Notre priorité reste de nous assurer que l’Iran ne se dote pas de l’arme nucléaire [en]

NON-PROLIFERATION

INTERVENTION A TITRE NATIONAL
DE NICOLAS DE RIVIERE
REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 30 juin 2020

Je souhaite remercier le Secrétaire général, le Secrétaire d’Etat américain et le ministre iranien des Affaires étrangères pour leur participation. Merci aussi aux briefers pour leurs interventions.

Notre priorité reste de nous assurer que l’Iran ne se dote pas de l’arme nucléaire. Il s’agit d’un enjeu de prolifération, et donc de paix et de sécurité, qui nous affecte et nous préoccupe tous. C’est pour cela que la France, l’Allemagne et le Royaume Uni ont œuvré dès 2003 pour résoudre la crise ouverte sur le programme nucléaire iranien. Et nous avons pu trouver en 2015 une issue à cette crise, grâce à la persévérance de la communauté internationale, et à la convergence à partir de 2006 autour de la ligne portée par les E3, et au dialogue robuste avec l’Iran.

Le Conseil de sécurité n’a pas seulement endossé l’accord de Vienne (JCPOA) par la résolution 2231 ; il a validé une méthode, celle d’un multilatéralisme pragmatique et exigeant ; méthode qui était alors portée par ses cinq membres permanents, dans l’unité, et avec constance et exemplarité.

Nous prenons tous la mesure des défis du moment. Les trajectoires des Etats signataires ont divergé depuis la sortie des Etats-Unis de l’accord à notre grand regret et préoccupation. Après cela, l’Iran a, de manière inquiétante, pris des mesures contraires à ses engagements au titre de l’accord. Celles-ci ont des conséquences graves en matière de prolifération – c’est la raison pour laquelle les E3 ont activé, en janvier dernier, le mécanisme de résolution des différends du JCPOA : afin de traiter ce problème grave, mais le traiter dans le cadre de l’accord. La France, l’Allemagne et le Royaume Uni ont pleinement mis en œuvre leurs engagements. Nous restons attachés à préserver l’accord et à poursuivre des discussions afin de ramener l’Iran au plein respect de ses engagements au titre du JCPoA. Cela requiert un engagement constructif de l’Iran et de tous.

Nous venons d’entendre la confirmation très préoccupante de violations par l’Iran des dispositions de la résolution 2231 sur les transferts d’armes. Les conclusions du Secrétaire général, que nous soutenons, concordent avec notre évaluation. Je veux être clair : ces activités déstabilisatrices, que nous avons condamnées, sont inacceptables et doivent cesser.

Comme la déclaration ministérielle E3 de Berlin du 19 juin en témoigne, la France, avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, comprend et partage les préoccupations concernant les implications de l’expiration à venir de l’embargo sur les armes classiques prévu par la résolution 2231. Nous avons dit être prêts à explorer des options constructives pour répondre à nos préoccupations communes, y compris en dehors de ce Conseil. Nous entendons traiter cette question en étroite concertation avec tous les membres de ce Conseil, et en particulier les participants restants au JCPoA et les autres acteurs clefs.
Nous resterons guidés par les objectifs suivants : le respect de l’autorité et de l’intégrité du Conseil de sécurité des Nations unies et la volonté d’œuvrer à la stabilité et à la sécurité régionales. Nous ne soutiendrions pas, en revanche, de propositions unilatérales aboutissant au retour des sanctions. Elles ne feraient qu’approfondir les divisions au sein du Conseil de sécurité, et au-delà, ne seraient pas susceptibles d’améliorer la situation sur le terrain de la non-prolifération nucléaire.

Comme l’ont déclaré les ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, le 19 juin dernier à Berlin, « nous sommes fermement convaincus que toute tentative unilatérale de recourir au mécanisme de « snapback » des sanctions aurait de graves conséquences au Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous ne soutiendrions pas une telle décision, qui serait incompatible avec nos efforts actuels pour préserver le JCPOA ».

Tous les membres de ce Conseil ont en commun des intérêts fondamentaux de sécurité. Ils nous rassemblent autour d’objectifs et responsabilités partagés. C’est la raison d’être de ce Conseil et l’esprit qui nous anime tous. Je veux donc croire qu’aucun d’entre nous ne risquerait un retour en arrière qui exacerberait les tensions au Moyen Orient. Le JCPOA, qui est le résultat de compromis, peut bien sûr être vu comme un instrument perfectible. Mais il n’existe à ce jour aucune alternative sérieuse pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire ; et sa disparition n’améliorerait ni la situation régionale ni la sécurité de nos populations.

Nous avons certes des différences d’approche. Mais c’est ensemble que nous devons bâtir une stratégie globale sur tous les volets du dossier iranien, les yeux ouverts, sans naïveté, avec pragmatisme et lucidité. C’est cet objectif de long terme que nous souhaitons privilégier, en préservant l’ordre international fondé sur le droit dont nous sommes les garants. Je vous remercie.

Dernière modification : 30/06/2020

Haut de page