Libye : Le risque d’escalade régionale est réel [en]

LIBYE

INTERVENTION DE M. NICOLAS DE RIVIERE
REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 8 juillet 2020

Monsieur le Président,

Je prononce cette intervention au nom du M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Je salue et remercie le Secrétaire général pour sa présence parmi nous et pour sa présentation. Pour la France, deux priorités s’imposent aujourd’hui en Libye :

Il est tout d’abord plus que jamais urgent que les ingérences étrangères dans le conflit libyen cessent.

Le risque d’escalade régionale et d’une « syrianisation » de la Libye est réel. Malgré l’accalmie relative et la stabilisation de la ligne de front sur l’axe Syrte-Joufra, le renforcement militaire des deux camps se poursuit de façon préoccupante. Une nouvelle dégradation sécuritaire menacerait les intérêts de la Libye et serait porteuse d’un risque de déstabilisation durable de ses voisins et de l’Europe. Elle fragiliserait également les avancées de la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Les ingérences étrangères en Libye doivent cesser et l’embargo sur les armes, mis en place par ce Conseil, doit être pleinement respecté. La France réitère son plein soutien à l’opération EUNAVFORMED-IRINI déployée par l’Union européenne pour assurer la mise en œuvre de l’embargo, à laquelle elle participe activement. Cette opération vise à empêcher toutes les violations, de manière impartiale, quelle que soit leur origine et quel qu’en soit leur bénéficiaire. C’est sur la base du mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies que l’Union européenne agit pour vérifier la mise en œuvre de l’embargo. Il est important dans ce contexte d’éviter tout risque d’incident du type de celui que nous avons récemment connus du fait de manœuvres dangereuses de la marine turque.

Nous restons en effet très préoccupés par les violations répétées de l’embargo, en contradiction manifeste des engagements pris lors de la conférence de Berlin et en violation de la résolution 2510 adoptée par ce Conseil qui s’applique à tous, la Turquie - comme la Russie - ne faisant pas exception.

Deuxièmement, la fin des hostilités est essentielle pour créer les conditions nécessaires à la reprise effective du dialogue politique inter-libyen.

Il y a urgence à transformer le gel des positions en une trêve solide et à progresser vers un cessez-le-feu durable et crédible dans le cadre du comité militaire 5+5 sous l’égide de la mission d’appui des Nations Unies en Libye. Cet accord doit prévoir notamment le retrait de toutes les régions de Libye de l’ensemble des forces étrangères, des mercenaires et des équipements militaires livrés en violation des résolutions de ce Conseil, le désarmement des milices ainsi qu’un mécanisme de contrôle par les Nations Unies.

Ce sont ces messages que le Ministre Le Drian a passé aux protagonistes libyens, dans ses appels aux différentes parties la semaine passée. Il les a en particulier appelé à adopter une position de négociation équilibrée dans le cadre du comité militaire 5+5, alors que certains, en Libye et à l’extérieur, sont tentés de poursuivre l’offensive.

Tous les efforts pour promouvoir une solution politique, y compris l’initiative égyptienne annoncée le 6 juin, doivent être encouragés. Toute initiative en soutien à un accord de cessez-le-feu et à un règlement politique négocié de la crise libyenne doit être pleinement inclusive et s’inscrire résolument dans le plein respect des principes de la Conférence de Berlin, qui demeure le seul cadre international viable.

Il est également important d’avancer dans la mise en place d’un mécanisme crédible de contrôle des revenus pétroliers libyens afin de s’assurer que ceux-ci bénéficient au peuple libyen et ne sont pas détournés au profit des milices.

Nous appelons enfin le Secrétaire général à nommer une nouvelle ou un nouveau Représentant spécial dans les meilleurs délais. Il est grand temps que les membres de ce Conseil se montrent constructifs. Malgré les efforts et le travail remarquable de Stéphanie Williams que je salue, le vide laissé par le départ de Ghassan Salamé il y a près de cinq mois ne peut qu’alimenter une dynamique délétère.

Monsieur le Président,

La France ne choisit pas un camp ou l’autre en Libye et a toujours dit qu’il n’y aura pas de solution militaire dans ce conflit. Avec ses partenaires de l’Union européenne, elle restera pleinement engagée et mobilisée au service du peuple libyen pour trouver une solution politique à ce conflit qui n’a que trop duré, en lien avec toutes les parties libyennes, ainsi que ses partenaires de la région. Je vous remercie.

Dernière modification : 10/07/2020

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