MINUSCA : un mandat robuste et complet [en]

La situation en République centrafricaine - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, le 16 mars 2017

"Nous avons la chance de soutenir une dynamique qui peut être vertueuse et ramener une stabilité durable dans le pays." François Delattre

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Je remercie la présidence britannique d’avoir organisé cette importante séance publique. Outre le Secrétaire général adjoint, M. Hervé Ladsous, et le Représentant permanent du Maroc, M. Omar Hilale, je voudrais remercier tout particulièrement S. E. le Président Touadera pour sa venue ici à New York et pour la déclaration importante qu’il vient de prononcer devant le Conseil.

Le Président Touadera sait combien le Conseil est mobilisé en appui à son action pour faire de la République centrafricaine un succès exemplaire dans la réconciliation et la stabilisation. Il peut compter sur un soutien sans faille de notre part, et nous saluons aussi l’engagement du Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), M. Parfait Onanga-Anyanga, qui est présent au quotidien aux côtés du Président Touadera en République centrafricaine.

La République centrafricaine n’est pas encore pleinement stabilisée ; les combats se poursuivent entre groupes armés. Cela a été dit, et il faut le redire : ceux-ci sont animés par une logique criminelle de prédation, de contrôle des territoires et des ressources, de perpétuation de la violence, déconnectée de toute revendication politique. La France condamne avec la plus grande fermeté ces opportunistes criminels qui prospèrent sur la souffrance des civils et sur l’instabilité. Dans ce contexte, je voudrais souligner trois principaux messages.

D’abord et avant tout, un message de soutien au Président Touadera et à son action. Comme nous le savons tous, il a été élu démocratiquement dans d’excellentes conditions, par une large majorité de citoyens centrafricains, et cela sur l’ensemble du territoire. Il s’est immédiatement positionné comme le Président de tous les Centrafricains, avec un programme de réconciliation et de réforme. Son discours d’investiture a été salué comme un modèle du genre, et ses déplacements en province, comme encore à Bambari et dans la Ouaka dimanche dernier, témoignent de son engagement.

Chacun sait que le Président Touadera ne ménage aucun effort pour traduire en actes son message de paix, de justice, de réconciliation et de réforme. Je pourrais multiplier les exemples, mais je n’en citerai ici que deux, très révélateurs : la mise en place de la plateforme pour le dialogue et le désarmement, dont il supervise lui-même les travaux ; et sa propre idée que soit composée une compagnie mixte des Forces armées centrafricaines (FACA) intégrant des anciens combattants démobilisés, pour laquelle il a demandé l’appui de la mission militaire de formation de l’Union européenne en République centrafricaine.

Il s’engage dans une dynamique de reconstruction durable de son pays en veillant à traiter les causes profondes de la crise, en particulier l’impunité des responsables de crimes, impunité qui a trop longtemps nourri les cycles de violence en République centrafricaine. Son engagement pour la Cour pénale spéciale et pour la restauration de la justice nationale en témoigne. Le Président Touadera est convaincu, comme nous le sommes, que la crise qui a meurtri son pays trouvera sa solution dans la coopération régionale, et dans cette logique, il a immédiatement rendu visite aux chefs d’État dans la région. Pour tous ces éléments, et d’autres encore, il peut être assuré du soutien sans faille de la France, et je crois pouvoir le dire, de l’ensemble du Conseil, à son action.

Mon deuxième message est celui d’un soutien total à l’action de la MINUSCA et de son chef, le Représentant spécial, M. Parfait Onanga-Anyanga. Le Conseil de sécurité a déployé la MINUSCA pour appuyer le Président Touadera, et son mandat complexe est à l’image des nombreuses actions à réaliser en République centrafricaine. Le chemin parcouru est d’ores et déjà considérable, même si les défis restent nombreux.

La MINUSCA est aujourd’hui un partenaire pleinement opérationnel. Elle a un mandat robuste et complet centré sur l’objectif stratégique de réduction de la présence des groupes armés et de la menace qu’ils représentent en République centrafricaine. À cet égard, je voudrais adresser un message d’appui à la MINUSCA, en particulier dans ses dernières actions accomplies au centre du pays. C’est en agissant avec fermeté, y compris en utilisant la force pour défendre son mandat, que la MINUSCA établit sa crédibilité et démontre aux groupes armés que seule la voie politique existe.

Au titre de l’accompagnement international de la République centrafricaine, je voudrais aussi souligner les premiers résultats de la mission militaire de formation de l’Union européenne, qui a achevé la réforme et l’entraînement d’une première compagnie des FACA. Un premier bataillon complet aura été formé d’ici le mois de mai.

Mon troisième message, c’est la nécessité de travailler, ensemble et de façon coordonnée, dans la même direction. Nous sommes beaucoup à aider la République centrafricaine à se rétablir. Il y a l’ONU bien sûr, les autres partenaires internationaux, comme la Banque mondiale et la Banque africaine ; les partenaires régionaux, comme l’Union africaine, bien sûr, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, l’Union européenne ; et les partenaires bilatéraux. Cette attention est une bonne nouvelle. Elle a des effets positifs, comme l’a montré la mobilisation financière à Bruxelles en novembre, à laquelle la France a annoncé une contribution de 85 millions d’euros sur 3 ans.

Mais cette mobilisation générale, encore une fois nécessaire, n’est bénéfique que si elle est parfaitement coordonnée pour éviter la concurrence des efforts ou leur duplication. In fine, l’important est que l’aide bénéficie vraiment à la stabilisation et au développement de la République centrafricaine. Ce rôle de coordination est absolument fondamental. Il revient notamment, et entre autres, à la formation République centrafricaine de la Commission de consolidation de la paix, dont je salue l’action et qui s’est réunie ce matin sous la présidence marocaine.

Cette mobilisation générale n’est aussi bénéfique que si elle s’inscrit dans le même référentiel, et toujours en appui au Président Touadera et à son gouvernement. Le cadre de référence est clair : il est celui énoncé par les Centrafricains eux-mêmes au Forum de Bangui ; repris dans le Pacte républicain pour la paix, la réconciliation nationale et la reconstruction en République centrafricaine et par le Président de la République dans son programme ; et consacré dans les résolutions du Conseil.

Nous avons la chance de soutenir une dynamique qui peut être vertueuse et ramener une stabilité durable dans le pays. C’est ce pour quoi le Président Touadera été élu, et c’est aussi la raison de l’engagement du Conseil. Dans ce cadre, nous proposerons dans les prochains jours un projet de déclaration présidentielle du Conseil de sécurité. Le Président Touadera peut être une nouvelle fois assuré de tout notre soutien dans son noble mandat.

Dernière modification : 10/08/2017

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