Nous devons intensifier nos efforts pour anticiper les crises dans le cyberespace [en]

Cyber sécurité
Intervention de Mme Anne Gueguen, Représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations Unies
Réunion du Conseil de sécurité en formule Arria - 22 mai 2020

Je tiens à remercier l’Estonie pour l’organisation de cette réunion, ainsi que nos rapporteurs.

Notre dépendance toujours croissante à l’égard des technologies de l’information et de la communication nous offre de nombreuses possibilités utiles, dont nous faisons l’expérience en travaillant à distance pendant le confinement mis en place pour limiter la propagation du COVID 19. Cependant, parallèlement à cette numérisation accélérée de nos vies, les menaces et les activités malveillantes continuent de s’intensifier, comme l’a souligné Mme Nakamitsu ; elles mettent de plus en plus en danger les intérêts nationaux et accroissent la vulnérabilité des citoyens, des services publics et des entreprises. C’est pourquoi nous devons collectivement développer un cyberespace qui reste ouvert, libre, sûr et stable et je voudrais souligner quelques priorités pour la France à cet égard.

Tout d’abord, nous devons intensifier nos efforts pour anticiper et prévenir les crises dans le cyberespace. Au niveau national, cela signifie développer, et parfois clarifier, nos doctrines nationales. Mais cela implique aussi deux axes principaux d’efforts :

Premièrement, nous devons renforcer notre résilience par le renforcement des capacités. C’est pourquoi la France s’est attachée à renforcer les capacités de ses partenaires en matière de cybersécurité, notamment par l’action de notre agence de cybersécurité, l’ANSSI, et dans l’Union européenne.

Deuxièmement, nous devons prévenir les crises en renforçant la confiance et la coopération afin de réduire les risques d’erreurs de perception et d’escalade. Nous devons utiliser les canaux diplomatiques et les forums internationaux pour accroître la compréhension mutuelle, encourager la transparence concernant les doctrines nationales, élaborer des mesures de confiance et partager les informations et les meilleures pratiques.

Malheureusement, il ne suffit pas d’anticiper les crises. Nous devons donc mettre au point des mécanismes pour gérer les crises et prévenir leur aggravation. À cette fin, nous devons nous appuyer sur le cadre international existant - l’émergence d’un tel cadre ne peut être fondée que sur la pleine application du droit international, comme l’a souligné notre hôte estonien. La France souhaite que le droit international, notamment la Charte des Nations unies, le droit international des droits de l’Homme et le droit international humanitaire, soit reconnu dans le monde entier comme pleinement applicable au cyberespace.

Pour réussir, notre approche devrait également tenir compte de la complexité du sujet grâce à des discussions calibrées dans les forums auxquels elles appartiennent. Nous nous félicitons de la reprise des discussions sur la cyber-stabilité aux Nations unies et soutenons pleinement les processus existants au sein du groupe d’experts gouvernementaux et du groupe de travail à composition non limitée. La France a soutenu et porté des initiatives sur les mesures et normes de confiance au sein de l’OSCE, du G7 et du G20.

Enfin, nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur les États. Nous devons développer une approche multipartite. Les États doivent conserver une responsabilité particulière et ne pas la déléguer à des acteurs privés, mais il est essentiel de s’engager collectivement avec les acteurs privés.

C’est dans cet esprit que la France a lancé en novembre 2018 l’Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace, qui est aujourd’hui la plus grande initiative multipartite en matière de cybersécurité, soutenue par 78 États et plus de 1 000 acteurs non étatiques. Il s’agit d’un message politique fort.

La lutte contre la cybercriminalité est également une condition nécessaire à la paix et à la stabilité dans le cyberespace. Les instruments existants, tels que la Convention de Budapest sur la cybercriminalité, doivent être pleinement mis en œuvre et universalisés. La France soutient les initiatives prises dans ce domaine, notamment par le Conseil de l’Europe, l’ONUDC et Interpol.

La France travaille également avec des sociétés numériques privées pour lutter contre la diffusion de contenus terroristes et extrémistes violents en ligne, notamment au sein du G7, de l’Appel de Christchurch et de l’UE.

En conclusion, la coopération, le dialogue mutuel et la réflexion collective sont essentiels pour assurer la stabilité stratégique du cyberespace et pour tirer pleinement profit des opportunités positives offertes. Nous nous réjouissons de la possibilité qui nous est offerte aujourd’hui de le faire.

Je vous remercie.

Dernière modification : 28/05/2020

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