Les changements climatiques menacent la paix et la sécurité [en]

LES CAUSES CONTEMPORAINES DES CONFLITS ET DE L’INSECURITE

INTERVENTION DE M. NICOLAS DE RIVIERE
REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 3 novembre 2020

Madame la présidente,

Je remercie l’ensemble des intervenants pour leurs présentations. Saint-Vincent-et-les-Grenadines nous invite à nous pencher sur les causes contemporaines des conflits et de l’insécurité. C’est un débat important car si les causes des conflits évoluent, la Charte des Nations Unies et les responsabilités qui incombent au Conseil de sécurité sont immuables. Il est impératif que le Conseil adapte continument son action et ses outils pour s’acquitter de sa responsabilité principale de maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Je voudrais souligner trois points.

Tout d’abord, les changements climatiques menacent la paix et la sécurité.

Ce Conseil a reconnu les effets néfastes du changement climatique à plusieurs reprises, dans plusieurs régions, qu’il s’agisse du Bassin du Lac Tchad, de la Somalie ou du Mali, et il a appelé à une meilleure évaluation et gestion des risques qui y sont liés.

Il est temps d’inscrire notre action dans une démarche de prévention en anticipant notamment les conséquences humanitaires des catastrophes environnementales. C’est pourquoi la France souhaite que le Secrétaire général puisse présenter tous les deux ans un état des lieux des risques pour la paix et la sécurité internationales dus au changement climatique.

Mon deuxième point porte sur les pandémies. Le Conseil de sécurité doit anticiper plus systématiquement leur effet déstabilisateur.

Le rôle du Conseil est essentiel pour atténuer les conséquences de la COVID-19. C’est pourquoi nous soutenons fermement l’appel du Secrétaire général en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et universel afin de faciliter la lutte contre la pandémie. Tout doit être fait pour accélérer la mise en œuvre de la résolution 2532 adoptée à l’unanimité le 1er juillet.

Les pays en situation de conflit ou de post-conflit sont particulièrement vulnérables. Il est ainsi indispensable de préserver l’espace humanitaire et d’assurer la protection des travailleurs humanitaires et des personnels de santé.

Les pandémies aggravent, par ailleurs, les causes profondes des conflits, en renforçant les inégalités et en touchant d’une manière disproportionnée les plus vulnérables. Les mesures prises pour les endiguer peuvent aussi générer des manipulations de l’information, une restriction des libertés publiques et mettre ainsi à mal la confiance dans les institutions.

C’est pourquoi, et ce sera mon troisième et dernier point, nous devons rester vigilants vis-à-vis des droits de l’Homme.

Les violations de droits de l’Homme, la rupture de l’ordre constitutionnel, l’exclusion des femmes ou des jeunes peuvent conduire aux violences, aux déplacements de populations et déstabiliser des Etats et des régions entières. Cela n’est pas nouveau. Les situations à l’ordre du jour du Conseil nous le rappellent tous les jours. C’est pourquoi il faut exiger le respect du droit international humanitaire, mandater des opérations de paix pour protéger les civils, assister les autorités nationales pour renforcer l’Etat de droit, la sécurité et la justice. Nous disposons de mécanismes spécifiques à la protection des enfants, à la pleine participation des femmes et à leur protection, à la prise en compte de la jeunesse, à la lutte contre l’impunité.

Nous devons aller plus loin et nous saisir des situations de violations massives des droits de l’Homme. Nous sommes favorables à des rapports réguliers de la Haute Commissaire des Droits de l’Homme, comme nous en avons par exemple avec le Haut-Commissaire aux réfugiés. Nous pouvons renforcer les synergies avec le Conseil des droits de l’Homme, tout en respectant le mandat de chaque enceinte. Enfin, le Conseil de sécurité doit continuer à interagir avec les défenseurs des droits de l’Homme, notamment lors de ses visites sur le terrain, et à appeler à leur protection lorsqu’ils sont menacés.

Madame la Présidente,

Les conflits trouvent aussi leur origine dans les questions de développement et de gouvernance, qui sont au cœur de l’Agenda 2030. Les Nations Unies doivent adopter une approche intégrée, alliant actions sécuritaires, humanitaires et politiques, mais aussi en faveur des droits de l’Homme, du développement durable et de la lutte contre le changement climatique. Le Conseil de sécurité doit jouer toute sa part. Soyons collectivement à la hauteur de ce défi.

Je vous remercie.

Dernière modification : 03/11/2020

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