Mali : la mise en œuvre du processus de paix s’est accélérée [en]

Mali
Intervention de M Jean-Yves Le Drian,Ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères
Conseil de sécurité - 29 mars 2019

Monsieur le Secrétaire général,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres, chers collègues,

Avant toute chose, moi aussi, je veux avoir un mot pour les villageois qui ont été lâchement massacrés, samedi dernier, à Ogossagou, dans une attaque terrible. Cet évènement tragique nous rappelle la nécessité d’agir pour le Mali. La France condamne cette attaque avec force et j’appelle les autorités à tout mettre en œuvre pour retrouver et juger les auteurs de ce crime abominable et à désarmer les milices qui sèment la terreur dans le Centre du Mali. L’émotion est à la mesure la trahison que cet acte constitue de la tradition séculaire et de de la tradition de tolérance du Mali.

En 2015, un accord pour la paix et la réconciliation a été conclu à Alger. Nous sommes aujourd’hui réunis pour un point d’étape sur sa mise en œuvre et pour évoquer le rôle décisif que la MINUSMA joue sur place.

Un accord, qui engage l’ensemble des parties pour le règlement du conflit, et une opération de maintien de la paix chargée d’appuyer ce processus, en synergie avec les autres forces de sécurité déployées dans le pays et en appui des actions de stabilisation et de développement : voilà, en effet, les deux composantes fondamentales du processus de paix au Mali

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Au cours des six derniers mois, la mise en œuvre du processus de paix s’est accélérée. Il n’était que temps.

En juin dernier, le Conseil de sécurité a tiré le signal d’alarme. Face aux retards persistants pris dans la mise en œuvre des principales dispositions prévues par l’accord, il a exprimé son impatience et appelé à un véritable sursaut de l’ensemble des parties maliennes. Dans sa résolution 2423, il a fixé des objectifs précis, en enjoignant le gouvernement et les groupes armés signataires à les atteindre dans les six mois suivant l’investiture du président malien.

Le rapport que le Secrétaire général des Nations unies vient de présenter trace le bilan des actions engagées en ce sens. Cette évaluation nous donne une idée claire des progrès accomplis et des efforts qui restent à fournir.

Les faits sont là et ils sont vérifiables : le sursaut attendu par le Conseil de sécurité a bien eu lieu.

L’élection présidentielle s’est tenue dans des conditions sécuritaires satisfaisantes, y compris dans le Nord du Mali.

Je tiens, à ce propos, à rendre hommage à l’action déterminante de la MINUSMA, qui a accompagné ce scrutin ainsi que la reprise d’un dialogue national entre les autorités et l’opposition.

A Gao, Kidal et Tombouctou, les mécanismes de sécurité prévus par l’Accord - les fameux MOC -, sont progressivement montés en puissance, en regroupant dans les trois villes plusieurs centaines de soldats de l’armée malienne et de combattants issus des groupes armés signataires. Cela a permis de lancer le processus de Démobilisation, désarmement et réintégration (DDR). Avec le retour de certains déserteurs, ce sont déjà près de 2 000 membres de ces groupes qui ont rendu les armes. Ils rejoindront bientôt les rangs de l’armée malienne, après une formation. Que d’anciens rebelles soient aujourd’hui sur le point de s’intégrer à l’armée nationale témoigne du chemin parcouru et montre que la confiance est désormais plus forte entre les parties. C’est un grand pas en avant, il ne faut pas le sous-estimer.

Les consultations en vue de la mise en place d’une armée reconstituée progressent également, avec l’accord entre parties maliennes sur les critères d’intégration des combattants, matérialisé par un décret signé début mars. La constitution d’unités spéciales anti-terroristes, prévue par l’accord de paix, est de même programmée.

Parallèlement, le processus de décentralisation avance. A Kidal, Ménaka et Tombouctou, de nouvelles administrations intérimaires ont pris le relai, au niveau régional et départemental. Les transferts de ressources financières et humaines se feront progressivement. Il y a un mois, un décret important a été pris pour cadrer le transfert des services compétents.

Sur le volet du développement, un fonds fiduciaire a été mis en place et une loi créant une zone de développement pour le Nord est à l’étude.

La participation des femmes au processus de paix était jusqu’ici marginale. Désormais, elle progresse. Le gouvernement du Premier Ministre Maïga compte onze femmes, conformément à l’objectif fixé par la législation malienne. Des femmes ont également été nommées dans les autorités intérimaires et, avec l’aide de la MINUSMA, l’implication des femmes dans le Comité de suivi de l’accord sera prochainement renforcée.

Enfin, les parties dialoguent désormais régulièrement dans la confiance, notamment grâce au nouveau Ministère de la Cohésion sociale, de la paix et de la réconciliation nationale, dont je veux saluer le chef de file, le Ministre Bouaré.

