Soudan : la France appelle à la formation d’un gouvernement de transition civil

MINUAD
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 17 avril 2019

Monsieur le Président,

Le Soudan traverse une phase de profonds changements. Aussi, avant d’aborder la question des perspectives de retrait de la MINUAD, je voudrais revenir sur la situation politique à Khartoum et sur ses conséquences sur le Darfour.

1/ Premièrement, s’agissant de la situation politique, la France appelle à la formation d’un gouvernement de transition civil ayant pour objectif de réenclencher un processus démocratique et de permettre la tenue d’élections dans les plus brefs délais.

Nous demandons qu’une autorité consensuelle de transition, conduite par des civils, soit désignée rapidement afin d’enclencher un processus démocratique et d’organiser, dans les meilleurs délais, des élections libres, inclusives et transparentes. La population soudanaise a fait preuve d’une grande maturité en appelant aux réformes et au renouvellement politique à la tête du pays. La voix du peuple doit être pleinement entendue : seul un processus crédible et inclusif permettra de répondre aux aspirations du peuple soudanais et de conduire le pays aux réformes politiques et économiques nécessaires.

La France est disposée à soutenir un processus de transition civil, et à accompagner, dans ce cadre, les Soudanaises et les Soudanais dans leur désir de plus grande liberté, d’Etat de droit solide et de développement durable et équitable.
La France prend acte de l’engagement du Conseil militaire de transition à mener un dialogue avec l’opposition en vue de former un gouvernement de transition civil, et encourage toutes les parties à dialoguer, dans un esprit d’apaisement et de consensus, et à faire preuve de retenue, afin d’éviter les violences.

Monsieur le président, nous sommes convaincus que la justice pour les victimes est indispensable pour bâtir une paix durable et une démocratie solide. Les crimes très graves qui ont été commis au Soudan, en particulier au Darfour, y compris les violences sexuelles et contre les enfants, ne doivent pas rester impunis. Je veux rappeler à cet égard l’obligation de coopération avec la Cour pénale internationale, conformément à la résolution 1593 de ce Conseil.

2/ Deuxièmement, dans ce contexte de transition, la stabilité du Darfour doit être préservée.

Nous sommes tous préoccupés, c’est clair, par les répercussions possibles sur le Darfour des changements politiques en cours au Soudan. La France est inquiète des incidents recensés au Darfour depuis la semaine dernière, notamment entre forces de sécurité, et nous restons attentifs aux évolutions de la situation sur place.
Le Darfour reste une région fragile, où les causes profondes du conflit, notamment l’accès à la terre et l’avenir des déplacés, n’ont pas été vraiment réglées.
Dans ce contexte, nous devons veiller ensemble à ce que les changements en cours ne ravivent pas le conflit au Darfour. Ces dernières années, nous étions parvenus, notamment grâce à la MINUAD, à réduire le niveau de violence. Nous devons préserver cet acquis.

Monsieur le président, il est important, à cet égard, que soit mise en place rapidement une autorité de transition civile, reconnue par la communauté internationale, qui puisse être un interlocuteur fiable et responsable, pour la MINUAD comme pour les parties au conflit. Je salue à cet égard la mission confiée par le Secrétaire général à son conseiller spécial, Nicholas Haysom.

Allons plus loin : les changements majeurs en cours au Soudan pourraient offrir une opportunité de relancer le processus de paix. La France appelle les futures autorités soudanaises et tous les groupes armés à saisir cette opportunité, et à s’engager de bonne foi dans le processus de paix. Il est également essentiel que les nouvelles autorités soudanaises facilitent l’accès humanitaire, fassent cesser les restrictions de mouvement que subit la MINUAD et créent les conditions pour un retour digne, sûr et volontaire des près de 2 millions de déplacés.

3/ Enfin, et ce sera mon troisième et dernier point, la situation au Soudan nous impose la prudence quant au calendrier de retrait de la MINUAD.

Monsieur le président, la France a toujours été favorable à un retrait progressif de la MINUAD tenant compte de la situation sur le terrain. A la lumière de ce que le représentant spécial conjoint, M. Mamabolo, vient de nous dire sur l’impact de la situation politique sur la MINUAD, les événements actuels doivent nous pousser à redoubler de prudence, et à attendre que la situation notamment institutionnelle se stabilise avant de préciser le calendrier de retrait de la MINUAD. Je saisis cette opportunité pour réitérer notre appréciation pour le travail réalisé par la mission dans des conditions difficiles ainsi que pour l’action des agences de l’ONU et des acteurs humanitaires pour apporter une assistance indispensable, comme Madame Mueller vient de le souligner.

Monsieur le Président, le retrait de la MINUAD est essentiellement un transfert de responsabilités à l’Etat soudanais. La fermeture de la MINUAD doit donc se faire en coordination étroite avec les autorités soudanaises. Il est dans ces conditions nécessaire d’attendre que de nouvelles autorités soient désignées pour engager avec elles un dialogue concernant le retrait de la mission.

A travers sa mobilisation pacifique des dernières semaines, le peuple soudanais, et notamment les femmes et les jeunes, nous offre un exemple de dignité et de civisme. La France forme le vœu que le gouvernement de transition qui sera mis en place soit à la hauteur de cet exemple, et entend agir pour qu’il bénéficie de notre soutien collectif. Il revient à ce Conseil d’accompagner le Soudan et de veiller à la stabilité du Darfour dans cette phase de transition. Je vous remercie.

Dernière modification : 29/04/2019

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