Les affrontements soulignent la persistance et l’ampleur de la crise à Gaza [en]

Moyen-Orient
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 23 juillet 2019

Monsieur le Président,

Je voudrais à mon tour présenter mes condoléances au Japon et au Secrétaire général après le décès de Monsieur Amano qui aura été un très grand directeur de l’AIEA.

Je veux maintenant remercier Rosemary Di Carlo pour sa présentation qui a permis de faire le point de manière précise sur le dossier israélo-palestinien.
Je consacrerai aujourd’hui mon intervention aux dangers qui pèsent sur la solution des deux Etats et sur l’impérieuse nécessité pour la communauté internationale de réaffirmer les paramètres agréés de la solution politique au conflit israélo-palestinien.

1. Dans un premier temps, je souhaite revenir sur la dégradation préoccupante de la situation en Cisjordanie et à Jérusalem Est.

La France a condamné hier la démolition par l’armée israélienne de plusieurs bâtiments dans le quartier de Wadi al Hummus, situé au sud-est de Jérusalem. Ces démolitions en territoires occupés sont contraires au droit international, en particulier au droit international humanitaire et aux résolutions pertinentes de ce Conseil. Elles interviennent pour la première fois dans les zones A et B, relevant de la compétence de l’Autorité palestinienne au titre des accords d’Oslo et représentent à ce titre un précédent dangereux, qui porte directement atteinte à la solution des deux États. La France déplore que le gouvernement israélien n’ait pas entendu les appels de la communauté internationale à ne pas procéder à la démolition et l’appelle solennellement à suspendre les démolitions en cours dans les plus brefs délais.

Dans la même logique, la politique de colonisation, dans laquelle s’inscrivent ces démolitions, se poursuit sans discontinuer à Jérusalem-Est et en Cisjordanie et nous amène proche du point de non-retour. Depuis le début de l’année, plus de 4 500 nouvelles unités de logement ont fait l’objet de décisions d’approbation en Cisjordanie. A Jérusalem les actions de colonisation se poursuivent, notamment à travers la mise en œuvre de projets archéologiques ou l’augmentation du nombre de démolitions, est particulièrement grave. Cette politique est d’autant plus inquiétante qu’elle est doublée de déclarations préoccupantes sur l’annexion de tout ou partie des territoires occupés.

La France rappelle que la colonisation est contraire au droit international,
comme l’a réaffirmé la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle contribue à attiser les tensions sur le terrain et sape les conditions d’une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens, fondée sur la solution à deux Etats, avec Jérusalem pour capitale. La France ne reconnait aucune souveraineté israélienne sur l’ensemble des territoires occupés. Conformément à la Charte des Nations unies, nous jugeons par ailleurs illégale l’acquisition de territoires par la force que ce soit à Jérusalem, en Cisjordanie ou sur le plateau du Golan.

2. Je souhaiterais dans un second temps revenir sur la dégradation de la situation sécuritaire, humanitaire et politique à Gaza, qui continue d’être une source vive de préoccupation.


Les affrontements survenus en fin de semaine dernière, qui ont fait plus de 100 blessés parmi les manifestants palestiniens, soulignent la persistance et l’ampleur de la crise à laquelle nous faisons face à Gaza.
Tout doit être fait pour apporter une réponse, humanitaire et politique, et prévenir le risque d’escalade. Nous appelons une fois encore les parties à la plus grande retenue et saluons à cet égard les efforts de l’Egypte, du Qatar et des Nations unies pour éviter le pire.

Dans ce contexte précaire, la mobilisation de la communauté internationale en soutien à l’UNRWA est plus que jamais nécessaire.
La conférence des donateurs du 25 juin a permis à l’Office de mobiliser de nouveaux fonds pour assurer la continuité des programmes d’aide de l’UNRWA, notamment à Gaza, au cours de l’été. La France a déjà annoncé le doublement de sa contribution à l’UNRWA en 2019, tout comme en 2018. J’enjoins tous les contributeurs à maintenir ou à augmenter leur contribution à l’UNRWA pour lui permettre de continuer ses programmes, notamment pour assurer la rentrée scolaire, et à lui réaffirmer son soutien en vue du renouvellement triennal de l’UNRWA cet automne.

Au-delà du soutien humanitaire, il n’y aura de stabilité durable à Gaza que dans le cadre d’un règlement négocié, qui passe par le retour complet de l’Autorité palestinienne d’une part, et par la levée du blocus d’autre part, assortie de garanties de sécurité crédibles pour Israël. Enfin, l’avenir de Gaza ne peut être séparé de l’objectif de l’établissement de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.

3. Je conclurai mon intervention en réaffirmant une fois encore la validité des paramètres agréés par la communauté internationale de la solution des deux Etats.

La solution du conflit est, comme nous le savons, fondamentalement politique et définie par des paramètres bien connus, répondant aux aspirations légitimes des deux parties  : l’établissement de deux États Israël et la Palestine, vivant côte à côte, en paix et en sécurité, dans des frontières sûres et reconnues, avec Jérusalem pour capitale. La France se tient prête à soutenir tout effort, y compris économique, dès lors qu’il s’inscrit dans cette perspective que nous avons définie ensemble et dans le cadre du droit international, en particulier les résolutions de ce Conseil. L’établissement d’un État palestinien viable et indépendant, est la véritable condition du décollage économique de la Palestine et, au-delà, de la construction d’une économie régionale plus forte et intégrée.

La « paix économique » ne saurait se substituer à la recherche d’un véritable règlement politique. Toute tentative de s’écarter de ces paramètres, définis collectivement, serait condamnée à l’échec.

La France, en lien avec ses partenaires européens, continuera de défendre le principe d’une paix juste et durable sur la base des paramètres agréés par la communauté internationale et de soutenir la présence palestinienne à Jérusalem et dans l’ensemble des territoires palestiniens afin de préserver la solution des deux États. La France par ailleurs ne transigera jamais avec la sécurité d’Israël.

Je vous remercie.

Dernière modification : 23/07/2019

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