Il faut renforcer la coordination entre la mission et l’équipe-pays [en]

Plans nationaux de transitions
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France
auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 18 juillet 2019

Je remercie M. Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations unies, M. Franck Bousquet, directeur principal du groupe fragilités, conflits et violence à la Banque mondiale, M. Yero Baldeh, directeur du bureau de coordination sur les transitions étatiques de la Banque Africaine de développement, ainsi que le ministre colombien des affaires étrangères, qui préside la Commission de consolidation de la paix. Je voudrais également vous remercier, Monsieur le Président, d’avoir organisé ce débat essentiel, et d’y avoir associé les pays qui accueillent des opérations de maintien de la paix.

Les phases de transition du maintien de la paix et la consolidation de la paix sont des moments importants et délicats, qui nécessitent que nous unissions nos efforts.

1/ Je voudrais commencer par saluer les réformes que le Secrétaire général a lancées pour réformer le maintien de la paix et renforcer la cohérence du système des Nations unies en matière de consolidation de la paix
. Ces réformes doivent notamment permettre de préparer la phase de transition et de consolidation de la paix dès le déploiement d’une opérations. Le déploiement d’experts en transition et la diffusion, en février, de directives sur la planification des processus de transition, sont des avancées qu’il convient aussi de saluer.

Le retrait d’une opération doit en effet s’anticiper, notamment en renforçant la coordination entre la mission et l’équipe-pays. Nous saluons à cet égard les efforts de la MINUAD pour financer des projets menés conjointement, et permettre à l’équipe-pays de prendre le relais.

La Commission de consolidation de la paix a également un rôle majeur à jouer pour préparer et accompagner les phases de transition. La diversité de ses membres et la souplesse de son fonctionnement, permettent de mener un dialogue dans la durée pour accompagner le pays-hôte dans l’élaboration de sa stratégie de consolidation de la paix.

Je voudrais enfin saluer le travail joué par les unités de police de l’ONU et par le bureau de l’Etat de droit et des institutions de sécurité du Département des opérations de la paix pour renforcer la bonne gouvernance et les capacités institutionnelles des Etats dans ces phases de transition.

2/ Cela m’amène à mon deuxième point, celui du renforcement du partenariat avec les acteurs nationaux.
La transition est avant tout une transition vers les autorités nationales. Le renforcement de leurs capacités est essentiel. Mais au-delà des moyens et des compétences, il est nécessaire d’écouter les priorités de l’état-hôte. Les exemples réussis de transition, en Côte d’Ivoire en 2017 et au Libéria en 2018, nous ont montré à quel point l’appropriation nationale est fondamentale.

Cette appropriation nationale, pour être pérenne, doit être inclusive et faire participer tous les acteurs de la paix, et s’appuyer sur une forte participation des femmes. Cette paix implique également de mettre au premier plan les préoccupations et les droits des générations futures qui seront les garantes de sa pérennité. Cela passe notamment par une réintégration dans la société des enfants enrôlés dans les groupes armés. La France a toujours été et restera très active sur ce sujet. Enfin, toute approche visant à prévenir la résurgence des conflits doit impérativement intégrer la lutte contre l’impunité et ménager les conditions favorables à l’épanouissement d’une société civile et de médias pluriels, à la liberté d’expression garantie. Sans ces éléments, l’expérience montre que la paix est rarement durable. C’est une priorité pour la France, dans le cadre de notre stratégie « prévention, résilience et paix durable », adoptée en 2018, et je salue à cet égard les projets financés par le fonds de consolidation de la paix des Nations Unies pour renforcer l’action de la communauté internationale en la matière.

3/ J’aborderai enfin les partenariats entre les Nations unies et les institutions qui ont les moyens de compléter nos efforts. Nous devons penser en termes de complémentarité, de cohérence et de démultiplication de nos efforts. Nous devons être innovants et intervenir de façon coordonnée et massive, pour éviter que les pays qui sortent d’une crise ne retombent dans l’instabilité quelques années plus tard.

Le financement de la consolidation de la paix reste en effet un défi majeur
. Le « bond de géant » qu’a connu le Fonds de consolidation de la paix est exemplaire. Mais nous devons faire plus, imaginer des financements innovants et associer le secteur privé.

La France soutient pleinement les efforts en cours pour renforcer le partenariat entre les Nations unies et la Banque mondiale. Nous encourageons plus généralement les partenariats avec les grands bailleurs, notamment l’Union européenne et chez nous, l’Agence française de développement, qui dispose désormais d’un fond « paix et résilience », financé en partie sur la taxe sur les transactions financières, qui sera doté de 200 millions d’euros par an d’ici 2020.

Le partenariat avec les organisations régionales est évidemment essentiel. La France est particulièrement attachée au partenariat entre les Nations unies et l’Union africaine. Au Sahel, où la communauté internationale doit rester pleinement mobilisée et dans la durée, l’Alliance pour le Sahel a été conçue comme le complément indispensable de ce que le G5 accomplit dans le domaine sécuritaire.

Plusieurs transitions vont venir tester prochainement notre capacité collective à bien aborder cette phase cruciale. Je pense en particulier au Darfour, à Haïti, à l’Irak, mais également bientôt à la République Démocratique du Congo. Nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 22/07/2019

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