Notre priorité : atteindre une paix négociée et durable en Afghanistan. [en]

Afghanistan/MANUA
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 11 mars 2019

Je commencerais par réitérer à titre national les condoléances les plus attristées de la France aux proches des victimes du tragique crash d’Ethiopian Airlines hier. J’exprime notre solidarité avec leurs familles, avec l’Ethiopie, le Kenya, l’ensemble des pays dont les ressortissants ont péri et la famille des Nations unies.

Permettez-moi à mon tour de remercier le Représentant spécial, M. Tadamichi Yamamoto, pour son exposé éclairant, notamment sur les efforts de paix et le processus électoral. Je remercie également le conseiller à la sécurité nationale d’Afghanistan, M. Hamdullah Mohib, d’être venu jusqu’à nous pour ce débat et pour son exposé très complet. Je souhaite enfin remercier très chaleureusement Madame Storai Tapesh pour son intervention, en particulier sur la question cruciale de la participation politique des femmes, un sujet très important sur lequel nous entendons mettre un accent particulier au cours des présidences conjointes française et allemande du Conseil de sécurité.

Je formulerai quatre observations.

1/ Premièrement, alors que l’année 2018 a été l’une des plus meurtrières pour les civils, notre priorité doit être, plus que jamais, de faire aboutir les efforts pour atteindre une paix négociée et durable en Afghanistan. Je tiens à saluer le travail mené par les Etats-Unis, en la personne du Représentant spécial Zalmay Khalilzad, pour avoir engagé des discussions avec les taliban, dans le but de les amener à engager des pourparlers de paix avec le gouvernement afghan et avec l’ensemble des forces politiques afghanes. La France appelle les taliban à accepter ces pourparlers directs avec le gouvernement afghan. Comme l’a souligné le Représentant spécial, il est essentiel que le processus de paix soit inclusif, conduit par les Afghans et pour les Afghans. Il est à cet égard particulièrement important, cela a été dit, que les femmes et les jeunes participent de manière directe et significative au processus de paix, et à tous les niveaux de la prise de décision. La France rappelle en outre la nécessité d’unifier les différentes initiatives régionales et internationales pour parvenir à une paix durable, afin que les efforts internationaux soient coordonnés et non concurrents. Le processus de Kaboul offre à cet égard un cadre approprié. Comme la Haute représentante l’a affirmé à Genève, nous sommes également convaincus que l’Union européenne peut jouer un rôle de facilitateur dans les pourparlers de paix. D’autres avant moi l’ont souligné, nous ne devons pas oublier le chemin parcouru par les Afghans depuis 18 ans. Alors que les pourparlers se poursuivent, la préservation et le renforcement des acquis en matière de justice, d’Etat de droit, de droits de l’homme - dont les droits des femmes - et de respect des libertés fondamentales, et en particulier les libertés d’expression, d’opinion et de la presse, doit demeurer une priorité absolue. Le sacrifice de ces aspects pourrait remettre en cause le soutien, y compris financier, des bailleurs internationaux au processus en cours.

2/- La deuxième priorité est d’assurer la tenue et le bon déroulement des élections présidentielles. Afin d’être crédibles, les élections du 20 juillet 2019 devront être libres, transparentes et inclusives. Les faiblesses identifiées lors des élections législatives et lors des scrutins précédents doivent être corrigées et les efforts de préparation intensifiés, afin d’éviter tout nouveau retard. Cela exige que tous les candidats et candidates agissent de façon constructive. La réforme de la loi électorale et le renouvellement des membres des commissions électorales doivent contribuer à rétablir la confiance du peuple afghan, car des institutions crédibles et des représentants légitimes sont également un gage de paix. La Commission électorale indépendante doit continuer à œuvrer pour permettre la participation la plus large de la population aux élections, notamment celle des femmes, en tant que candidates et électrices. La sécurisation du scrutin sera également un élément déterminant et nous renouvelons notre plein soutien aux forces de sécurité afghanes, dont les efforts ont été remarqués lors du dernier scrutin.

3/ La troisième urgence, fondamentale, est de redoubler d’efforts pour la protection des civils, y compris celle du personnel humanitaire et médical, et de répondre aux besoins humanitaires. Outre l’augmentation sans précédent du nombre de victimes civiles en 2018, avec 900 enfants tués, une augmentation imputable notamment aux attaques commises par Daech, le nombre d’attaques contre les personnels humanitaires a également augmenté de plus de 150% en un an. Les hôpitaux et les écoles continuent d’être pris pour cibles. La base de données de l’OMS recense 87 attaques contre le personnel médical et les infrastructures de santé depuis janvier 2018. Il est impératif que toutes les parties au conflit respectent leurs obligations au titre du droit international humanitaire. La France salue l’action de la MANUA en soutien aux autorités afghanes pour limiter le nombre de victimes civiles, en particulier parmi les enfants. Il est notamment impératif que les lois visant à éliminer les violences faites aux femmes, ainsi que les articles du code pénal amendés en 2018 pour protéger les femmes et les enfants des violences sexuelles, et pour lutter contre le recrutement et l’utilisation d’enfants, soient pleinement appliqués – et pour cela il est important que les capacités de la justice soient encore renforcées. Les voix des victimes doivent être prises en compte : il est donc essentiel que toutes les mesures soient prises pour limiter leur marginalisation et leur stigmatisation. La MANUA pourrait notamment inclure dans ses rapports davantage d’informations sur les mariages d’enfants, précoces et forcés, organisés par Daech au Khorasan. Nous devons enfin tout faire pour répondre aux besoins humanitaires croissants des 6.5 millions d’Afghans dans le besoin et garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave sur l’ensemble du territoire.

4/ Mon quatrième et dernier point concerne le rôle essentiel de l’ONU pour continuer à accompagner l’Afghanistan dans cette période charnière. Je souhaite saluer le travail remarquable effectué par la MANUA et les différentes agences des Nations Unies en Afghanistan, tant concernant le soutien aux efforts de paix et au processus électoral qu’en matière d’aide au développement et d’assistance humanitaire. Alors que nous nous apprêtons à renouveler, dans quelques jours, le mandat de la mission, nous ne devons pas perdre de vue le travail indispensable qu’elle effectue au quotidien. Je souhaite rappeler, dans ce contexte, l’importance que la France attache à l’unité des partenaires internationaux et de ce Conseil en appui de l’Afghanistan. Nous devons, plus que jamais, rester unis pour soutenir la trajectoire de l’Afghanistan vers la paix, la stabilité, la démocratie et le développement économique et social.

Je vous remercie.

Dernière modification : 11/03/2019

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