Le rôle de l’UNRWA est plus que jamais indispensable

Conférence des donateurs de l’UNRWA
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
25 juin 2019

Je voudrais tout d’abord présenter des remerciements appuyés à la Présidente de l’Assemblée générale et au Secrétaire Général pour leur présence et leurs interventions, et exprimer notre profonde reconnaissance au Commissaire général de l’UNRWA pour ses propos mais aussi pour son engagement exemplaire. Permettez-moi de saisir cette occasion pour saluer le travail de l’ensemble du personnel de l’UNWRA, qui agit dans des conditions difficiles. Un merci tout particulier enfin aux deux représentants des étudiants de l’UNRWA pour leur présence et leurs présentations très puissantes et inspirantes.

Je me concentrerai sur trois points principaux : (i) le caractère essentiel d’abord du rôle de l’UNRWA dans la région ; (ii) le soutien renforcé ensuite que la communauté internationale doit lui apporter ; (iii) le mandat essentiel de l’UNRWA enfin en l’absence de solution au problème des réfugiés, dans le cadre d’un accord de paix selon les paramètres agréés par la communauté internationale.

1/ Dans un Moyen-Orient traversé par de multiples crises, le rôle de l’UNRWA est plus que jamais indispensable.

- Ce rôle est tout d’abord humanitaire
 : ce sont plus de 5 millions de réfugiés palestiniens dans la région qui dépendent des services de base de l’UNRWA, en particulier en matière de santé mais également, pour une large partie d’entre eux, d’aide humanitaire. Une interruption de ces services provoquerait une crise humanitaire majeure et frapperait des populations qui comptent déjà parmi les plus fragiles et les plus vulnérables de la région.

- Le rôle de l’UNRWA est, de manière tout aussi essentielle, un rôle de développement humain et en particulier d’éducation : les écoles de l’UNRWA
et ses programmes d’appui au développement économique offrent un espoir d’émancipation, une possibilité de vivre dans la dignité et une fenêtre sur le monde.

- Ce rôle est enfin indispensable pour la sécurité et la stabilité régionales
– et donc pour notre sécurité à tous. Réduire ou interrompre les activités de l’UNRWA, c’est faire potentiellement des camps de réfugiés une bombe à retardement, aussi bien dans les territoires palestiniens qu’en Syrie, au Liban et en Jordanie. C’est faire le jeu des radicaux et des groupes terroristes actifs dans la région, dont nous savons qu’ils se nourrissent de la misère et du désespoir.

2/ Dans le contexte de la situation financière particulièrement difficile de l’UNRWA, je tiens à réitérer le plein soutien de la France à l’Office :

Une crise de trésorerie doit être à tout prix évitée en raison des risques majeurs qu’elle entraînerait :

- à court terme, le risque que les écoles de l’UNRWA ne puissent ouvrir leurs portes à la rentrée prochaine et que la distribution d’aide alimentaire soit remise en cause ;

- à plus long terme, le risque d’une perte de capacités institutionnelles irréversible, à la suite de la fermeture de centres scolaires et médicaux et du licenciement de leurs personnels.

Je tiens à saluer les immenses efforts entrepris par le Commissaire général de l’UNRWA et ses équipes pour compenser le retrait de la contribution américaine et poursuivre les réformes courageuses et les économies de fonctionnement engagées ces dernières années. Nous l’encourageons à poursuivre tous ses efforts de diversification de ses fonds, à travers un recours accru au secteur privé, à de nouveaux donateurs et à des mécanismes de financement innovants.

Mais la mobilisation des donateurs traditionnels, c’est-à-dire les Etats et les organisations régionales, demeure plus que jamais indispensable. La France a pris et continuera de prendre ses responsabilités. Outre la part française à l’assistance de l’Union européenne – elle-même en augmentation, comme cela vient d’être annoncé -, je souhaite confirmer ici la contribution propre de la France en faveur de l’UNRWA à hauteur de 20 millions d’euros pour 2019 – soit près du double de notre contribution en 2018. Nous appelons les autres Etats membres à se mobiliser également
pour contribuer à la réponse à la crise financière de l’Office et au déficit restant de 211 millions de dollars. Je tiens notamment à saluer les contributions des pays du Golfe l’an passé et les invite à maintenir ces contributions dans le temps, de façon à répondre durablement aux besoins de financement de l’Office. Nous appelons enfin amicalement les Etats-Unis à revoir leur décision et à revenir à leur rôle historique et indispensable aux côtés de l’UNRWA, dans l’intérêt des réfugiés palestiniens et de la stabilité régionale – y compris de la sécurité d’Israël.

3/ Enfin, je souhaite réitérer la position bien connue de la France : tant qu’une solution juste, équitable, réaliste et durable n’aura pas été apportée au problème des réfugiés palestiniens dans le cadre d’un accord de paix, le mandat de l’UNRWA restera nécessaire, pour les réfugiés eux-mêmes et leur avenir, pour la stabilité de la région, mais également pour la communauté internationale.

Dans ce contexte, il est primordial de réitérer collectivement notre soutien à l’UNRWA, qui devra passer par une mobilisation politique en vue du renouvellement, à l’automne, du mandat triennal qui lui est confié par l’Assemblée générale. La France entend prendre toute sa part à ces efforts.

Rappelons enfin qu’une « paix économique » ne saurait se substituer à la recherche d’un véritable règlement politique, fondée sur la solution des deux Etats. Seule une solution sur la base des paramètres internationaux agréés, ancrés dans le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité, permettra d’apporter une solution au problème des réfugiés.

Toute tentative de s’écarter de ces paramètres, définis collectivement, serait à nos yeux condamnée à l’échec : il n’existe pas d’autre alternative viable ou réaliste. La solution à ce conflit, nous le savons tous, est avant tout de nature politique.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/06/2019

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