Libye : le statu quo est notre ennemi commun [en]

Libye/MANUL
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 18 janvier 2019

Monsieur le Président,

Je souhaite tout d’abord remercier le Représentant spécial du Secrétaire général, Ghassan Salamé, pour son exposé précis sur les dernières évolutions en Libye mais aussi et plus largement pour son engagement exemplaire et celui de son équipe. Je remercie également l’Ambassadeur Jürgen Schulz pour son premier exposé sur les travaux du comité de sanctions depuis que l’Allemagne a repris sa présidence en relève de nos partenaires suédois.

1/ Comme nous l’a expliqué le Représentant spécial, les préparatifs de la conférence nationale se poursuivent. Je souhaite ici réitérer le plein soutien de la France au Représentant spécial dans la mise en œuvre de son plan d’action révisé, collectivement endossé lors de la conférence de Palerme. L’objectif fixé à Palerme d’organiser la Conférence nationale le plus rapidement possible, afin d’organiser des élections nationales d’ici le printemps, doit être respecté. Nous partageons la position du Représentant spécial sur l’importance de l’engagement en amont des principaux acteurs libyens. Nous devons, dans cet esprit, accroître la pression à l’approche de cette échéance sur ces acteurs pour qu’ils s’engagent à en respecter les résultats et à en mettre en œuvre les préconisations. Un consensus politique large est essentiel pour faire de ces élections tant attendues un outil d’apaisement et non une nouvelle source de tensions.

2/ Monsieur le Président, nous sommes toujours préoccupés par la situation sécuritaire sur le terrain et par la persistance de la menace terroriste, comme l’a montré l’attentat de Daech contre le Ministère des affaires étrangères à Tripoli que nous avons fermement condamné. Les luttes d’influence entre milices se poursuivent également sur le terrain et la situation est tendue entre le ministère de l’Intérieur et les milices à Tripoli. La nouvelle escalade de violence qu’a connue Tripoli ces derniers jours rend une réelle mise en œuvre des arrangements sécuritaires plus urgente et plus nécessaire que jamais.

A l’instar de mon homologue britannique et de plusieurs autres collègues, nous saluons à nouveau les efforts et l’engagement du Représentant spécial et sa forte mobilisation sur le volet sécuritaire. Les arrangements sécuritaires concernant Tripoli doivent être effectivement mis en œuvre avec notre soutien. Dans ce contexte, l’unification des forces armées libyennes sous l’autorité du pouvoir civil reste une priorité urgente et de premier plan.

Il est aussi essentiel dans ce contexte que les réformes économiques se poursuivent, centrées de façon prioritaire sur la dévaluation du dinar libyen, la réforme du système de subventions, la rationalisation de l’emploi public, le fonctionnement collégial de la Banque centrale libyenne (BCL) et sa réunification et la gestion transparente des ressources de la Libye, au bénéfice de tous les Libyens. Le rapport du Secrétaire général estime qu’une certaine amélioration de la situation économique a été constatée par les Libyens, ce qui est un point naturellement très encourageant.

Je veux rappeler une nouvelle fois dans ce cadre que tous ceux qui menacent la paix, la sécurité et la stabilité de la Libye ou obstruent le processus politique s’exposent à des sanctions internationales. C’est également le cas des responsables de trafic de migrants et de traite d’êtres humains, ainsi que de prédation économique et de détournement de fonds publics, contre lesquels ce Conseil doit poursuivre son action.

Enfin, la situation humanitaire reste également très dégradée, en particulier la situation des migrants et réfugiés qui font l’objet de violations des droits de l’Homme, comme cela est très clairement décrit dans le rapport du Secrétaire général. La France réitère ses appels aux autorités libyennes à tout mettre en œuvre pour que les migrants et les réfugiés soient traités dignement. Nous les encourageons à poursuivre leur coopération avec le HCR et l’OIM, à réviser la loi sur les réfugiés et à mettre en place un système d’enregistrement de ces derniers afin de les protéger. Il s’agit d’une priorité en matière de protection des droits de l’Homme et de lutte contre la criminalité organisée.

3/ Monsieur le Président,

Le statu quo en Libye est notre ennemi commun, car il est la porte ouverte à toutes les menaces, à toutes les prédations, à tous les trafics. C’est pourquoi il y a urgence à progresser sur le chemin d’un règlement politique. Il est essentiel de maintenir notre plein soutien aux efforts de la MANUL et du Représentant spécial pour sortir de l’impasse institutionnelle et faire avancer la transition en Libye. Dans la poursuite de la conférence de Paris, la conférence de Palerme a permis de réaffirmer l’unité de la communauté internationale en soutien aux orientations proposées par le Représentant spécial.

Seule une stratégie intégrée sur les sujets politiques, économiques et sécuritaires, ainsi que des élections assorties d’un calendrier précis et ambitieux, sont à même d’ancrer la stabilité. Le respect des engagements pris par les acteurs libyens est donc indispensable pour sortir du statu quo. Il est fondamental que nous appuyions tous ces efforts. Soyez assuré de la détermination de la France en ce sens.

Je vous remercie.

Dernière modification : 24/01/2019

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