Les conflits restent l’un des principaux moteurs de l’insécurité alimentaire [en]

Protéger les civils touchés par la famine provoquée par les conflits
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 21 avril 2020

Monsieur le Président,

Je souhaite tout d’abord me joindre aux autres pour remercier la République dominicaine et le ministre Vargas d’avoir organisé cette réunion. Je tiens également à remercier M. Qu, M. Beasley et M. Egeland pour leurs exposés éclairants, ainsi que, par leur intermédiaire, leurs équipes qui aident les populations sur le terrain.

Monsieur le Président,

Le lien entre la paix et la sécurité internationales et la famine est bien documenté - nous l’avons vu ces dernières années au Yémen, au Soudan du Sud, en Syrie ou dans la région du Sahel. Il ne fait aucun doute que ce Conseil doit adresser cette question, d’autant plus si nous sommes au bord d’une pandémie de famine, comme le souligne M. Beasley. C’est la raison pour laquelle la France avait pris l’initiative d’organiser une réunion Arria sur ce sujet en 2017. Nous saluons les progrès réalisés depuis lors, avec l’adoption de la résolution 2417 en 2018 et la négociation d’une déclaration présidentielle qui, nous l’espérons, sera adoptée très prochainement.

Après un déclin constant pendant des décennies, nous avons vu réapparaître des tendances à la hausse inquiétantes de famine depuis 2015. En 2018, 11 % de la population mondiale souffrait de la faim, ce qui met en évidence l’immense défi que représente la réalisation de l’objectif de développement durable n° 2 " faim zéro". Les conflits restent l’un des principaux moteurs de l’insécurité alimentaire, déclenchant un cercle vicieux : les conflits augmentent l’insécurité alimentaire, qui à son tour alimente la violence. Les conflits entraînent également le déplacement de personnes vers des lieux où les ressources alimentaires ne sont pas suffisantes pour nourrir l’ensemble des populations locales, des réfugiés et des personnes déplacées internes. Nous sommes tous conscients que les civils, en particulier les femmes et les enfants, sont les principales victimes de ce cercle vicieux de l’insécurité alimentaire et des conflits armés.

Monsieur le Président,

C’est une réalité effroyable, mais la famine des civils est encore souvent utilisée comme une arme de guerre. Elle est également utilisée comme un moyen de recrutement par les parties aux conflits armés qui limitent délibérément l’accès à la nourriture et attaquent les travailleurs humanitaires.

Comme nous ne cessons de le répéter, réunion après réunion, le respect du droit international humanitaire est une nécessité dans toutes les situations de conflit : toutes les parties doivent respecter les règles de la guerre, en particulier les dispositions du droit international humanitaire protégeant les civils, y compris les travailleurs humanitaires. Comme l’a souligné M. Egeland, les parties à un conflit doivent garantir un accès sûr et sans entrave de l’aide humanitaire impartiale à toutes les personnes dans le besoin.

Monsieur le Président,

L’utilisation de la famine comme méthode de guerre contre les civils constitue un crime de guerre en vertu du droit pénal international. Un tel crime ne peut rester impuni.

En outre, je suis tout à fait d’accord avec le représentant de l’Allemagne pour souligner le lien entre le changement climatique, les conflits et l’insécurité alimentaire. Nous devons tenir compte du fait que de nombreux pays touchés par des conflits subissent également les effets néfastes du changement climatique. Le rapport sur les crises alimentaires mondiales en 2020, qui a été publié aujourd’hui, montre clairement que les phénomènes météorologiques extrêmes contribuent de plus en plus à l’insécurité alimentaire.

C’est notamment le cas dans la région du Sahel et cela aggrave l’insécurité alimentaire liée aux conflits. Dans ce contexte, la France regrette que le changement climatique n’ait pas pu être explicitement mentionné dans la déclaration présidentielle que nous négocions.

Nous sommes convaincus que le changement climatique est également le moteur des déplacements de populations, qui sont une autre source de la crise alimentaire. La France préside la plate-forme sur les déplacements liés aux catastrophes (PDD), un groupe d’États qui travaillent ensemble pour une meilleure protection des personnes déplacées dans le contexte des catastrophes et du changement climatique.

Monsieur le Président,

Je tiens à souligner l’importance des systèmes de prévention et d’alerte précoce pour agir plus efficacement afin de prévenir les famines provoquées par les conflits. Le secrétaire général des Nations unies et les gouvernements doivent fournir des informations opportunes sur les niveaux d’insécurité alimentaire afin de mieux anticiper, prévenir et atténuer les effets d’une crise alimentaire.

Nous sommes convaincus que l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition contribue au maintien de la paix et à la réalisation des objectifs de développement durable. C’est pourquoi la France augmente son financement de l’aide alimentaire, qui passera d’environ 40 millions d’euros en 2019 à plus de 50 millions d’euros en 2020. Notre aide alimentaire couvre cette année les régions touchées par des conflits, tout en tenant compte de l’impact de la crise actuelle COVID-19.

En conclusion, aujourd’hui, avec la propagation de la pandémie COVID-19, il est plus important que jamais de trouver des solutions durables aux conflits qui sont au cœur de ces tragédies humanitaires. Nous réitérons notre plein soutien à l’appel du Secrétaire général en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et global pour faciliter la réponse à la pandémie. Nous avons une responsabilité collective et une obligation morale à cet égard. Le Conseil de sécurité doit rester mobilisé. La France continuera à jouer pleinement son rôle à cet égard.

Je vous remercie.

Dernière modification : 21/04/2020

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