Maintien de la paix : des défis importants restent à relever

Opérations de maintien de la paix
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 9 septembre 2019

Merci Monsieur le Président,

Je tiens tout d’abord à souligner que la France condamne avec la plus grande fermeté les attaques qui ont eu lieu au Burkina Faso qui ont causé de nombreuses victimes, dont des femmes et des enfants. La France adresse ses condoléances aux familles des victimes et tient à rappeler sa solidarité aux pays de la région dans leurs efforts pour lutter contre le terrorisme. Je tiens ensuite à remercier monsieur le Secrétaire général adjoint pour sa présentation.

Lors de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale l’année dernière, 52 pays ont, dans un premier temps, souscrit à la déclaration d’engagement pour le maintien de la paix, qui venait couronner l’initiative du Secrétaire général de réforme du maintien de la paix. La France avait alors exprimé son plein soutien à cette initiative par la voix du Président de la République.

Un an après son lancement, il est donc temps de faire un premier bilan de l’Initiative pour le maintien de la paix et de tracer les perspectives pour l’année à venir.
Ce bilan est largement positif. D’abord, que je tiens tout particulièrement à souligner les éléments suivants :

• Depuis cette réunion de septembre dernier, ce sont désormais 100 autres pays qui ont rejoint la déclaration d’engagements. C’est donc l’immense majorité des Etats membres qui s’est engagée avec le Secrétariat, pour que le maintien de la paix se réforme et soit à la hauteur des enjeux du XXIe siècle.

• Les structures ont été mises en place, tant au sein du Secrétariat qu’avec les Etats membres pour que nous puissions évaluer efficacement les missions, identifier les difficultés et les bons exemples et mettre pleinement en œuvre nos engagements respectifs.

• La logique de partenariat qui sous-tend la déclaration commune d’engagement fonctionne. Ainsi, des insuffisances, relevées par le Secrétariat en ce qui concerne certains contingents au sein de la MINIUSMA ou de la MINUSCA, ont été prises en compte par les pays contributeurs de troupe. La France a notamment fourni les formations nécessaires et ces troupes donnent désormais pleinement satisfaction. Nous souhaitons que cette logique de partenariat se poursuive et qu’un dialogue régulier puisse être établi entre le Conseil de sécurité et le Secrétariat sur les questions de performance notamment.

Mais il nous faut maintenant passer à l’étape suivante car des défis importants restent à relever :

• Nous sommes au milieu du gué. Certains processus ont été créés, de nouveaux mécanismes ont été testés, des premiers succès obtenus. Mais il ne faut pas relâcher le rythme si nous voulons faire de cette réforme un succès. C’est l’affaire de tous, tant au Secrétariat qu’au sein de ce Conseil et parmi l’ensemble des Etats membres. Contributeurs financiers, contributeurs de troupes, initiateurs des mandats, nous avons tous un rôle à jouer : et c’est bien là l’idée de la coopération triangulaire.

• La recherche de la performance doit continuer. La mise en place effective et partagée du système global d’évaluation de la performance (CPAS) et son extension à l’ensemble des missions, la systématisation des visites pré-déploiement, le mécanisme léger de coordination pour s’assurer que besoins et offres en formations sont en adéquation, les efforts de planification stratégique intégrée à toutes les composantes des missions, tous ces éléments vont contribuer à l’amélioration progressive de l’efficacité des missions de maintien de la paix.

• Cet objectif de performance ne touche pas que les militaires et policiers, mais aussi les civils. Beaucoup de travail reste à faire pour s’assurer que toutes les missions disposent des bonnes personnes aux bons postes, et que chacun a les qualifications requises. Les compétences recherchées aujourd’hui pour un chef de bureau en opérations ne sont plus les mêmes qu’il y a 10 ans, il faut que la politique de ressources humaines des Nations unies s’adapte pour le prendre en compte.

• Notre objectif est bien d’établir une vraie culture de la performance, mesurable, fondée sur des objectifs et adossée à des mécanismes clairs de responsabilité et d’incitations, et de mesures correctives.

• La France, qui joue un rôle majeur comme membre permanent du Conseil de sécurité, contributeur financier, contributeur en troupes dans les OMP, ou dans des opérations nationales en appui aux opérations de maintien de la paix, entend être au premier rang pour garantir la bonne mise en œuvre de l’Initiative pour le maintien de la paix. Vous pouvez compter sur son plein appui.

Appui politique au sein de ce Conseil et lorsqu’elle tient la plume, pour que ces opérations bénéficient d’un mandat clair, séquencé et priorisé, au service d’objectifs politiques biens définis et transparents, comme nous l’avons fait pour la FINUL, la MONUSCO, la MINUSCA et la MINUSMA.

Appui technique, en termes de formation et de fourniture d’équipements. La France, qui s’investit fortement dans la formation des soldats africains susceptibles d’être déployés en OMP chaque année, va poursuivre son engagement, tant de manière bilatérale qu’auprès des écoles régionales de formation au maintien de la paix. Notre appui pour l’apprentissage du français se poursuivra aussi. Nous sommes convaincus que la dimension linguistique est structurante pour le succès des Missions en environnement francophone notamment et nous continuerons à agir activement en ce sens. Nous allons également augmenter notre engagement financier auprès du département des opérations de paix.

• Je ne saurais conclure sans rappeler l’importance de deux éléments : d’une part un financement adéquat de ces missions, d’autre part, la bonne coordination et coopération des opérations de maintien de la paix avec les différents acteurs locaux et régionaux présents sur le terrain.

• Les organisations régionales jouent un rôle croissant dans la promotion de la paix et de la sécurité, comme le prévoit d’ailleurs le chapitre 8 de la Charte. Le renforcement du partenariat entre les Nations unies et l’Union africaine est une priorité centrale de notre action, il est essentiel de mettre en place aussi rapidement que possible un soutien des Nations unies aux opérations africaines de paix. Nous nous réjouissons par conséquent, que les membres africains du Conseil aient décidé de porter à nouveau ce sujet. C’est une reconnaissance de l’appropriation africaine mais aussi de la nécessaire subsidiarité entre l’Organisation des Nations unies et les organisations régionales dans le respect de la primauté du Conseil de sécurité. C’est l’une des priorités stratégiques de la France.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 09/09/2019

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