Les pays de la région des Grands Lacs restent vulnérables aux pandémies de grande ampleur [en]

Grands Lacs
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 22 avril 2020

Monsieur le Président,

Je tiens à remercier l’Envoyé spécial du Secrétaire général, M. Huang Xia, pour son exposé.

Je souhaiterai très rapidement souligner trois points.

Tout d’abord, nous nous félicitons des développements positifs qui ont eu lieu au cours des six derniers mois. Il est essentiel de continuer à tirer parti de la dynamique encourageante qui a suivi l’élection du président Tshisekedi, afin de réduire encore les tensions, de renforcer la confiance et de réaliser des progrès sur les autres fronts. Nous saluons en particulier l’implication des présidents Tshisekedi et Lourenço, qui a été cruciale pour favoriser une dynamique prometteuse vers une réconciliation entre le Rwanda et l’Ouganda, conduisant à des engagements renouvelés par la finalisation d’un traité d’extradition. Nous nous félicitons d’une évolution aussi importante, conformément aux objectifs de l’Accord-cadre pour la paix et la sécurité.

En effet, dans plusieurs domaines, les progrès ont été moindres et la situation reste préoccupante - poursuite des violences dans l’Est de la RDC, violations des droits de l’Homme, situation humanitaire, y compris un million de personnes déplacées supplémentaires en RDC : le Secrétaire-général a décrit dans son rapport l’ampleur des défis qui restent à relever, et je n’y reviendrai pas. Je tiens en particulier à exprimer la vigilance de la France sur la situation au Burundi, en rappelant qu’il est primordial, compte tenu du choix du gouvernement burundais de procéder aux élections dans le contexte actuel, d’assurer la liberté de l’espace politique et que tous les acteurs s’abstiennent de toute action qui pourrait compromettre la tenue d’élections pacifiques, inclusives et crédibles, car celles-ci contribueraient à la voie de la stabilité politique et de la paix dans la région. La confiance du peuple burundais dans la capacité du système judiciaire à répondre aux aspirations des victimes et à poursuivre les crimes de manière indépendante est essentielle pour servir les objectifs à long terme d’unité et de stabilité.

Deuxièmement, nous partageons l’inquiétude exprimée par tous ici au sujet des menaces que la pandémie de COVID-19 fait peser sur la région, dans un contexte où le virus Ebola, en particulier, n’a toujours pas été éradiqué. Les pays de la région des Grands Lacs restent vulnérables aux pandémies de grande ampleur, notamment en raison des déplacements humains importants induits par la persistance des opérations des groupes hostiles. Ils ont également tiré les leçons des expériences passées (Ebola, épidémies de Marburg) et la communauté internationale pourrait en bénéficier. Je me félicite des mesures prises par les gouvernements nationaux pour lutter contre la propagation de l’épidémie conformément aux recommandations de l’OMS et je rappelle qu’il est fondamental que leur mise en œuvre respecte les droits de l’Homme.

Consciente de ce nouveau défi mondial et dramatique, la France exprime une nouvelle fois sa solidarité avec les pays de la région, qui peuvent compter sur son soutien. La France a mobilisé 1,2 milliard d’euros pour soutenir les efforts des pays africains dans la lutte contre la pandémie : il s’agit de faire face à la menace sanitaire dès maintenant pour renforcer les mesures de barrière afin de prévenir la propagation du Coronavirus, mais aussi à long terme pour recentrer le soutien sur le renforcement des capacités africaines dans le secteur de la santé. Au-delà, il ne fait aucun doute que la perturbation créée par la pandémie aura un impact socio-économique important qu’il convient d’anticiper. C’est la raison pour laquelle le président Macron a fortement plaidé en faveur d’un effort collectif conduisant à un rééchelonnement de la dette publique des pays africains. Nous nous félicitons donc de l’approbation par le G20 de notre proposition de moratoire sur cette dette.

Troisièmement et enfin, je voudrais souligner que le contexte de l’épidémie renforce encore la nécessité d’une coopération régionale. À une époque où les frontières sont fermées, les communications perturbées et les attitudes de méfiance se répandent, l’épidémie complique la coopération régionale ; mais elle reste absolument nécessaire car c’est le seul moyen de s’attaquer aux causes profondes des conflits qui minent les Grands Lacs, des groupes armés à l’exploitation illicite des ressources naturelles. Les pays de la région sont confrontés à une épreuve commune : en se soutenant mutuellement dans une lutte commune, ils peuvent jeter les bases d’une confiance mutuelle qui sera décisive pour les étapes à venir.

L’Envoyé spécial et son bureau doivent prendre toutes les initiatives nécessaires dans cette perspective. A cet égard, la France réaffirme son soutien à l’Envoyé spécial du Secrétaire général et rappelle qu’elle est prête à continuer à l’assister dans l’accomplissement de sa mission. La stratégie régionale de paix et de sécurité constituera un outil utile et une feuille de route sur laquelle s’appuyer pour identifier et mettre en œuvre des mesures concrètes visant à renforcer la stabilité politique et la paix dans la région. Nous sommes prêts à participer activement à l’élaboration en temps voulu de ce nouvel instrument de paix et de sécurité collective, que nous attendons avec intérêt.

Je vous remercie.

Dernière modification : 22/04/2020

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