Libye : Appel à un cessez-le-feu immédiat [en]

Libye
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 21 mai 2019

Monsieur le Président,

Je remercie le Représentant spécial du Secrétaire général, Ghassan Salamé, et le Commissaire pour la paix et la sécurité de l’Union africaine, Smail Chergui, pour leurs interventions qui ont permis de dresser un état des lieux précis et éclairant de la situation et des enjeux auxquels nous faisons face actuellement en Libye. Je remercie également l’Ambassadeur Jürgen Schulz pour son exposé, en tant que présidence allemande du comité de sanctions Libye.

Je souhaite commencer par exprimer ici notre reconnaissance particulière au Représentant spécial Ghassan Salamé pour sa présence parmi nous aujourd’hui et pour son engagement, et lui réitérer le plein soutien de la France dans l’exercice de sa mission, alors qu’il œuvre courageusement avec ses équipes dans un contexte particulièrement difficile et dans un environnement politique très sensible.

Je souhaite en particulier faire écho d’emblée à l’appel de Ghassan Salamé pour un cessez-le-feu.

1. Face à l’enlisement de la situation et au risque d’escalade, l’urgence est bien de mettre en place un cessez-le-feu sans précondition et de l’assoir sur un mécanisme de surveillance international.

Les nouveaux développements de la crise libyenne sont particulièrement préoccupants, cela a été dit. Les combats ont d’ores et déjà eu des conséquences humanitaires inquiétantes depuis début avril, avec plus de 500 morts et 75 000 déplacés, des affrontements qui se déplacent vers des zones à forte densité de peuplement et 3 200 migrants et réfugiés détenus dans des centres à proximité des combats. Toutes les parties doivent se conformer à leurs obligations à l’égard des civils et infrastructures civiles, tout comme des personnels humanitaires et de santé.

La poursuite des combats met par ailleurs en péril les efforts politiques et diplomatiques en vue de la mise en œuvre de la feuille de route des Nations unies. Ne nous y trompons pas, ce sont les groupes criminels, radicaux et terroristes qui tirent parti de cette situation. En témoignent l’infiltration, sous couvert de défendre le Gouvernement d’entente nationale, d’éléments radicaux à Tripoli, parmi lesquels des individus sous sanctions du Conseil de sécurité, et les récentes attaques revendiquées par Daech dans le Sud et le centre du pays.

Cette situation critique menace de se dégrader encore si rien n’est fait pour dépasser l’impasse actuelle, dans un contexte où il apparaît clairement qu’aucun camp ne peut l’emporter par la force. La poursuite des hostilités, voire son extension à d’autres fronts en Libye, le réarmement de part et d’autre et la hausse des activités terroristes font peser un risque majeur sur la population civile et sur la pérennité du processus politique.

Dans ces conditions, je le répète, notre priorité doit être la mise en place rapide d’un cessez-le-feu durable, sans précondition, qui pour être crédible doit s’appuyer sur un mécanisme de surveillance international. Nous devons également veiller à ce que des canaux humanitaires soient effectivement mis en place, afin de faciliter l’acheminement de l’aide à toutes les populations dans le besoin, y compris les migrants et les réfugiés.

Il est essentiel également que les acteurs libyens se dissocient pleinement et sans ambiguïtés des groupes terroristes, dans leurs déclarations publiques comme sur le terrain.

Enfin, comme l’a souligné le Représentant spécial, l’embargo sur les armes mis en place par ce Conseil doit être pleinement respecté et appliqué par toutes les parties.

Sans cessez-le-feu immédiat, le conflit ne peut que menacer davantage encore la paix et la sécurité régionale et internationale. Le règlement de ce conflit et la stabilisation de la Libye sont impératifs, pour le peuple libyen qui aspire à la paix et à la stabilité, et pour nous tous car la Libye constitue un enjeu de sécurité prioritaire dans la lutte contre le terrorisme et les trafics et le contrôle des migrations.

2. Dans ce contexte, l’autre urgence est la reprise des discussions politiques dans le cadre du processus conduit par les Nations unies.

Le cessez-le-feu sans conditions n’est qu’une première étape qui devra s’accompagner d’une relance du processus politique sur la base des principes établis lors des réunions de Paris, de Palerme et d’Abou Dhabi. Il s’agit de la seule voie qui permette d’engager une dynamique nouvelle en faveur de la tenue d’élections générales dans les meilleurs délais pour permettre aux Libyens de décider souverainement de leur destin.

L’accord d’Abou Dhabi demeure une base valide car il établit les principes d’une réunification du pays et de ses institutions, ouvre la voie à la formation d’un gouvernement unifié en vue de la préparation d’élections, et prévoit le contrôle politique de l’institution militaire d’ici aux élections.

C’est pourquoi la France appelle les parties libyennes à reprendre les discussions sur cette base, avec l’aide du Représentant spécial.

Les Nations unies doivent continuer à jouer le rôle central en vue du règlement du conflit en Libye, à travers la médiation du Représentant spécial Ghassan Salamé et avec le plein soutien de ce Conseil. Nous partageons au sein de ce Conseil des points importants de convergence, notamment le constat que la priorité est la relance du processus politique, qu’il n’y a pas de solution militaire en Libye et qu’il est impératif de faire taire les armes. Sachons construire sur ces convergences en appui au Représentant spécial.

Il est par ailleurs absolument nécessaire que les Nations unies et son panel d’experts puissent effectuer leur travail en toute indépendance et dans des conditions adéquates. En ce qui concerne la situation de M. Moncef Kartas, sur laquelle la présidence allemande du comité de sanctions est revenue tout à l’heure, nous sommes encouragés par les récents développements à Tunis. Nous remercions le conseiller juridique des Nations unis, M. Miguel de Serpa Soares et ses équipes pour leurs efforts et l’engagement de la Tunisie.

Monsieur le Président,

La France poursuivra résolument ses efforts en appui au Représentant spécial Ghassan Salamé pour rassembler les acteurs libyens autour d’une solution politique inclusive, menant dès que possible aux élections demandées par le peuple libyen, et pour aider à construire une paix durable en Libye. C’est le sens des échanges que le Président Macron et le Ministre Le Drian entretiennent avec les parties libyennes.

Je vous remercie.

Dernière modification : 21/05/2019

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