Le risque de propagation du COVID-19 en Syrie est extrêmement préoccupant [en]

Syrie
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 30 mars 2020

Monsieur le Président,

Je tiens d’abord à remercier M. Lowcock et M. Pedersen pour leurs présentations et, surtout, pour leurs efforts inlassables.

Il est essentiel que le Conseil de sécurité continue d’échanger régulièrement sur la situation en Syrie.

La priorité absolue est la mise en œuvre d’un cessez-le-feu national immédiat et durable pour faciliter les efforts de réponse à la crise du COVID-19.

Nous appuyons l’appel du Secrétaire général et de son Envoyé spécial à cet égard. Il est urgent qu’il soit mis en œuvre. Nous appelons toutes les parties à travailler activement dans ce sens. L’ONU doit rester au premier plan de ces efforts, conformément à la résolution 2254.

Le risque de propagation de la pandémie de COVID-19 en Syrie est extrêmement préoccupant, notamment dans le Nord-Ouest et le Nord-Est. Un cessez-le-feu national est le seul moyen de faciliter les actions de prévention et de réponse au COVID-19. Cela est d’autant plus nécessaire que la mise en œuvre de l’accord russo-turc du 5 mars sur Idlib reste fragile et incertaine.

Nous appuyons également pleinement l’appel lancé par l’Envoyé spécial pour la libération à grande échelle des détenus et des personnes enlevées, en particulier des prisonniers politiques, ainsi que l’accès immédiat des organisations humanitaires compétentes aux centres de détention.

Nous appelons toutes les parties, en particulier le régime syrien, à garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave à toutes les personnes dans le besoin.

Les agences des Nations Unies et leurs partenaires intensifient leurs efforts pour répondre aux besoins humanitaires de la population et à la crise COVID. Ces efforts doivent être soutenus et renforcés.

Dans ce contexte, le mécanisme transfrontalier n’a jamais été aussi pertinent dans le Nord-Ouest. L’UNICEF et le PAM ont été très clairs après leur visite en Syrie : il n’y a pas d’alternative au mécanisme transfrontalier. L’intensification de l’acheminement de l’aide humanitaire à travers les deux points de passage doit se poursuivre. La France reste déterminée à préserver ce mécanisme. Nous avons engagé 25 millions d’euros en 2020 dans la réponse humanitaire au Nord-Ouest, dont 3 millions d’euros pour la réponse au COVID.

Dans le Nord-Est, nous déplorons que la récente annonce du régime concernant la livraison d’équipements médicaux depuis Damas (« en crossline ») ne se soit pas concrétisée. Les tentatives du régime de dicter les conditions de livraison de l’aide sont inacceptables et en violation flagrante des principes humanitaires. Il est essentiel que le convoi de l’OMS à Damas puisse fournir une aide à toutes les personnes dans le besoin dans le Nord-Est.

Des mesures urgentes doivent être prises pour assurer des soins médicaux adéquats et des mesures de protection dans tous les lieux de détention.

Il est urgent de relancer le processus politique et d’élargir sa portée à tous les éléments de la résolution 2254 du Conseil de sécurité.

Nous appuyons les efforts de l’Envoyé spécial pour trouver un accord entre les parties afin de reprendre les réunions du comité constitutionnel, et nous saluons l’annonce d’aujourd’hui. Cependant, il est clair que le régime syrien n’est pas disposé à s’engager dans un processus politique crédible, comme les cinq derniers mois l’ont suffisamment démontré.

Dans ce contexte, nous demandons à Geir Pedersen d’indiquer clairement au Conseil de sécurité quand il estime qu’il n’est plus en mesure de poursuivre ses efforts sur le comité constitutionnel. Nous le prions également de travailler sur tous les aspects de la résolution 2254, car le processus politique ne peut être réduit à des discussions constitutionnelles. Le cessez-le-feu est l’un de ces aspects, tout comme les élections et les conditions à respecter pour garantir un scrutin transparent et libre. L’accalmie temporaire dans le Nord-Ouest doit être mise à profit à cet effet.

En conclusion, je réitère mon appel à la Russie pour convaincre le régime de respecter un cessez-le-feu à l’échelle nationale dans le contexte de l’épidémie de COVID. Notre coopération collective est plus nécessaire que jamais et nous devons affronter la crise ensemble, malgré nos désaccords sur la guerre en Syrie. Je vous remercie.

Dernière modification : 30/03/2020

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