Le processus de paix colombien est une source d’inspiration [en]

Colombie
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 19 juillet 2019

Monsieur le Président,

Je remercie le représentant spécial du Secrétaire général, Monsieur Carlos Ruiz Massieu, pour son exposé très complet. Je salue également la présence parmi nous du ministre des Affaires étrangères colombien, Monsieur Carlos Holmes Trujillo.

Cette réunion se tient une semaine après la visite sur place du Conseil de sécurité et je tiens à remercier les autorités colombiennes, ainsi que mes collègues péruviens et britanniques, pour la remarquable organisation de ce déplacement. Cette mission a permis de prendre acte de l’engagement des autorités colombiennes, au plus haut niveau, en faveur du processus de paix. Elle a également mis en évidence l’importance d’une implication de toutes les parties, notamment de la société civile et de la FARC, pour assurer la durabilité dans le temps de ce processus.

Monsieur le Président, je souhaiterais insister sur trois points :

1/ Tout d’abord, la polarisation croissante de la société colombienne et la situation sécuritaire qui continuent d’être des sources de préoccupation.
Le bilan du processus de paix est éminemment positif, mais la recrudescence des violences et le déficit de confiance d’une partie de la population et de la société civile sont inquiétants. La France condamne les assassinats d’anciens combattants, de dirigeants sociaux, de défenseurs des droits de l’Homme, de journalistes ou encore d’individus engagés dans les cultures de substitution. Ce ne sont pas de simples actes isolés, mais des phénomènes récurrents. Il importe que ce mouvement de violence politique soit combattu en tant que tel et qu’il soit mis fin à l’impunité.

Nous saluons à cet égard les initiatives du gouvernement colombien, notamment celles visant à protéger les anciens combattants qui choisissent la voie de la réintégration. La mise en œuvre du Plan d’action pour la protection établi l’an dernier et les projets pilotes récemment annoncés vont dans le bon sens. Il convient de poursuivre et d’intensifier ces efforts, notamment à l’approche des élections locales d’octobre, de manière à garantir que la démocratie colombienne puisse s’épanouir dans un climat de confiance, de sérénité et de sécurité.

2/ En second lieu, je souhaite souligner l’importance d’une mise en œuvre intégrale de l’accord de paix dans tous ses aspects. Les progrès enregistrés ces derniers mois doivent être poursuivis et approfondis.

En particulier, l’entrée en vigueur de la « Loi statuaire relative à la juridiction spéciale pour la paix » constitue un important jalon du processus de justice transitionnelle. Sa mise en œuvre pose de nombreux défis, notamment quant à la rétroactivité de certaines dispositions, mais le respect des engagements pris par toutes les parties doit prévaloir. Il importe que la Colombie continue de se donner les moyens de renforcer la légitimité, l’indépendance et la viabilité du système de justice transitionnelle. Il importe également que les femmes, qui ont trop souvent été victimes de violences puissent trouver justice. Nous continuerons d’être vigilants sur ces points, car la justice est indissociable de l’objectif d’une paix et d’une réconciliation nationale pérennes.

La réintégration économique et sociale des anciens combattants est la principale clef du succès du processus de paix. Des solutions de long terme doivent être trouvées pour ceux qui sont installés dans les espaces territoriaux de formation et de réintégration. Autre élément clef, la mise en œuvre des mesures liées à la réforme rurale. La question de l’accès à la terre est indissociable d’une politique de développement économique et social durable. La poursuite des programmes de substitution des cultures illicites est aussi cruciale. Enfin, le déploiement des services de l’État dans les zones les plus vulnérables aux groupes armés illégaux est indispensable au succès de la réintégration socio-économique sur l’ensemble du territoire.

3/ Troisièmement, le soutien du Conseil, et plus généralement de la communauté internationale, est essentiel.

Par le courage politique et les choix douloureux qu’il a nécessités de la part de l’ensemble des parties prenantes, le processus de paix colombien est à de multiples égards une source d’inspiration pour tous, et pour ce Conseil en particulier. Nous avons une responsabilité à cet égard, celle d’accompagner et de soutenir le choix historique qui s’est opéré en 2016 en faveur d’une réconciliation nationale tournée vers l’avenir. Ce soutien collectif, qui se concrétise notamment à travers la mission de vérification et l’équipe pays des Nations unies dont je souhaite ici saluer le travail, mérite d’être poursuivi, en particulier dans la perspective du renouvellement prochain du mandat de la mission.

A titre national, je tiens également à assurer le peuple colombien du soutien amical de la France et de notre disponibilité à continuer de l’accompagner, conjointement avec nos partenaires de l’Union européenne, sur la voix exigeante de la paix.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 22/07/2019

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