Mission du Conseil de sécurité au Sahel : soutien aux pays de la région [en]

Mission du Conseil de sécurité au Sahel
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 27 mars 2019

Le Conseil de sécurité a effectué une mission au Mali et au Burkina Faso du 21 au 25 mars.

Mené conjointement par la France, l’Allemagne et la Côte d’Ivoire, ce déplacement était centré sur le soutien à la mise en œuvre de l’accord de paix au Mali, l’appui à l’opérationnalisation de la force conjointe du G5 Sahel, ainsi que le suivi de la situation au Burkina Faso.

Le terrible massacre d’Ogossagou s’est déroulé durant notre visite et nous a bien sûr fortement marqué, comme l’ensemble de nos interlocuteurs. Nous avons naturellement condamné dans les termes les plus fermes cette attaque inqualifiable et exprimé notre pleine solidarité avec l’ensemble du peuple malien dans cette si douloureuse épreuve.

Nous avons été accompagnés par la présidente du Comité politique et de sécurité de l’Union européenne, qui a été invitée à suivre cette visite au titre de la coopération entre le Conseil et les organisations régionales impliquées dans le soutien aux pays du Sahel. La présidente du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, également invitée, n’a malheureusement pas pu se joindre en raison d’engagements concurrents.

Dans le droit fil de l’organisation retenue sur place, je rendrai compte du segment de la visite consacré au Mali, avant de passer la parole à mes collègues allemand et ivoirien, qui reviendront respectivement sur les segments consacrés au Burkina Faso et au G5 Sahel.

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Au Mali, l’objectif de notre mission consistait à faire le point sur l’état de mise en œuvre des mesures prioritaires identifiées dans le dernier mandat de la MINUSMA, dans la perspective de la réunion ministérielle du Conseil du 29 mars qui sera l’occasion de prendre des décisions importantes sur l’avenir de l’accompagnement international du processus de paix malien et sur le futur de la MINUSMA.

Le Conseil s’est entretenu avec le Président Keita, le Premier ministre et les membres du gouvernement, des représentants de l’opposition, ainsi que des membres de la société civile à travers notamment des associations de femmes. Nous avons également participé à une réunion du Comité de suivi de l’accord associant les parties maliennes et les membres de la médiation internationale. Une rencontre a aussi été organisée avec les différentes présences de sécurité au Mali et au Sahel mentionnées par la résolution 2423. Enfin, une cérémonie en hommage aux près de 200 casques bleus de la MINUSMA décédés dans l’exercice de leur mandat s’est tenue au mémorial de la MINUSMA à Bamako.

Nous avons, lors de ces différentes rencontres, mesuré les progrès importants réalisés depuis le renouvellement du mandat de la MINUSMA en juin dernier, qu’il s’agisse de la tenue de l’élection présidentielle avec le soutien des groupes dans le Nord, de la poursuite du processus de décentralisation, du lancement d’un processus de DDR ou encore de l’adoption d’un décret sur les critères d’intégration dans la future armée reconstituée. Nous avons constaté que ces premières avancées résultent de l’engagement renouvelé des parties maliennes au lendemain de la signature du pacte pour la paix, de la mobilisation quotidienne du Premier ministre et du Ministre Bouaré notamment, ainsi que de la mise en place d’un cadre international robuste d’accompagnement du processus de paix articulé autour d’outils comme les benchmarks de la résolution 2423, l’observateur indépendant ou encore le régime de sanctions. L’ensemble des interlocuteurs ont souligné le rôle central de la MINUSMA dans le soutien à ces efforts.

Nous avons également insisté sur les fortes attentes qui sont les nôtres, en rappelant notamment que le Conseil ne concevait la poursuite de l’engagement exceptionnel de la communauté internationale dont bénéficie le Mali que dans le cadre d’une réelle dynamique de mise en œuvre de l’accord de paix. Nous avons regretté, dans cet esprit, que plusieurs des mesures prioritaires identifiées dans la résolution 2423 n’aient pu être mises en œuvre avant l’échéance de mars. Je pense notamment à l’intégration effective de 1000 combattants au sein des FAMAs, à l’opérationnalisation des autorités intérimaires ou encore à l’établissement d’une zone de développement spécifique pour le Nord.

Nous avons insisté, dans ce contexte, sur l’impératif d’une accélération et d’une priorisation de la mise en œuvre de l’accord. Nous avons souligné les objectifs prioritaires que sont à cet égard le processus de révision constitutionnelle, la définition d’un plan global, assorti d’échéances précises, pour le redéploiement des FAMAs reconstituées au Nord du Mali, ou encore l’établissement d’une zone de développement spécifique pour le Nord. Nous avons, dans cet esprit, encouragé les acteurs maliens à présenter dans les meilleurs délais une nouvelle feuille de route, réaliste, contraignante et centrée sur un nombre limité de priorités.

La situation au Centre, a fortiori après les attaques dans le cercle de Bankass, a naturellement été au cœur de nos discussions avec l’ensemble des acteurs rencontrés, y compris avec les représentants de la société civile. Nous nous sommes tous accordés sur l’impérieuse nécessité de tout faire pour briser l’engrenage terrible de violence que connaît le Centre depuis plusieurs mois maintenant, avec ses conséquences tragiques pour les populations locales. Nous avons encouragé la MINUSMA à y poursuivre sa mission de protection des civils ainsi qu’à continuer d’y soutenir les efforts du gouvernement, qui doivent être renforcés. Nous avons enfin appelé à ce que tout soit fait pour que les auteurs de ces crimes abjects ne restent pas impunis.

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Un dernier mot également sur le G5 Sahel, avant de passer la parole à mes deux collègues, pour indiquer que l’objectif de notre mission sur ce volet était de faire le point sur l’opérationnalisation de la force conjointe et de discuter des moyens de renforcer l’efficacité des outils mis en place par le Conseil pour la soutenir.

Les responsables du G5 rencontrés lors de cette mission ont notamment soulevé l’idée d’une adaptation des modalités de l’accord technique – sans remettre en cause le cœur de son fonctionnement – afin de le rendre plus en phase avec les besoins de la force conjointe. La réunion ministérielle sur la force conjointe, que présidera demain notre Ministre des Affaires étrangères, sera l’occasion de poursuivre cette réflexion, dans l’esprit coopératif qui nous anime sur ce dossier, en vue de la préparation du prochain rapport du Secrétaire général et des prochaines échéances au Conseil sur ce dossier.

Avant de clôturer cette réunion et de passer la parole à mes collègues, je souhaite adresser, en notre nom collectif, nos remerciements appuyés à tous les membres du Secrétariat qui ont travaillé à l’organisation et au bon déroulement de cette visite, à New York et sur le terrain. Je pense bien évidemment tout d’abord à SCAD, mais également aux interprètes, aux officiers de sécurité, aux équipes du Département des Opérations de paix, du Département de la Prévention et des Affaires politiques, à la MINUSMA, à l’UNOWAS et à l’équipe pays au Burkina Faso. Et à l’ensemble des équipes qui ont effectué un travail magnifique. Leur engagement a été exemplaire. Il a joué un rôle fondamental dans la réussite de cette visite. Et nous leur en sommes, au nom de tous, profondément reconnaissants.

Je vous remercie.

Dernière modification : 28/03/2019

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