Libye : l’escalade de tensions sur le terrain doit cesser immédiatement [en]

Libye
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies, Chargée d’affaires a.i.
Conseil de sécurité - 30 janvier 2020

Je remercie le Représentant spécial du Secrétaire général, Ghassan Salamé, pour son exposé et ses efforts inlassables en vue d’une solution politique à la crise libyenne.

M. Salamé, je souhaite vous réitérer le plein et entier soutien de la France : nous appuyons vos efforts, ceux de la MANUL et ceux du Secrétaire général.

Monsieur le Président,

La conférence de Berlin, à laquelle le Président de la République, Emmanuel Macron, a participé, a permis de renforcer le consensus international nécessaire à une sortie de crise.

Les engagements pris par les acteurs internationaux à cette occasion doivent être tenus et doivent être suivis d’effets. L’embargo sur les armes doit être respecté et nous déplorons que plus de cinquante violations aient été recensées par la MANUL la semaine dernière. Les interférences étrangères et les appuis militaires aliment le conflit et doivent cesser. Je pense en particulier à la Turquie, comme le Président de la République l’a souligné hier. Il faut sortir de la logique de force militaire et de la guerre des proxies. Nous sommes particulièrement préoccupés par la présence croissante de combattants syriens et étrangers qui continuent à affluer en contravention explicite avec les engagements pris le 19 janvier à Berlin. Ces derniers développements laissent craindre une escalade régionale du conflit libyen et menacent la sécurité du Maghreb, du Sahel et de l’Europe.

La France appelle les parties libyennes à reprendre dans les meilleurs délais un dialogue constructif sur les volets économiques et pétroliers afin de permettre la distribution équitable des ressources pétrolières au bénéfice de tous les Libyens, et qu’elle ne soit pas entravée.

Il est important que tous les pays voisins de la Libye, au-delà de ceux présents à Berlin comme l’Algérie ou l’Egypte, soient désormais pleinement associés au suivi et à la mise en œuvre du sommet de Berlin. Nous pensons particulièrement à la Tunisie, au Maroc, au Niger et au Tchad.

Monsieur le Président,

Après deux semaines de trêve, l’escalade de tensions sur le terrain est extrêmement préoccupante. Elle doit cesser immédiatement.
Les parties libyennes doivent agir de manière responsable.

Elles doivent d’abord s’accorder sur un cessez-le-feu crédible et durable. La France attend ainsi des parties libyennes qu’elles se réunissent au sein du comité militaire conjoint « 5+5 » le plus rapidement possible. Ce comité devra également permettre aux deux parties de s’accorder sur des sujets d’intérêt commun, en particulier le démantèlement des milices et la réunification des institutions sécuritaires libyennes.

Les parties doivent plus largement s’engager de bonne foi dans un dialogue constructif sur les différents volets – sécuritaire, économique et politique. Les parties libyennes doivent trouver une solution politique qui permette de répondre aux attentes et aux aspirations de toute la population libyenne. Ce dialogue devra se faire dans un format inclusif et devra permettre la constitution d’un gouvernement véritablement inclusif et représentatif, qui agisse au bénéfice de tous les Libyens et de toutes les Libyennes afin que ceux-ci puissent choisir librement leurs représentants.

La reprise du dialogue doit se faire avec le concours l’Union africaine et des pays voisins de la Libye qui ont une légitimité particulière à soutenir la résolution de la crise libyenne. Nous saluons l’initiative prise par l’Union africaine d’accueillir une réunion de réconciliation inter-libyenne, qui pourrait se tenir au printemps prochain à Addis-Abeba. Il s’agit d’une contribution importante à la sortie de crise en Libye.

Monsieur le Président,

Afin de maintenir la dynamique positive issue de la conférence de Berlin et d’accompagner la reprise du processus politique, le Conseil de sécurité doit envoyer, à l’unisson, un message fort à tous les acteurs concernés en Libye.

Pour cela, nous devons endosser rapidement et sans détours les conclusions de la conférence de Berlin par une résolution robuste. Cette résolution devra apporter un soutien fort et sans équivoque à la médiation menée par les Nations unies en Libye.

Ce soutien devra être substantiel et opérationnel, qu’il s’agisse de la surveillance du cessez-le-feu, du respect de l’embargo sur les armes ou plus largement de la mise en œuvre simultanée des six volets de la conférence de Berlin. En cela, nous renforcerons avant tout la MANUL.

Le Conseil doit agir et agir vite.

Monsieur le Président,

Vous pouvez compter sur l’engagement et la mobilisation totale de la France pour la résolution de la crise libyenne. Les autorités françaises continueront d’agir, avec leurs partenaires européens, avec l’Union africaine et les pays voisins de la Libye, en soutien des Nations unies pour la paix et la stabilité en Libye. Je vous remercie.

Dernière modification : 30/01/2020

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