Je félicite donc les autorités maliennes – le Président Keïta et le Premier ministre Maïga, dont la présence parmi nous témoigne de l’importance qu’il attache à l’accord et dont je salue l’action. Je salue aussi l’ensemble des parties au processus de paix qui ont su trouver les ressources et la détermination nécessaires pour faire en sorte que ce sursaut ait lieu.

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Mais aujourd’hui, il faut le confirmer et il faut l’inscrire dans la durée.

Nous attendons de toutes les parties qu’elles poursuivent leurs efforts. Le processus de DDR doit être mené à son terme, la constitution et le redéploiement des unités reconstituées doit faire l’objet d’un calendrier. La décentralisation doit continuer, à l’issue de consultations inclusives. Sur le terrain, le développement doit devenir réalité, au service des populations.

S’agissant du développement, je souhaite d’ailleurs rappeler la détermination de la France et de l’Allemagne à agir dans la région, aux côtés de nos partenaires de l’Alliance Sahel.

L’heure de l’inertie et du statu quo est maintenant derrière nous : l’ensemble des parties doivent remplir leurs obligations. S’il le faut, il faudra envisager de nouvelles sanctions à l’encontre de ceux qui pourraient entraver la mise en œuvre de l’accord. Pour confirmer la détermination du Conseil, de nouvelles désignations pourraient être nécessaires, au titre du régime de sanctions mis en place par la résolution 2374.

Aujourd’hui je veux dire à nos amis maliens que l’attention du Conseil de sécurité ne faiblira pas. Nous fixerons de nouveaux objectifs concrets de mise en œuvre de l’accord, fondés sur des critères précis, si possible agréés entre toutes les parties maliennes. Je les invite à travailler à l’élaboration d’une nouvelle feuille de route, tenant compte de ce qui a été réalisé et de ce qui reste à entreprendre gage de leur engagement renouvelé pour la mise en œuvre de l’accord. La résolution du Conseil de sécurité qui renouvellera le mandat de la MINUSMA, en juin prochain, pourrait servir à formaliser ces objectifs.

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La MINUSMA, justement, a joué un rôle déterminant pour aider les parties maliennes à réaliser ces avancées majeures.

Je tiens à souligner ici le travail remarquable accompli par M. Mahamat Saleh Annadif, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies. Je tiens aussi à saluer l’engagement de toutes ses composantes civiles et militaires et à rendre hommage aux soldats tombés au service de la paix, dans cette mission exigeante et dangereuse.

La MINUSMA a entrepris des efforts importants pour s’adapter, pour s’adapter aux besoins opérationnels, pour s’adapter à la dynamique du processus de paix, en sécurisant le lancement du processus de DDR au Nord du Mali. Elle a également démontré sa réactivité face à la dégradation sécuritaire dans le Centre, où les faits imposent une action déterminée pour mettre fin aux violences. Soyons clairs, la responsabilité première de la stabilisation de cette région devra être mise en œuvre par les autorités maliennes. Mais nous devons constater également que la MINUSMA est la seule présence internationale dans cette région et la plus à même d’y soutenir les efforts des autorités maliennes.

La France, avec les soldats de l’opération Barkhane, continuera à l’épauler aussi souvent et aussi longtemps qu’il le faudra.

Il y a peu, nous lui apportions notre soutien aérien, lors des attaques des camps de Tombouctou, de Ber et d’Aguelhok. Lorsque c’est nécessaire, le service de santé de l’opération Barkhane prend en charge des Casques bleus blessés au combat. Ces exemples montrent que, tant au plan opérationnel qu’au plan logistique, la MINUSMA et l’opération Barkhane agissent en étroite corrélation et se renforcent mutuellement dans l’exercice de leurs fonctions et de leurs missions respectives. Si chacune a son mandat et sa posture propres, elles partagent un même objectif : la mise en œuvre de l’accord de paix.

Grâce à l’action de stabilisation accomplie par la MINUSMA, grâce au soutien qu’elle apporte à la réconciliation intercommunautaire et au redéploiement de l’État dans le Centre du pays, l’opération Barkhane peut se consacrer à l’antiterrorisme et lutter contre l’emprise territoriale des groupes armés djihadistes. Il s’agit d’une mission de longue haleine, d’une mission ardue. Mais nous avons déjà, comme vous le savez, remporté récemment des victoires significatives.

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Mesdames et Messieurs,
Mes chers amis,

Une dynamique nouvelle s’est amorcée dans la mise en œuvre de l’accord de paix. Six mois après l’investiture du président Ibrahim Boubacar Keïta, nous ne pouvons que nous en féliciter.

Sans l’appui de la MINUSMA, ce processus n’aurait pu s’engager ni aujourd’hui se poursuivre.

Je suis heureux de constater que nous avançons dans la bonne direction. Mais il y a encore une longue route à parcourir. Qu’il agisse d’agir dans le domaine politique, sécuritaire ou encore du développement, qu’il appartienne aux parties maliennes ou aux soutiens internationaux, je pense qu’il importe désormais que chacun à poursuivre ses efforts de manière concertée et cohérente dans cette direction.

Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 02/04/2019

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