Les recoupements entre les groupes criminels et les groupes terroristes sont indéniables [en]

LIENS ENTRE LA CRIMINALITE ORGANISEE ET LE TERRORISME

INTERVENTION DE MME ANNE GUEGUEN, REPRESENTANTE PERMANENTE ADJOINTE DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES, CHARGEE D’AFFAIRES A.I.
AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 6 août 2020

Madame la Présidente,

Permettez-moi d’abord de remercier M. Voronkov et Mme Ghada Waly pour leurs exposés très éclairants. Ils ont montré, s’il était encore nécessaire, que plus d’un an après l’adoption de la résolution 2482 sur les liens entre le terrorisme et la criminalité organisée beaucoup reste à faire pour venir à bout de ces deux fléaux qui sont liés et qui s’entretiennent l’un l’autre. Il existe aujourd’hui indéniablement des recoupements entre les groupes criminels et les groupes terroristes dont la nature et l’ampleur varient selon les régions du monde. Le terrorisme comme le crime organisé recrutent souvent au sein des mêmes populations, notamment dans les prisons où la radicalisation est un fléau. Ils utilisent les mêmes routes et souvent les mêmes moyens de communication pour mener leurs activités, en particulier sur Internet, avec l’utilisation du dark net.

Contre le terrorisme et la criminalité organisée, l’engagement de la France et notre mobilisation portent sur tous les fronts : de la prévention de la radicalisation à la lutte contre l’utilisation d’Internet à des fins terroristes, pour laquelle nous sommes fiers d’avoir lancé avec la Nouvelle-Zélande l’Appel de Christchurch qui réunit déjà une cinquantaine de pays et d’organisations avec les grandes entreprises d’Internet.

Une de nos priorités absolues est la lutte contre le financement du terrorisme. L’exploitation croissante par les groupes terroristes de fonds provenant d’activités criminelles n’est plus à démontrer et les sources de financement sont malheureusement nombreuses : enlèvements contre rançon, commerce illicite d’armes, de pétrole et de biens culturels, trafic de stupéfiants, traite des êtres humaines et piraterie.

Il faut traiter le mal par la racine, en asséchant les sources de financement des organisations terroristes, qui utilisent tous les outils contemporains à leur disposition. La résolution 2462 sur la lutte contre le financement du terrorisme identifie clairement les risques posés par les liens entre financement du terrorisme et criminalité organisée dans différentes régions du monde et appelle les Etats, en lien étroit avec les organisations régionales compétentes et les Nations Unies, à redoubler d’efforts pour y répondre. Sur cette base, nous devons adapter nos cadres juridiques et opérationnels afin d’améliorer la transparence des flux financiers, de renforcer le partage d’informations et de développer la coopération avec le secteur privé.

La coopération internationale, entre Etats et au sein des Nations Unies, est plus que jamais nécessaire. Je me réjouis de voir réunis aujourd’hui à la tribune – virtuelle – M. Voronkov et Mme Waly. Leur présence conjointe montre la bonne coopération – essentielle – entre l’ONUDC et l’ONUCT. J’aimerais également saluer ici le travail essentiel d’Interpol pour favoriser l’échange d’informations et améliorer la confiance entre les partenaires opérationnels. Les bases de données et autres outils d’Interpol doivent être davantage utilisés par les Etats.

Madame la Présidente,

J’aimerais conclure en rappelant que la lutte contre le terrorisme, ainsi que celle contre la criminalité organisée, doivent se faire dans le plein respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, de l’Etat de droit et du droit international humanitaire. La lutte contre l’impunité est une priorité. Ceux qui ont commis des atrocités à l’étranger ne doivent jamais, où qu’ils aillent, se croire impunis. A cet égard, une coopération entre services de renseignement et autorités judiciaires est essentielle pour neutraliser la menace et pour rendre la justice. Je vous remercie.

Dernière modification : 06/08/2020

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