Lutter contre la criminalité transnationale et le trafic de drogues dans les Caraïbes

Lutte contre la criminalité transnationale organisée et le trafic de drogues dans les Caraïbes
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Réunion du Conseil de sécurité en format en Arria - 7 juin 2019

Messieurs les Ministres,

Permettez-moi avant tout de remercier chaleureusement nos intervenants pour leurs excellentes et très éclairantes présentations.

La criminalité organisée transfrontalière est à la fois un danger pour l’ordre public de nos Etats, un risque sérieux pour la santé de nos populations, notamment les jeunes, et une menace grave et croissante à la sécurité et à la stabilité internationales. Elle appelle donc une mobilisation renforcée de la communauté internationale qui doit constamment affiner ses méthodes pour lutter efficacement contre des phénomènes qui, eux-mêmes, ne cessent d’évoluer.

S’agissant plus particulièrement de la drogue, les niveaux déjà élevés de consommation continuent d’augmenter ; de nouveaux produits apparaissent sur les marchés, notamment sur Internet ; enfin, les conséquences néfastes des trafics sur la gouvernance, l’Etat de droit, la justice sociale et la sécurité des populations montrent qu’aucun pays n’est épargné.

Dans ce contexte, et pour faire écho aux questions posées dans la note de concept ainsi qu’aux interventions liminaires, je souhaiterais formuler deux remarques principales aujourd’hui :

1/- Ma première remarque – qui sera brève car d’autres l’ont évoqué avant moi - porte sur la vulnérabilité particulière de la région des Caraïbes aux différents trafics et en particulier au trafic de drogue. La criminalité transnationale organisée progresse d’autant plus facilement dans cette région que celle-ci est marquée par la présence de petits Etats insulaires en développement, aux économies fragiles, et que leur extrême morcellement rend la surveillance de ces vastes espaces maritimes difficile.

Les Antilles sont, pour les trafiquants, des lieux particulièrement stratégiques, aussi bien pour le transit que pour le stockage de drogue. La fragmentation des espaces micro-insulaires fait de l’arc des Petites Antilles notamment un acteur incontournable, d’autant plus qu’il sert de relais pour l’exportation de la cocaïne vers l’Europe.

2/- J’en viens donc à ma deuxième remarque, qui porte sur les réponses à apporter à ce fléau.

Au plan international, nous disposons d’un cadre normatif solide pour agir. La France attache une importance particulière aux cadres de coopération internationale et aux règles communes que nous avons définis pour avancer ensemble dans ce domaine. A cet égard, le plein respect des conventions internationales existantes est essentiel. Je pense notamment à la Convention de Palerme contre la criminalité transnationale organisée, mais aussi aux trois conventions internationales relatives au contrôle des drogues, qui demeurent le socle commun de notre coopération. Malgré les différences qui peuvent exister dans les législations ou les pratiques de nos pays, ces conventions nous permettent de faire face ensemble aux principaux trafics, en renforçant nos moyens nationaux. Nous devons également accélérer la mise à mise en œuvre pleine et entière des recommandations opérationnelles contenues dans le document final de la Session extraordinaire de l’Assemblée générale de 2016, qui prône une approche humaine et équilibrée face au problème mondial des drogues. Je tiens ici à saluer tout particulièrement le rôle de l’ONUDC dans la promotion de ce cadre normatif et dans la mise en œuvre de ces priorités. Les recommandations formulées aujourd’hui, notamment en matière de renforcement des capacités nationales et de coopération régionale et sous-régionale, nous paraissent tout à fait pertinentes.

S’agissant de la réponse plus opérationnelle à apporter, la promotion d’une action ciblée de lutte contre le trafic de stupéfiants dans les Caraïbes est l’un des principaux axes de notre plan national de lutte contre les drogues et les conduites addictives.

Le gouvernement français a créé en 2004 une structure interministérielle basée à Fort-de-France comprenant des représentants de la gendarmerie, de la Marine nationale, des douanes et de la police, ainsi que des officiers de liaison de pays partenaires (Grande-Bretagne, États-Unis, Espagne). Cette antenne collabore avec d’autres structures de lutte contre le trafic, notamment la « Joint Inter-Agency Task Force South », l’entité américaine de lutte contre les trafics dont le champ d’activité couvre entre autres la mer des Antilles. La France poursuit donc, en coopération étroite avec les pays de la région, son engagement opérationnel dans la lutte contre les trafics dans les Antilles.

Nous menons par ailleurs, aux plans bilatéral et régional, des actions en soutien des États de la région. Un programme de formation intitulé "ALCORCA" (Appui à la Lutte contre le Crime Organisé dans la Région Caraïbe), a été ainsi lancé par la France initialement en 2015 pour venir en soutien de cinq pays jugés prioritaires (la République dominicaine, le Mexique, Cuba, la Jamaïque et Haïti). Ce programme vient d’être renouvelé sous le nom d’ »ALCORCA 2 » et s’étend désormais à plusieurs pays des Petites Antilles (Saint Lucie, Trinidad et Tobago, Saint Vincent et les Grenadines, la Barbade). Un premier atelier régional réunira l’ensemble de ces pays du 11 au 13 juin en République dominicaine sur le thème de la coopération internationale. Le Centre interministériel de formation anti-drogue (CIFAD), basé à Fort-de-France, mène des actions ciblées de formation et de renforcement de la coopération internationale dans la lutte contre les trafics, notamment par des échanges de savoir-faire avec les autres pays des Caraïbes et d’Amérique latine.

Monsieur le Président,

La lutte contre la criminalité transnationale organisée et contre le trafic de drogue doit demeurer une priorité de premier plan et une responsabilité partagée. La France continuera à prendre toutes ses responsabilités en la matière et à plaider pour une intensification de la coopération régionale et internationale afin de lutter plus efficacement contre ces trafics, dans les Caraïbes et au-delà.

Je vous remercie.

Dernière modification : 07/06/2019

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