"Nous devons concevoir une meilleure version de la démocratie" [en]

SOMMET DES LEADERS DU PARTENARIAT POUR UN GOUVERNEMENT OUVERT

DISCOURS DE M. EMMANUEL MACRON, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANCAISE

New York, le 24 septembre 2020

Chers amis. J’étais avec vous à New-York en septembre 2017. Et je me souviens de nos échanges. Et au cours des trois dernières années, beaucoup de choses se sont passées. Nous avons travaillé d’arrache-pied pour moderniser la France, pour impliquer les citoyens dans la vie publique, pour libérer les énergies des sociétés civiles.

Et, évidemment, nous avons connu une série de crises, partout dans le monde. Les crises régionales mais aussi, assurément, la pandémie de Covid-19. Et je dois dire que ces crises sont comme un « stress test » pour notre société. Le « stress test » n’est pas terminé, il est trop tôt pour revendiquer la victoire.

Le seul moyen pour que nous résistions davantage aux crises comme celle-ci est de « reconstruire en mieux ». Je veux dire que nous devons maintenant concevoir une meilleure version de la démocratie : plus ouverte, plus inclusive, avec les citoyens au centre.

Et ce qui était essentiel pour nous tous il y a quelques années est l’évidence même pour tout le monde dans l’après Covid 19. En regardant le monde actuel, cette pandémie rappelle l’importance de la confiance entre les gouvernements et les citoyens. Celle de l’accès à l’information et aux données ouvertes. Celle de donner l’espace nécessaire aux citoyens et à la société civile pour s’organiser et aider.

Alors, que devons-nous faire maintenant ? Je ne veux pas faire de long discours. Mais simplement donner quelques idées clefs.

Premièrement, nous devons veiller à ce que la sortie de la pandémie soit aussi rapide que possible. Cela signifie que les fonds de relance parviennent à celles et ceux qui ont besoin d’aide et soient dépensés dans les infrastructures vertes durables. Nous devons accélérer les grandes transitions de notre monde : la transition écologique et la transition numérique. C’est fondamental.

Et c’est pourquoi, pour rendre efficaces ces différents programmes et la réponse rapide à cette crise, nous devons nous assurer que tous les plans de relance sont conçus dans cette optique. Mais nous devons également veiller à ce que tous les plans de relance soient disponibles en open data, permettant aux citoyens de suivre le cheminement de l’argent, ainsi que d’empêcher l’inefficacité et même la corruption. Et je pense que c’est absolument essentiel. Car l’un des principaux risques de cette réaction rapide est de mettre beaucoup d’argent dans des « éléphants blancs » classiques dans les différentes régions du monde. Et de ne pas être efficace et d’alimenter la corruption.

Deuxièmement, nous devons nous assurer de ne pas revenir aux systèmes politiques que nous connaissions auparavant. Nous devons utiliser cette crise comme un signal d’alarme pour rejeter les réponses faciles mais fausses du populisme et de l’isolement. Nous devons construire des nouveaux modèles de démocratie et mettre les citoyens au premier rang. La France a expérimenté le dialogue citoyen ces dernières années. Une manière de revigorer notre démocratie. En 2019, j’ai personnellement parcouru toute la France pour parler et échanger avec les maires et les citoyens. En 2020, 150 personnes ont été tirées au sort pour composer une convention citoyenne sur le climat et nous indiquer les prochaines étapes à suivre. Et nous nous préparons à multiplier ces initiatives. En France, à travers l’Europe et le monde.

À propos de la gouvernance numérique, la France – l’Europe – montre que le choix n’est pas entre un internet contrôlé par l’État et un internet non réglementé où tous les coups sont permis. Nous pouvons avoir une gouvernance numérique solide, fondée sur les principes des droits de l’Homme, de la concurrence loyale, de la promotion des logiciels libres et de source ouverte, ainsi que de la protection de la vie privée. Et je pense que c’est justement la meilleure façon d’articuler innovation, internet, bonne gouvernance et respect de nos valeurs.

Il s’agit du modèle européen. C’est pourquoi je le défends. Et je pense que c’est l’un des principaux éléments pour bâtir un nouveau système politique. C’est-à-dire bâtir une nouvelle réglementation commune de notre monde numérique. Afin que nous ne soyons pas régis, voire soumis à la réglementation chinoise, c’est-à-dire aux acteurs chinois. Et de ne pas être de facto soumis aux acteurs puissants nord-américains. Nous avons élaboré de nombreuses réponses claires et efficaces en France à la crise. Mais je pense qu’il est absolument primordial de relever ce défi.

Troisièmement, nous devons travailler ensemble entre pays. Aucune nation ne possède toutes les réponses. Ce sont des problèmes communs à tous, qui nécessitent des solutions collectives : coopération ; multilatéralisme ; coalition de pays qui défendent la démocratie et l’ouverture, même quand elles sont menacées.

C’est pourquoi la France est un fervent soutien du Partenariat pour un gouvernement ouvert. C’est le principal forum mondial pour que les gouvernements, la société civile, les citoyens et le secteur privé se rassemblent – non pas pour dire à chacun ce qu’il doit faire mais pour partager les innovations, les idées et les solutions de nature à améliorer nos pays. Nous devons tous être plus ambitieux. Nous devons tous prendre des risques, partager, apprendre et s’inspirer mutuellement.

La France s’appuie sur le Partenariat pour un gouvernement ouvert afin de faire avancer les problèmes essentiels tels que le développement durable, la commande publique ouverte, la participation citoyenne. Afin que le Gouvernement rende compte de son utilisation de la technologie.

L’année prochaine, le Gouvernement français s’engage à cocréer un ensemble de réformes plus ambitieux avec nos partenaires de la société civile en France, en s’attaquant de front à nos enjeux sociétaux les plus pressants.

Nous nous engageons aussi à soutenir les autres membres du Partenariat pour un gouvernement ouvert en ouvrant leurs gouvernements, en particulier au-travers de la francophonie, ainsi que nos voisins européens. J’encourage les autres pays à rejoindre le Partenariat pour un gouvernement ouvert et à s’appuyer davantage sur la société pour les aider à se reconstruire après les crises que nous traversons.

Au-travers du Partenariat pour un gouvernement ouvert, nous pouvons faire tout ceci. Et je profite de ce rassemblement de dirigeants du monde entier pour réaffirmer l’engagement de la France à ces valeurs de transparence, de participation et de responsabilité, qui sont les seuls moyens de renforcer nos démocraties face aux défis à venir. Merci beaucoup.

Dernière modification : 24/09/2020

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