations unies pour leur permettre de continuer à aider les pays hôtes à consolider la paix. Et nous encourageons également la MINUAD et l’équipe-pays à travailler au maximum ensemble, afin de préparer au mieux cette transition.

Monsieur le Président,

Il est également important que la communauté internationale puisse suivre l’évolution de la situation au Darfour. Le bureau du Haut-commissariat aux droits de l’Homme aura un rôle essentiel. La commission de consolidation de la paix peut aussi être une enceinte pertinente pour avoir un dialogue constructif avec les autorités soudanaises sur la consolidation de la paix au Darfour.

Nous devons mener ces réflexions avec les autorités soudanaises, et en étroite concertation avec l’Union africaine, qui est et sera un acteur essentiel dans la consolidation de la paix au Darfour.

Je vous remercie.

Dernière modification : 25/02/2019

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