Libye : l’urgence d’un cessez-le-feu [en]

Libye
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 29 juillet 2019

Merci Monsieur le Président,

Je remercie le Représentant spécial Ghassan Salamé pour son intervention ainsi que le Représentant de l’Allemagne pour son rapport sur les travaux du Comité de sanctions.

Permettez-moi de réitérer le plein soutien de la France au Représentant spécial et à la MANUL, qui œuvrent sans relâche pour trouver une solution politique au conflit libyen.

Je souhaite d’emblée faire écho à l’appel à une trêve humanitaire à l’occasion de l’Aïd al Adha, et à la reprise du dialogue politique.

1/ Je voudrais d’abord insister sur l’enlisement de la situation sur le terrain et le risque d’escalade qui rappellent l’urgence d’un cessez-le-feu durable et sans conditions.

Les derniers développements sont préoccupants. Alors que les combats entreront bientôt dans leur cinquième mois, ils s’intensifient et font désormais peser le risque d’une escalade d’ampleur.

Comme l’a rappelé le président Macron, la situation en Libye est une priorité humanitaire. Depuis le début avril, les combats ont fait plus de 1 000 morts et plus de 120 000 personnes déplacées. Le bombardement du camp de réfugiés de Tajoura le 2 juillet, qui a fait plus de 50 morts et de 130 blessés, et que ce Conseil a unanimement condamné, a mis en lumière une fois de plus la vulnérabilité particulière des migrants et des réfugiés. Dans ces conditions, il est urgent que les autorités libyennes mettent fin aux détentions systématiques et respectent le droit international humanitaire.

Il est essentiel que les infrastructures civiles ne soient pas employées à des fins militaires, et que les personnes civiles, et notamment les migrants, ne servent pas de boucliers humains, en violation du principe de distinction.

Tout cela met en péril les efforts politiques et diplomatiques conduits par Ghassan Salamé, et éloigne la perspective d’une sortie de crise politique.

Les seuls bénéficiaires de la poursuite des combats sont les groupes terroristes et criminels, comme en témoigne la présence d’éléments radicaux dans certaines zones de combats, parmi lesquels des individus sanctionnés par ce Conseil. Les récentes attaques revendiquées par Daech dans le Sud et le centre du pays en sont une autre illustration.

Il est impératif que les acteurs libyens se dissocient sans ambiguïté des groupes terroristes, dans leurs déclarations publiques comme sur le terrain. Il est tout aussi important d’engager un travail sérieux, sous l’égide des Nations Unies, sur la gouvernance économique, financière et monétaire de la Libye.

Enfin, les violations de l’embargo sur les armes aux bénéfices des parties alimentent la dynamique d’escalade en cours. Elles doivent cesser.

Afin d’éviter que la situation ne se dégrade encore davantage, les parties doivent répondre à l’appel formulé par le Représentant spécial Ghassan Salamé, et accepter une trêve humanitaire, sans conditions et sans limite de temps, à l’occasion de l’Aïd al Adha, le 10 août. Cette trêve pourrait ouvrir la voie à un cessez-le-feu durable, assorti de garanties crédibles et d’une supervision internationale.

2/ Dans ce contexte, il est urgent d’agir en faveur de la reprise du dialogue politique, et de travailler dès à présent sur des mesures de confiance.

Les parties doivent s’accorder sur les paramètres d’une sortie de crise. A Abou Dabi, en février dernier, elles s’étaient entendues sur les principes d’une unification des institutions, devant conduire à la formation d’un gouvernement de transition en vue de la préparation d’élections.

Les paramètres d’Abou Dabi restent valables. Ils doivent être assortis de réformes économiques et financières, avec pour priorité la mise en œuvre rapide d’une gouvernance transparente de la banque centrale, la réforme de la gestion des revenus pétroliers, et l’unification des institutions financières, au bénéfice de tous les Libyens.

La France appelle les parties libyennes à reprendre les discussions sur cette base, sous l’égide du Représentant spécial.

3/ En conclusion, je souhaiterais rappeler le rôle central du Secrétaire général et de son Représentant spécial pour parvenir à un règlement du conflit, avec le soutien du Conseil de sécurité. Il n’y a pas de solution militaire à la crise libyenne. La mise en œuvre d’un cessez-le-feu et la relance du processus politique sont la seule issue. Ce constat est partagé au sein de ce Conseil, et nous devons unir nos efforts pour y parvenir.

C’est pourquoi nous sommes favorables à une expression de ce Conseil pour soutenir les efforts du Représentant spécial afin d’obtenir des parties une mise en place d’un cessez le feu durable, le plein respect de l’embargo sur les armes et la relance du processus politique.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 29/07/2019

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